Pour Claire Basler la vie de châ­teau, c’est le bou­quet

Ré­pu­tée pour ses toiles sen­suelles dé­diées à la na­ture, l’ar­tiste Claire Basler a dé­co­ré le châ­teau de Beau­voir comme un jar­din ex­tra­or­di­naire. Elle nous ouvre les portes de ce do­maine en­chan­té, bande-an­nonce d’un ta­lent à l’élé­gance chlo­ro­phyl­lée.

Déco Magazine - - VIVRE AUTREMENT -

Au coeur de

l’Au­vergne, Claire Basler a ins­tal­lé le plus grand ate­lier de sa vie en of­frant à ce châ­teau dé­gra­dé de qua­rante pièces une cure de jou­vence. Dans le parc de cinq hec­tares, entre fo­rêts, étang, ro­se­raies et jar­din d’herbes, elle puise force et ins­pi­ra­tion. Ex­pri­mant sa joie comme un art de vivre, à grands coups de pin­ceaux ma­giques qui s’en­ivrent des sai­sons. Ac­com­pa­gnée de bou­quets sur­di­men­sion­nés, une pro­fu­sion d’oeuvres ré­vèle, dans une en­fi­lade de pièces, son geste juste et sa vi­sion claire. «Je pen­sais qu’il était dom­mage de peindre les murs, puisque en dé­mé­na­geant vous ne pou­vez pas les em­por­ter. Puis j’ai réa­li­sé que c’était une au­baine pour scé­na­ri­ser mes pein­tures avec un ef­fet gran­deur na­ture.» Ain­si, les chambres d’hôtes sont de­ve­nues salles d’ex­po­si­tion, plon­geant le vi­si­teur en im­mer­sion dans son monde mer­veilleux.

Des murs comme des toiles géantes

«Lorsque nous avons ache­té le châ­teau, nous ne sa­vions pas que mes pein­tures don­ne­raient vie à l’an­cien bâ­ti­ment et de­vien­draient son at­trac­tion prin­ci­pale», confie Claire Basler. Dé­fi re­le­vé avec Pierre, son par­te­naire et com­pa­gnon. Au­to­di­dacte, il s’im­pro­vise for­ge­ron, me­nui­sier et ma­çon pour épau­ler une res­tau­ra­tion d’en­ver­gure. La réus­site de ce tra­vail d’équipe se concré­tise dans l’af­fluence du pu­blic lors de jour­nées portes ou­vertes. Au rez-de-chaus­sée, la cou­leur d’ori­gine des murs et des portes du grand sa­lon a été pré­ser­vée. Éclai­rée d’un pla­fon­nier ima­gi­né par Pierre, une en­vo­lée de fleurs peintes du sol au pla­fond conjugue sa poé­sie aux dé­li­cates com­po­si­tions flo­rales. Sur une pa­lette de vert tendre, l’har­mo­nie jaillit d’un mix&match de sou­ve­nirs de voyages, de l’Asie à

l’Afrique. Dont des cous­sins Ca­ra­vane sur des ca­na­pés Ikea, au­tour d’une table vin­tage en verre, ré­chauf­fée d’une flam­bée dans la che­mi­née de­si­gn.

L’en­chan­te­ment d’un par­fum de fleurs sau­vages

En s’ap­pro­priant les murs comme des toiles géantes, Claire Basler offre à chaque pièce une iden­ti­té sin­gu­lière. In­fluen­cée, en­fant, par Si­mon Vouet, peintre fran­çais du XVIIe qu’elle dé­couvre au Grand Pa­lais, sa vie fleu­rit d’émo­tions. L’abon­dance des cou­leurs gour­mandes guide sa dé­marche, comme en té­moigne le pre­mier étage. «Ici on se sent dans un état d’ébrié­té, comme lorsque l’on est in­toxi­qué par la beau­té, les cou­leurs, les sons et les odeurs de la na­ture. Jus­qu’à perdre ses re­pères pour se confondre avec le ciel ou faire par­tie de l’arbre.» Dé­li­cieux en­chan­te­ment

qui s’ex­prime dans l’en­fi­lade de sa­lons, riche d’un trompe-l’oeil de fleurs sau­vages. Dou­ceur poé­tique d’un champ, tels ceux, peints en all over, qui scé­na­risent le sobre mo­bi­lier vin­tage, sous des sus­pen­sions en pa­pier. Par contraste, le pa­lier blanc in­vite à plon­ger en pleine na­ture, dans d’im­menses vases trans­pa­rents où branches et feuillages semblent des sculp­tures vi­vantes.

Beau, le lieu de­vient ras­su­rant

Au­jourd’hui, après quelques es­sais, une di­zaine de pièces re­flète le ta­lent de Claire Basler. «Dans l’es­pace dé­dié aux ce­rises sau­vages, j’ai com­men­cé par peindre les murs en gris et à sus­pendre mes toiles. Je les ai vite re­ti­rées pour ha­biller les murs de ciel puis gref­fer les branches

dé­li­cates. J’ai la chance de vivre en toute li­ber­té et de faire, de­puis l’en­fance et au grand déses­poir de ma fa­mille, des mou­ve­ments amples que je trouve gé­niaux.» Mais, ici, les voya­geurs tombent amou­reux des pein­tures avec les­quelles ils se ré­veillent, em­por­tant par­fois une toile en sou­ve­nir de leur sé­jour. «Ou bien, s’amuse Claire, ils me de­mandent de créer la même chose dans leur mai­son. Car lorsque les murs donnent vie, il suf­fit de peu de meubles et d’ob­jets pour créer une am­biance cha­leu­reuse. Ain­si la chambre Ané­mone, avec sa che­mi­née cendre, a pour thème un ciel gris. Mais ce jour-là, Pierre est ar­ri­vé avec un bou­quet en­chan­teur d’ané­mones vio­let et rose. Alors je l’ai im­mor­ta­li­sé dans ce dé­cor in­tem­po­rel où il s’épa­nouit sur un sol gris, comme mouillé de pluie.»

Une ex­plo­sion créa­tive

Les com­po­si­tions gra­phiques de Claire Basler, al­ter­nant huile et gouache, jouent sur un foi­son­ne­ment de cou­leurs. Leur taille est digne d’un mu­sée. Loin d’être su­per­fi­cielle, la dé­co­ra­tion est vi­tale. Ain­si, dans le dor­toir du deuxième étage, la lu­mière se ré­flé­chit sur le plan­cher noir. Dé­ployé en ki­no­pa­no­ra­ma, un pa­ravent cou­leur ciel co­ton­neux en­ve­loppe le vi­si­teur d’une in­ti­mi­té ro­man­tique. Les pla­fon­niers semblent dan­ser sur leur fil; et, touche créa­tive, la table d’ap­point blanche conçue par Claire est réa­li­sée par Pierre.

Un ate­lier gran­deur na­ture

Dans son ate­lier ins­tal­lé dans les écu­ries his­to­riques du châ­teau, Claire

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