LES DÉCHETS S’EX­POSENT À MARSEILLE

VIES D’OR­DURES

Femme Magazine - - EXPOSITION -

ALORS QU’AU PAYS DU CÈDRE ON CROULE SOUS LES DÉ­TRI­TUS, LA CI­TÉ PHO­CÉENNE PORTE CETTE NUI­SANCE AU RANG DE «PIÈCE DE MU­SÉE»… PAS QUE MARSEILLE N’AIE JA­MAIS CONNU DE GRÈVE DE RA­MAS­SAGE D’OR­DURES, MAIS AU MOINS LORSQUE CELLES-CI SONT COL­LEC­TÉES, ELLES SONT TRAI­TÉES ET NE FI­NISSENT PAS DANS LA GRANDE BLEUE!

Jus­qu’au 14 août, le Mucem consacre une ex­po­si­tion à l’éco­no­mie des déchets. «Vies d’Or­dures» in­vite à un voyage au­tour de la Mé­di­ter­ra­née, à la dé­cou­verte des pay­sages, tech­no­lo­gies, ob­jets re­cy­clés… mais aus­si des per­sonnes qui gèrent ces déchets, les su­bissent et en vivent par­fois.

ÉTAT DES LIEUX

Tout est parti d’un constat: notre em­preinte éco­lo­gique est ex­po­nen­tielle. Plus de 80% de la sur­face de la pla­nète est sous in­fluence hu­maine di­recte. Cette sur­ex­ploi­ta­tion de l’éco­sys­tème en­gendre des bou­le­ver­se­ments na­tu­rels: hausse de la tem­pé­ra­ture du globe, ap­pau­vris­se­ment de la couche d’ozone, aci­di­fi­ca­tion des océans, épui­se­ment des sols et des sous-sols. En dé­coule que nos so­cié­tés ont fi­ni par se trans­for­mer en so­cié­tés du déchet!

L’ex­po­si­tion s’ouvre sur un état des lieux. Une sorte d’au­top­sie de la « pou­belle-monde » qui per­met de consta­ter que les déchets sont par­tout. Ce­la est dû à l’évo­lu­tion de notre mode de vie ba­sé sur le « tout je­table », à l’ap­pa­ri­tion du plas­tique et de la mul­ti­pli­ca­tion des em­bal­lages. On ap­prend que si 7 à 10 mil­liards de tonnes de déchets ont été pro­duits dans le monde en 2012, les or­dures do­mes­tiques sont loin d’être seules res­pon­sables de la pol­lu­tion; les déchets pro­duits par l’in­dus­trie, l’agri­cul­ture ou le bâ­ti­ment conta­minent à moyen terme toute vie vé­gé­tale ou ani­male.

Un pe­tit re­tour en ar­rière per­met de consta­ter que nos grand­spa­rents et nos ar­rière-grands-pa­rents n’avaient sû­re­ment pas

la même ap­pré­hen­sion du déchet que nous, car il y en avait beau­coup moins et que le pre­mier ré­flexe face à un ob­jet abî­mé était de le ré­pa­rer et non pas de le je­ter.

LA SE­CONDE VIE DES DÉCHETS

C’est en­core le cas dans cer­taines so­cié­tés comme au Caire où la com­mu­nau­té des Za­bal­lin en charge du ra­mas­sage des or­dures mé­na­gères est dou­blée par un se­cond ré­seau de ré­cu­pé­ra­teurs; les bi­kia (de l’ita­lien ro­ba vec­chia, «vieilles choses»), fer­railleurs iti­né­rants qui sillonnent la ville en an­non­çant leur pas­sage de leur cé­lèbre cri «bi­kia, bi­kia, ru­ba’ bi­kia», un des sons ca­rac­té­ris­tiques de la ri­chesse de l’am­biance so­nore du Caire. Les bi­kia, eux, ra­chètent les ob­jets dont on ne veut plus ou qui ne fonc­tionnent plus. Lorsque vous en­ten­dez leur cri, il suf­fit de les ap­pe­ler, ils montent chez vous et là, vous né­go­ciez un prix. Ce­la vaut aus­si bien pour un vieux fri­go, des vieux meubles, des déchets de chan­tier (portes, fe­nêtres, lampes, fer­raille)… Tout ce qui, en France, irait dans une dé­chet­te­rie ou dans une bro­cante. Pen­dant très long­temps, les bi­kia par­cou­raient les rues du Caire avec une char­rette ti­rée par un âne. De­puis 2010, ils s’équipent de tri­por­teurs à moteur im­por­tés de Chine: de pe­tits vé­hi­cules «uti­li­taires», com­po­sés d’un train avant de moto et d’une benne à l’ar­rière. Ils peuvent ain­si trans­por­ter jus­qu’à une de­mi-tonne. Au Caire, ces tri­por­teurs sont aus­si ap­pe­lés «touk touk», un terme ar­go­tique is­su de Thaï­lande, construit sur une ono­ma­to­pée rap­pe­lant le bruit d’un moteur. Un tri­por­teur qui sillon­nait le Caire il y a en­core quelques mois, trône fiè­re­ment au­jourd’hui dans l’ex­po­si­tion.

QUELLES SO­LU­TIONS POUR UNE SO­CIÉ­TÉ «ZÉ­RO DÉCHET»?

Si en Grèce 80% des déchets sont mis en dé­charge, seule­ment 2% fi­nissent en dé­charge en Al­le­magne, le reste étant soit com­pos­té, soit in­ci­né­ré, soit re­cy­clé. En Au­triche, la qua­si to­ta­li­té des déchets or­ga­niques sont com­pos­tés. La France fait par­tie des mau­vais élèves de l’Eu­rope, puisque sur 35 mil­lions de tonnes de déchets pro­duits par les mé­nages, seule­ment 20% sont re­mis en cir­cu­la­tion pour être ré­em­ployés ou re­cy­clés. Alors qu’avec 8 boîtes de conserve en acier re­cy­clées, on fa­brique 1 cas­se­role. Et avec 850 boîtes de conserve en acier re­cy­clées, on fa­brique 1 lave-linge… Or, les so­lu­tions existent, à com­men­cer par la ré­duc­tion, voire par­fois l’ab­sence d’em­bal­lages en plas­tique qui fi­nissent di­rec­te­ment dans la pou­belle. Le com­pos­tage des déchets or­ga­niques est une al­ter­na­tive à l’in­ci­né­ra­tion. Quant à l’in­ci­né­ra­tion des déchets non or­ga­niques, cette so­lu­tion est fort utile si ef­fec­tuée dans des usines qui pro­duisent et four­nissent de l’élec­tri­ci­té comme ce­la est le cas dans cer­tains pays comme la Suède qui manque par­fois de déchets pour pro­duire son élec­tri­ci­té! Une so­lu­tion à adop­ter d’ur­gence au Li­ban où l’on manque d’élec­tri­ci­té tout en na­geant dans les or­dures!!!!

Mal­heu­reu­se­ment, l’ex­po­si­tion «Vies d’Or­dures» ba­sée sur des en­quêtes eth­no­gra­phiques réa­li­sées dans les pays du pour­tour mé­di­ter­ra­néen ne prend pas en compte la ré­cente crise des pou­belles au Li­ban… Quelle dom­mage que cette ex­po­si­tion ne soit pas iti­né­rante, car si elle pou­vait être pré­sen­tée au pays du Cèdre, ce­la au­rait été bien utile pour sen­si­bi­li­ser le pu­blic (et les di­ri­geants!) à la ges­tion in­di­vi­duelle et col­lec­tive des déchets en mon­trant les fa­çons dont ceux-ci de­vraient être col­lec­tés, triés, ré­pa­rés, trans­for­més avec l’in­ven­ti­vi­té de la né­ces­si­té… et la né­ces­si­té de pré­ser­ver notre pa­tri­moine na­tu­rel!

TANAKÉ, PELLE À MANCHE, FER BLANC DE BOÎTE DE CONSERVE, BRÉ­SIL, AN­NÉES 1970. MUCEM / ATE­LIER DES EN­FANTS CENTRE GEORGES POM­PI­DOU. TRI­CYCLE MO­TO­RI­SÉ DE RÉCUPÉRATEUR DE RUE, LE CAIRE, ÉGYPTE.

PA­NO­RA­MA DES TOITS DU QUAR­TIER MANCHIET NAS­SER, LE CAIRE, ÉGYPTE, 2017.

TIRANA, AL­BA­NIE, 2014.

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