L’art de vivre se­lon Ca­sa Lo­pez.

Déco Magazine - - SOMMAIRE - Syl­vie Gas­sot

De son éden es­ti­val en Pro­vence, Pierre Sau­vage, pro­prié­taire de Ca­sa Lo­pez et di­rec­teur ar­tis­tique à l’oeil ai­gui­sé, nous livre ses se­crets d’es­thète. En mé­ta­mor­pho­sant cette an­cienne ma­nu­fac­ture de vers à soie du XVIIIe siècle en havre de paix rus­tique et raf­fi­né, il af­fiche un art de vivre où l’es­thé­tique est dé­diée au plai­sir et à la convi­via­li­té.

Fi­dèle à un

style joyeux et co­hé­rent, l’épi­cu­rien Pierre Sau­vage dé­couvre le Lu­be­ron en tom­bant amou­reux de ce pa­ra­dis ni­ché au coeur de la gar­rigue. Après avoir dé­ga­gé la vue de cet uni­vers mo­no­chrome sur la beau­té du mas­sif qui flirte avec l’ho­ri­zon, il creuse une pis­cine. Peint l’in­té­rieur du bas­sin en gris an­thra­cite pour un ef­fet plus na­tu­rel. Et s’ac­corde comme seuls points de cou­leur entre mu­rets en pierre sèche et ma­jes­tueux chênes verts quelques ser­viettes-éponges. Iso­lée de la mai­son, la pis­cine est ac­ces­sible par une suc­ces­sion de ter­rasses en pente douce tra­ver­sant le jar­din. D’ac­cueillantes ban­quettes XXL, ins­pi­rées des caïques, les tra­di­tion­nels ba­teaux grecs, rendent son pool house aus­si hos­pi­ta­lier qu’un sa­lon. Idéal pour s’en­ivrer, à l’ombre d’im­po­santes ap­pliques-tor­chères échap­pées d’un dé­cor de ci­né­ma, du par­fum des la­vandes, dans le chant des grillons.

L’ob­ses­sion d’un confort vi­suel et tac­tile

Face au bas­sin na­tu­rel où fleu­rissent des né­nu­phars, le banc en pierre res­pecte l’es­prit du lieu. Si le jar­din se sou­met à la to­po­gra­phie, les aga­panthes blanches

dé­voilent une ter­rasse cou­verte. Mé­ri­diennes et fau­teuils en corde et ro­tin tis­sés en Inde offrent une am­biance se­reine. Verts, mauves et vio­lets, les coussins évoquent la pa­lette du pé­rovs­kia et du ro­ma­rin qui em­baument alen­tour. Sous la ton­nelle de vigne, la table est dres­sée avec une vais­selle en terre mê­lée du Gard créée spé­cia­le­ment pour Ca­sa Lo­pez. Ce goût du dé­tail ados­sé à une jus­tesse d’ex­pres­sion a sé­duit la star des pay­sa­gistes Louis Be­nech. Il pré­face ain­si le su­perbe livre que pu­blie Pierre Sau­vage: Ca­sa Lo­pez Un art de vivre. «Dans le Lu­bé­ron, la bâ­tisse n’est pas un châ­teau ni même une mai­son de maître, et pour­tant sous la rus­ti­ci­té de ces pierres sèches pousse une dou­ceur qui s’im­pose d’elle-même. Na­tu­rel­le­ment.»

Conçue pour vivre de­hors toute la jour­née, la mai­son grande ou­verte aux co­pains cé­lèbre une for­mi­dable joie de vivre. Une grande table ovale peut ac­cueillir quinze convives, ami­tié et gas­tro­no­mie y font bon mé­nage. On sa­voure à peine cueillies des fleurs de cour­gette en bei­gnets et une mousse au cho­co­lat dont le pro­prié­taire confie les re­cettes dans son livre. Par­des­sus tout, il aime l’art de dres­ser la table

avec chic et dé­sin­vol­ture. «J’ai mé­lan­gé un ser­vice pro­ven­çal du XIXe siècle avec des bols me­lon du Por­tu­gal, une sou­pière mi­mo­sa de Creil, des cou­verts do­rés d’As­tier de Villatte et des verres de Biot de dif­fé­rentes tailles pla­cés en al­ter­nance pour ryth­mer la table. La nappe vient de Hong Kong.» De ce tour du monde de la dé­co scè­no­gra­phié avec un goût sûr jaillit comme une évi­dence le plai­sir.

Cha­leu­reuse le­çon de style

Si l’amé­na­ge­ment de la ma­gna­ne­rie a né­ces­si­té peu de tra­vaux de gros oeuvre, Pierre Sau­vage et son com­plice, l’ar­chi­tecte d’in­té­rieur Franz Po­ti­sec, ont créé ex ni­hi­lo une im­mense cui­sine mi­ni­ma­liste ( 70 m²) sous un an­cien auvent. «Dis­po­sée comme un orgue, pré­cise-t-il, une hotte noire gi­gan­tesque struc­ture la pièce tan­dis que des baies vi­trées s’ouvrent sur une vé­gé­ta­tion aride.» Sur la table un puzzle de ving­tet-un plats Ca­sa Lo­pez per­met de réa­li­ser des buf­fets so­phis­ti­qués. Dans la tra­di­tion pro­ven­çale les murs sont en­duits à la chaux et les boi­se­ries peintes de cou­leurs neutres: taupe, mas­tic, blanc cas­sé… Ori­gi­nal, un im­por­tant vais­se­lier aux portes vi­trées ex­pose une mul­ti­tude

de verres et d’as­siettes dont Ca­sa Lo­pez -ré­pu­té pour ses ta­pis- s’est au­jourd’hui aus­si fait une spé­cia­li­té. Pour contras­ter avec les tons na­tu­rels du chanvre et du ro­tin des coussins aux cou­leurs fortes -orange, in­di­go, fuch­sia et vio­le­tap­portent une touche d’exu­bé­rance haute cou­ture au dé­cor du sa­lon. De ses vingt ans de car­rière dans les re­la­tions pu­bliques chez Dior et Cas­tel­ba­jac, notre hôte a ac­quis un sens ai­gu du style sans ef­fets.

À l’étage, chaque chambre se ca­rac­té­rise par la so­brié­té de tis­sus en chanvre rayés de cou­leur. Prio­ri­té aux sols avec des ta­pis en jute et laine qui re­prennent exac­te­ment les mêmes mo­tifs puis­sants. Au dia­pa­son les cinq chambres ap­pliquent la règle d’or: trois cou­leurs do­mi­nantes. Cel­le­ci, si­tuée sous les combles, ac­cueille une tête de lit en ra­phia et un gé­né­reux miroir so­leil. Dans la salle de bains, les lam­bris en plaques de lave pro­longent le sol en pierre du Gard, comme sur la mar­gelle de la pis­cine. Sur­git alors la voix de Ni­no Fer­rer: «On di­rait le Sud, le temps dure long­temps et la vie sû­re­ment plus d’un mil­lier d’an­nées… Il y a plein de chiens… Il ne manque rien…»

Tré­sors chi­nés et culture du lâ­cher­prise

C’est en fai­sant de sa marque le re­flet de son propre style de vie, où du mé­lange naît la sur­prise, que Pierre Sau­vage im­prime l’élé­gance de sa si­gna­ture. Sûr de la force des vo­lumes de cette ar­chi­tec­ture sobre sou­li­gnée d’un jeu de lu­mière tra­ver­sant, comme de la bien­veillance de l’en­vi­ron­ne­ment ancestral où veillent les oli­viers, il a gar­dé l’au­then­ti­ci­té de la bâ­tisse. Et ap­por­té, grâce à un ar­ti­sa­nat d’ex­cel­lence, sim­ple­ment éton­nant, un souffle contem­po­rain qui ré­veille l’âme des vieilles pierres. Parce qu’il connaît l’al­chi­mie par­faite de la tra­di­tion mê­lée à la mo­der­ni­té, la vie inonde son re­fuge de rêve. Entre tré­sors gla­nés en salle des ventes ou chi­nés aux quatre coins de la pla­nète, l’es­pace re­flète une forte culture du beau. Pierre Sau­vage ose avec un ta­lent qui res­pire large. Dans sa vaste suite, une sobre tringle per­met d’ac­cro­cher ses vê­te­ments au-des­sus d’un ca­na­pé re­cou­vert de tis­su au mo­tif lierre. Au­dace de la sim­pli­ci­té, goût des belles choses, joie du par­tage… Et si là ré­si­dait le se­cret du luxe by Ca­sa Lo­pez?

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