Cha­han Mi­nas­sian, ar­ti­san des am­biances cou­ture

Il gère au­jourd’hui des chan­tiers de cha­lets, de banques et de ré­si­dences luxueuses dans le monde en­tier. Dis­cret, Cha­han Mi­nas­sian s’est fait connaître du grand pu­blic par ses par­ti­ci­pa­tions à AD In­té­rieurs et son in­ter­ven­tion haute cou­ture dans l’Hô­tel

Déco Magazine - - RENCONTRE - Ro­la Cus­son

Si Cha­han Mi­nas­sian

avoue que ses ori­gines li­ba­noar­mé­niennes ont un im­pact sur sa créa­ti­vi­té, cet im­pact est bien loin des cli­chés orien­ta­li­sants. Il s’agit d’une sen­si­bi­li­té re­la­tive à une cer­taine dou­ceur de vivre, une hos­pi­ta­li­té qui im­plique un soin par­ti­cu­lier ap­por­té aux in­té­rieurs. Comme beau­coup de Li­ba­nais nés dans les an­nées 60 Cha­han a connu les mai­sons bey­rou­thines avec leurs deux sa­lons, l’un oc­ci­den­tal et l’autre orien­tal. «L’ADN des gens de ma gé­né­ra­tion a été nour­rie de ces deux uni­vers», dit-il. Mais il n’y a pas que ce­la: le père de Cha­han Mi­nas­sian était joaillier hor­lo­ger et un grand pas­sion­né de de­si­gn; il avait lui-même des­si­né le mo­bi­lier de l’ap­par­te­ment fa­mi­lial dans un style avant-gar­diste. Cha­han avait donc de qui te­nir!

Les an­nées Ralph Lau­ren

Très tôt au dé­but de la guerre du Li­ban, Cha­han Mi­nas­sian part étu­dier à Pa­ris et y reste après l’ob­ten­tion de son di­plôme d’ar­chi­tecte d’in­té­rieur. C’est en tant que di­rec­teur créa­tif chez Ralph Lau­ren qu’il dé­ve­loppe son goût pour les fi­ni­tions cou­ture. «C’était l’époque où Ralph Lau­ren créait son iden­ti­té vi­suelle d’in­té­rieur ins­pi­rée de l’Eu­rope. Mon rôle, outre ce­lui d’ar­chi­tecte d’in­té­rieur, était ce­lui d’un mé­dia­teur qui de­vait adap­ter et ré­in­ter­pré­ter le goût de la mai­son amé­ri­caine Ralph Lau­ren se­lon l’iden­ti­té de cha­cun des pays de l’Eu­rope, qui dans les an­nées 80 n’était pas en­core unie», pré­cise le de­si­gner avant d’ajou­ter: «À une époque où l’ou­ver­ture vers le monde via in­ter­net n’exis­tait pas, cette ex­pé­rience in­ter­na­tio­nale m’a per­mis de nour­rir mon ima­gi­na­tion et de dé­ve­lop­per ma connais­sance du monde.»

L’étape Hô­tel de Crillon

Le cé­lèbre pa­lace de la place de la Con­corde doit au ta­lent de Cha­han Mi­nas­sian le res­tau­rant étoi­lé l’Écrin, la bras­se­rie les Am­bas­sa­deurs, des suites mais aus­si le spa et sa su­blime pis­cine pa­rée d’une robe d’écailles do­rées. Un pro­jet ti­ta­nesque qui a pro­pul­sé le de­si­gner sous la lu­mière des pro­jec­teurs. Pen­dant plus d’un quart de siècle Cha­han a éla­bo­ré en toute dis­cré­tion de luxueux pro­jets ré­si­den­tiels aux quatre coins du monde; des pro­jets sur les­quels il ne com­mu­ni­quait pas tou­jours par sou­ci de dis­cré­tion vis à vis des pro­prié­taires. C’est no­tam­ment lors de sa par­ti­ci­pa­tion à AD In­té­rieurs, il y a quelques an­nées, que le grand pu­blic a dé­cou­vert l’im­mense ta­lent de Cha­han Mi­nas­sian. Alors à la ques­tion «Y a-t-il eu un avant et un après l’Hô­tel de Crillon?», on ré­pon­dra que, grâce à ce pro­jet ti­ta­nesque tant mé­dia­ti­sé, le grand pu­blic a pu en­fin ap­pré­cier «l’es­thé­tique cha­ha­nienne»!

Une es­thé­tique que l’on va re­trou­ver dans tous les pro­jets du de­si­gner, que ce soit un cha­let de mon­tagne, une mai­son de cam­pagne, un ap­par­te­ment en haut d’une tour, un hé­li­co­ptère ou en­core un yacht. À pro­pos de yachts, Cha­han Mi­nas­sian s’est vu re­mettre pour la deuxième fois une dis­tinc­tion in­ter­na­tio­nale pour l’éla­bo­ra­tion de l’ar­chi­tec­ture in­té­rieure d’un yacht de 90 mètres bap­ti­sé Faith.

La Cha­han touch

Il y a quelques constantes que l’on re­trouve dans les in­nom­brables pro­jets du de­si­gner. Une sorte de Cha­han touch ba­sée sur une am­biance se­reine due à des pa­lettes mo­no­chromes, une lu­mière sou­vent in­di­recte qui peut être opa­les­cente et chan­geante tout au long de la jour­née. Une lu­mière qui met en va­leur les dif­fé­rentes tex­tures: pierre grat­tée, bronzes cou­lés, tis­sus tex­tu­rés… Et sur­tout un don in­né pour réus­sir les mé­langes. «Je ne re­cherche pas sys­té­ma­ti­que­ment le mo­bi­lier de­si­gn mais plu­tôt des ob­jets et mo­bi­liers de va­leur de dif­fé­rentes époques. J’agis comme un conser­va­teur ou com­mis­saire d’ex­po­si­tion mais en évi­tant de tom­ber dans une am­biance mu­séale fi­gée. Il ne faut ja­mais ou­blier le confort de vie et la fonc­tion­na­li­té», conclut le de­si­gner.

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