Théo Is­sa, l’ha­billeur des murs

Déco Magazine - - REGARD - Da­nièle He­noud

Le jeune ar­tiste

fran­co-li­ba­nais qui a gran­di à Cannes n’était pas le plus as­si­du des élèves. Théo Is­sa pré­fé­rait des­si­ner des mo­tifs géo­mé­triques sans sa­voir s’il al­lait s’orien­ter vers la pein­ture. Après un stage au­près de Ri­ma el Ya­fi et un di­plôme à l’Ins­ti­tut su­pé­rieur de pein­ture dé­co­ra­tive (IPEDEC), le dé­clic s’opère: «J’ai sen­ti un amour fou pour ce mé­tier. Quelque chose me par­lait», confie-t-il. Is­sa s’épa­nouit dans cet art où il dé­couvre la pos­si­bi­li­té de créer un uni­vers sur me­sure. Il cô­toie des pro­fes­sion­nels et ap­prend beau­coup grâce à ces rac­cour­cis sal­va­teurs. Les tech­niques ita­liennes a fres­co ( «dans le frais») cor­res­pondent le mieux à ce qu’il a en­vie de pro­po­ser, mal­gré la pres­sion im­po­sée par le temps de sé­chage de l’en­duit. L’ar­tiste crée du re­lief, des pers­pec­tives et une «di­men­sion aty­pique» avec les ma­té­riaux qu’il ap­pri­voise. Au «me­nu, par­fois, im­po­sé» par l’ar­chi­tecte, Théo pré­fère la li­ber­té d’ex­pres­sion pour exer­cer sa créa­ti­vi­té. Une créa­ti­vi­té à la­quelle il lâche la bride quand la veine choi­sie est mo­derne, «celle où je m’ex­prime avec le plus de sub­ti­li­té et d’au­to­no­mie, alors que le clas­sique me main­tient dans des règles.»

Un jeu de sculp­tures

À Pa­ris, sur l’un de ses chan­tiers, il joue avec de fausses briques et de la fausse pierre pour mou­ler deux murs hors norme qu’il choi­sit de mar­quer ain­si pour ne pas tom­ber dans la re­pro­duc­tion ou l’ef­fet pa­pier peint. On de­vine pour­tant un air de fa­mille entre les 1200 briques, toutes dif­fé­rentes et tra­vaillées sur me­sure. Dans les chambres, Is­sa ose les contrastes avec la poudre d’ar­gent. Une autre am­biance, ré­so­lu­ment mo­derne, est née. Dans cha­cun de ses pro­jets, le peintre en dé­cor in­ter­prète les en­vies du client pour abou­tir à ce qu’il ap­pelle «un vrai jeu de sculp­tures». Les feuilles d’or, d’ar­gent et de cuivre fi­gurent par­mi ses sup­ports fa­vo­ris «car leur ef­fet su­blime un in­té­rieur.» Neuf ans plus tard, il dé­cide de se lan­cer dans une car­rière ar­tis­tique. Le cô­té face de l’ar­tiste s’avère aus­si cap­ti­vant que son cô­té pile. Sa pre­mière col­lec­tion Abs­trac­tion, ins­pi­rée par Piet Mon­drian et Ka­si­mir Ma­le­vitch, est com­po­sée de dix-neuf oeuvres qui re­vi­sitent le néo-plas­ti­cisme. Dans cette nou­velle orien­ta­tion, il em­prunte la com­plexi­té et la mi­nu­tie qu’il adop­tait dé­jà dans la pein­ture mu­rale. «Je trace les traits à main le­vée sans tou­cher le sup­port et je n’ai pas le droit à l’er­reur.» Théo Is­sa est jeune mais in­tran­si­geant sur le dé­tail. Son tra­vail est un ma­riage entre le gra­phisme et la géo­mé­trie. Des com­bi­nai­sons de cuivre, d’ar­gent et d’or, noyées dans des nuances lé­gères ou au contraire une gamme chro­ma­tique puis­sante. Son art sin­gu­lier n’est pas ce­lui qu’on a l’ha­bi­tude de voir dans les ga­le­ries lo­cales, sou­vent «fri­leuses» quant à leur sé­lec­tion. Dans son «show so­lo» Is­sa veut «ap­por­ter une cu­rio­si­té, faire voir quelque chose de nou­veau.» Cet ar­tiste émergent veut re­trans­crire ce que le monde a d’unique et su­bli­mer le po­ten­tiel hu­main. Ses toiles parlent de l’eau, de la terre, du feu, d’amour, de co­lère. En un mot, d’émo­tions.

Son pré­nom lui va comme un gant et sa car­rière ar­tis­tique s’est ré­vé­lée à lui comme une évi­dence. Théo Is­sa em­prunte deux che­mins qui se com­plètent et s’en­ri­chissent: la pein­ture dé­co­ra­tive et une pra­tique d’ar­tiste, nour­rie de sa­voir-faire et de beau­coup de sin­cé­ri­té. Un ren­dez-vous très at­ten­du pour dé­cou­vrir ses toiles, et sur­tout son uni­vers qu’il par­tage vo­lon­tiers, du 31 mars au 9 avril à la SV Gal­le­ry de Saï­fi.

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