Guillaume Taslé d’Héliand «RENDRE AU LI­BAN CE QUI LUI AP­PAR­TIENT»

APRÈS UNE CAR­RIÈRE DE JOUR­NA­LISTE ET DANS L’ÉVÉ­NE­MEN­TIEL, GUILLAUME TASLÉ D’HÉLIAND EST AVEC HALA MOUBARAK LE GRAND OR­GA­NI­SA­TEUR DE LA PRE­MIÈRE ÉDI­TION DE LA BEIRUT DE­SI­GN FAIR. ENTRE LES DÉ­FIS INHÉRENTS À UN TEL PRO­JET ET UN OP­TI­MISME LIÉ À UNE LONGUE EX

Déco Magazine - - DESIGN-NEWS - Pro­pos re­cueillis par Jim

Comment éva­luez-vous la si­tua­tion du de­si­gn au­jourd’hui au Li­ban? Bey­routh, c’est plus de mille ans d’his­toire et une culture in­vrai­sem­blable dans des en­droits in­soup­çon­nables! Pour qui s’in­té­resse à la scène ar­tis­tique, la créa­ti­vi­té li­ba­naise saute aux yeux. La mé­moire de l’his­toire du pays s’y est en­gouf­frée: la ré­si­lience du peuple li­ba­nais s’illustre dans une vo­lon­té de tou­jours trou­ver des so­lu­tions. Si le plan A échoue, on dé­rou­le­ra le plan B et ain­si de suite. D’autre part, l’ar­ti­sa­nat s’est main­te­nu à un très haut ni­veau, quoi qu’en pensent par­fois les Li­ba­nais eux­mêmes. Le ni­veau de for­ma­tion, l’ALBA en tête, est ex­cellent. Le pro­blème est qu’à dé­faut de struc­tures ma­na­gé­riales so­lides, on conti­nue de re­pro­duire des formes pé­ri­mées aux­quelles les jeunes gé­né­ra­tions ne sont plus sen­sibles. Trente ans de guerre ont dé­truit l’in­ves­tis­se­ment et par consé­quent la pro­duc­tion. Le Li­ban le paie cher au­jourd’hui, avec des pro­duits étran­gers qui mo­bi­lisent 80% des ventes lo­cales. Il faut in­ver­ser ce rap­port.

D’autres ac­teurs, House of To­day ou la Beirut De­si­gn Week, existent dé­jà; quelle dif­fé­rente am­bi­tion a la Beirut De­si­gn Fair? Grâce à House of To­day, un vrai par­te­naire au­jourd’hui, nous avons ren­con­tré de nom­breux de­si­gners émergents, et cer­tains qui font par­tie de la mai­son ex­po­se­ront à la Beirut De­si­gn Fair. C’est le cas de Georges Mo­has­seb par exemple. Quant à la Beirut De­si­gn Week, en dé­pit de plu­sieurs ten­ta­tives, nous n’avons pas pu tra­vailler en­semble pour le mo­ment. L’am­bi­tion de la Beirut De­si­gn Fair est d’al­ler plus loin jus­te­ment, en dé­pas­sant le cadre stric­te­ment lo­cal, en of­frant aux ar­tistes la ré­so­nance qu’ils sou­haitent. Au cours de nos longues dis­cus­sions avec House of To­day et plus d’une cin­quan­taine de de­si­gners, nous leur avons de­man­dé: quels sont vos be­soins? Quelle est la foire dont vous avez be­soin? On s’est ren­du compte d’une triple né­ces­si­té de qua­li­té, de vi­si­bi­li­té et de lé­gi­ti­mi­té par-de­là le Li­ban. Il faut lui rendre ce qui lui ap­par­tient, sa pre­mière place dans la ré­gion. Lorsque vous voyez qu’à Du­baï, sur vingt de­si­gners, la moi­tié est li­ba­naise…

La clef d’une telle am­bi­tion est la sé­lec­tion des de­si­gners et de leurs pièces: comment s’est-elle opé­rée? On a mis la barre haut, ce que l’on sou­haite du­rable, avec un ni­veau qui de­vra conti­nuer d’aug­men­ter d’an­née en an­née. Nous avons re­çu des di­zaines de de­mandes, al­lant de la mère de fa­mille qui a fait une table à des de­si­gners confir­més. Dans cette der­nière ca­té­go­rie, cin­quan­te­sept ont été re­çus, une qua­ran­taine de dos­siers a été ac­cep­tée. Par­mi eux, Da­vid/ Ni­co­las, Car­wan Gal­le­ry, etc. Il faut in­sis­ter sur la qua­li­té du co­mi­té de sé­lec­tion qui a aus­si in­té­gré des Li­ba­nais de l’étran­ger et un membre sans lien avec le Li­ban, mais qui or­ga­nise l’an­née pro­chaine une ex­po­si­tion sur le de­si­gn li­ba­nais au mu­sée des Arts dé­co­ra­tifs de Pa­ris. On ima­gine que les dé­fis ont été nom­breux… Sans au­cun doute le plus grand dé­fi est fi­nan­cier. Il est très dif­fi­cile de trou­ver des res­sources pour un évé­ne­ment dont on ne peut au­jourd’hui es­ti­mer par­fai­te­ment les re­tom­bées. Heu­reu­se­ment, nous avons pu bé­né­fi­cier de nom­breux sou­tiens, la plu­part of­fi­cieux. D’autres, comme l’As­so­cia­tion of Le­ba­nese In­dus­tria­lists, se sont en­ga­gés à fond. La Beirut Art Fair, avec qui nous n’avons pas de lien ca­pi­ta­lis­tique, nous a ou­vert son ré­seau. Des ini­tia­tives in­di­vi­duelles nous ont per­mis d’avan­cer ra­pi­de­ment: le meilleur exemple est Ra­bih Kay­rouz qui a par­rai­né la pré­sence de deux de­si­gners. Le ré­seau­tage reste la den­rée la plus ef­fi­cace au Li­ban.

Quels sont vos ob­jec­tifs pour cette pre­mière édi­tion? Il est com­pli­qué de pla­cer le cur­seur la pre­mière an­née. Nous n’avons pas d’ob­jec­tif chif­fré par­ti­cu­lier, mais 15 000 vi­si­teurs se­rait un beau ré­sul­tat. Dans tous les cas, nous n’am­bi­tion­nons pas de ga­gner de l’ar­gent dans l’im­mé­diat, une masse cri­tique et une fré­quence d’édi­tions sont né­ces­saires. L’ob­jec­tif de la Beirut De­si­gn Fair est da­van­tage d’ordre qua­li­ta­tif: des pro­fils de vi­si­teurs va­riés, al­lant des jeunes col­lec­tion­neurs aux ar­chi­tectes d’hô­tels et de res­tau­rants, des dis­cus­sions, des dé­bats, afin que vive cette communauté du de­si­gn li­ba­nais.

Hala Moubarak et Guillaume Taslé d’Héliand, les vi­sages der­rière la Beirut De­si­gn Fair.

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