14 . Res­tons zen : Mode d’em­ploi

Zen et bien dans ma vie - - News A La Folie -

Mal­gré la mo­ro­si­té am­biante, les Fran­çais as­pirent à une nou­velle sa­gesse. L’Ex­press a re­cueilli les pistes pro­po­sées par Jean-Ch­ris­tophe Ru­fin, membre de l’Aca­dé­mie fran­çaise, pour lut­ter contre la si­nis­trose.

A la base de toute dé­ci­sion de par­tir pour une longue marche (pè­le­ri­nage ou trek­king), il y a une ex­pé­rience de perte, sou­vent un deuil ou un changement de sta­tut so­cial. C’est une ma­nière de trans­for­mer la perte su­bie en dé­pouille­ment, c’est-à-dire en acte vo­lon­taire. Le mar­cheur fait du dé­pouille­ment une ri­chesse, il se rend compte que, fi­na­le­ment, il n’a pas be­soin de tant de choses que ce­la, le poids de sa charge est une sanc­tion im­mé­diate de l’in­utile. Mar­cher est une contrainte sup­plé­men­taire qui al­lège toutes les autres. En outre, la marche (avec ses co­rol­laires, la sa­le­té et la fa­tigue) éga­lise les ni­veaux so­ciaux. En­fin, il y a une ques­tion de seuil. A par­tir d’un cer­tain nombre de jours, le corps su­bit des ef­fets no­toires, une es­pèce d’usure par­ti­cu­lière, tan­dis que la pen­sée ra­tion­nelle et construite est in­hi­bée. Elle se ré­duit au pro­fit d’une ex­pres­sion in­tense du corps et d’une hy­per­sen­si­bi­li­té, très élé­men­taire, au monde ex­té­rieur, au vent, au froid, à la nature, au beau, aux bêtes. Sans murs ni car­ros­se­rie, le mar­cheur, di­rec­te­ment en prise avec le monde, af­fronte une épreuve de vul­né­ra­bi­li­té. S’il se re­trouve, c’est en s’ou­bliant, et en ou­bliant son fonc­tion­ne­ment so­cial : le compte en banque, l’em­ployeur, la fa­mille.

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