POUR­QUOI SOMMES-NOUS SI NOM­BREUX A FAIRE DU SPORT?

Zen et bien dans ma vie - - Sport -

Cette fois, c’est chez nous que ce­la se passe. Co­co­ri­co ! Les sports tels que la course à pied, le yo­ga ou le fit­ness, à l’heure du dé­jeu­ner ou en dé­but de soi­rée (entre 17h et 19h) sont de plus en plus pra­ti­qués par les fran­çais, comme le montre une étude ré­cente.

Il suf­fit de re­gar­der les parcs pour se rendre compte de la forte po­pu­la­ri­té du sport : Jog­geurs au rythme in­dé­cent avec leurs écou­teurs dans les oreilles, or­ga­ni­sa­tion de cours col­lec­tif dans un coin de bois - le tout or­ches­tré par des profs im­pro­vi­sés, des par­ties de football, ou des tra­vaux de res­pi­ra­tion proches du yo­ga ou du pi­lates. Pas de doute, le sport est au­jourd’hui par­tout. A la té­lé, bien sûr, mais aus­si et sur­tout comme pra­tique in­di­vi­duelle et col­lec­tive. Car ce n’est plus seule­ment une ac­ti­vi­té ré­ser­vée aux pro­fes­sion­nels : une ma­jo­ri­té d’in­di­vi­dus s’y adonne, au point que le sport fait dé­sor­mais par­tie in­té­grante du mode de vie oc­ci­den­tal - voire en est un lui-même.

Les chiffres du gou­ver­ne­ment parlent pour le sport et sont in­con­tes­tables :

En 2018, 70% des plus de 15 ans (en­vi­ron 35 mil­lions de Fran­çais) dé­clarent pra­ti­quer une ac­ti­vi­té spor­tive au moins une fois par se­maine. Les rai­sons sont évi­dem­ment plu­rielles : se vi­der la tête, s’aé­rer l’es­prit comme il faut, s’en­tre­te­nir pour l’ar­ri­vée des beaux jours, se main­te­nir en bonne san­té et par-des­sus toute autre consi­dé­ra­tion : se sen­tir Zen et bien dans sa vie ! On es­père sim­ple­ment que ce mou­ve­ment em­pêche les nou­veaux fu­meurs de conti­nuer la ci­ga­rette et les an­ciens fu­meurs de di­mi­nuer leur consom­ma­tion quo­ti­dienne...

Que pos­sède donc le sport qui le rend si at­trac­tif ? L’ex­pli­ca­tion est-elle so­cio­lo­gique ? Car, si la pra­tique spor­tive s’est dé­ve­lop­pée au mi­lieu du XXe siècle avec l’émer­gence des pre­miers clubs et des fé­dé­ra­tions, elle a sur­tout connu un es­sor consi­dé­rable au tour­nant des an­nées 1980. C’est-à-dire au mo­ment où les loisirs ont pris une place plus im­por­tante dans la so­cié­té, avec no­tam­ment le pas­sage à 39 heures de tra­vail heb­do­ma­daire et la cin­quième se­maine de congés payés. Vé­lo d’ap­par­te­ment, hal­tères, jog­ging, gym­nas­tique, yo­ga, pa­tins à rou­lettes : po­pu­la­ri­sées à cette époque, ces pra­tiques ont at­ti­ré de plus en plus d’adeptes et in­ven­té un type de nou­veau spor­tif ve­nu cher­cher non pas la com­pé­ti­tion mais le plai­sir.

De­puis les an­nées 2000, les atouts es­thé­tique et lu­dique de l’ac­ti­vi­té phy­sique sont pas­sés au se­cond plan, pour faire la part belle à la san­té. Do­ré­na­vant, le sport est une fa­çon de pré­ser­ver son « ca­pi­tal san­té ». Une fa­çon de res­ter jeune en lut­tant contre le vieillis­se­ment. Un moyen de pré­ven­tion et un an­ti­dote contre les ma­la­dies chro­niques. Si le tra­vail, c’est la san­té, en pé­riode de chô­mage, c’est le sport, la san­té.

Un slo­gan scien­ti­fi­que­ment va­li­dé ! Certes, les ver­tus du sport sont connues de­puis l’An­ti­qui­té et, au mi­lieu du XIXe siècle, de pre­mières études ont en­fon­cé le clou. «Mais c’est de­puis les an­nées 1980 qu’un nombre consé­quent de tra­vaux est ve­nu confor­ter la re­la­tion entre ac­ti­vi­té phy­sique et mor­ta­li­té pré­ma­tu­rée moins éle­vée», ex­plique Roland Kr­zen­tows­ki, le pré­sident de Mon Stade, un centre sport-san­té qui ac­cueille à Pa­ris des spor­tifs

- de tous ni­veaux - mais aus­si les per­sonnes dé­si­reuses de bé­né­fi­cier d’une thé­ra­peu­tique spor­tive pour lut­ter contre cer­taines ma­la­dies (dia­bète, can­cer, asthme...).

En quelques an­nées, le sport loi­sir est de­ve­nu un enjeu de san­té pu­blique. Et pour cause, du­rant des mil­lé­naires, Ho­mo sa­piens a dû, pour sur­vivre, sau­ter, cou­rir, lan­cer. Mais de­puis des dé­cen­nies, son mode de vie sé­den­taire l’a pla­cé en in­adé­qua­tion avec sa gé­né­tique de spor­tif. Ré­sul­tat : la dé­pense éner­gé­tique quo­ti­dienne d’un Oc­ci­den­tal équi­vaut au mé­ta­bo­lisme de re­pos de l’homme pré­his­to­rique. Avec une consé­quence iné­vi­table : moins ac­tif, l’homme fait plus de gras, a moins de muscles et de force, moins d’en­du­rance, et est plus ex­po­sé aux ma­la­dies chro­niques.

Les études prouvent qu’une ac­ti­vi­té mo­dé­rée ré­gu­lière (3 heures par se­maine) ré­duit de

35% la mor­ta­li­té car­dio­vas­cu­laire et d’au moins 58 % le risque de dé­ve­lop­per un dia­bète de type 2 chez une per­sonne pré­dis­po­sée. Mieux, l’ac­ti­vi­té phy­sique di­mi­nue de 20 % le risque de dé­ve­lop­per un can­cer du cô­lon, de la pros­tate ou du sein. Qui dit mieux ? Mais at­ten­tion, le sport n’est pas un vac­cin uni­ver­sel. Il est une op­tion thé­ra­peu­tique non mé­di­ca­men­teuse. En clair, il aide à res­ter en bonne san­té.

De quoi in­ci­ter à s’y mettre. Et se fé­li­ci­ter que nous soyons au­tant à «bou­ger notre corps».

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