RAMI DALLE AR­RÊT SUR VI­TRINES

QUAND VOUS VOUS AR­RÊ­TEZ ÉMER­VEILLÉS DE­VANT UNE VI­TRINE, C’EST QU’ELLE EST PRO­BA­BLE­MENT IMA­GI­NÉE PAR RAMI DALLE. CE DE­SI­GNER DE 26 ANS EN A DÉ­JÀ SI­GNÉ 15. DES HIS­TOIRES, IL EN A PLEIN LA TÊTE ET RÊVE DE PRO­MOU­VOIR CET ART QUI TIENT DU DE­SI­GN ET DE LA POÉSI

Femme Magazine - - RENCONTRE - Fri­da Deb­ba­né

Rami a par­cou­ru les sen­tiers… étroits et mal gou­dron­nés de Bourj Ham­moud pour re­trou­ver, à tra­vers sa mémoire, les images em­ma­ga­si­nées afin de réa­li­ser ses ins­tal­la­tions. En­fant, Rami ne jouait pas dans la cour avec le bal­lon. Il n’était pas le chef d’une bande, mais l’ex­clu des jeux de gar­çons dont il su­bis­sait les sar­casmes, s’échap­pant à tra­vers ses idées. À tra­vers les ob­jets chi­nés aux puces: fer­raille, bou­tons, boîtes, den­telle, images saintes… Ina­ni­mées, ces trou­vailles al­laient s’ajou­ter à ses sta­tuettes en pâte à mo­de­ler, aux pou­pées chi­pées à sa soeur et aux filles de sa classe. Rami, en­fant sen­sible et rê­veur, trou­vait son bon­heur en s’as­seyant des heures du­rant près de sa mère qu’il ado­rait. Elle l’écou­tait, le conseillait, cal­mait ses doutes. Il s’amu­sait avec les chutes de tis­sus dont il confec­tion­nait des robes pour ses pou­pées alors que sa mère, cou­tu­rière, cou­sait des vê­te­ments. À ce jour, elle est son grand amour.

JEU­NESSE DIF­FI­CILE

Ses pa­rents le voyaient de­vant un or­di­na­teur. Ma­theux, il fut brillant dans le do­maine. Ain­si a-t-il eu le droit de s’ins­crire en de­si­gn à la L.A.U, où il a réus­si haut la main. En 2016, il rem­porte le prix Bo­ghos­sian dans sa ca­té­go­rie pour l’in­té­gra­li­té de son tra­vail.

Rami a réa­li­sé 15 vi­trines jus­qu’à ce jour. Sa pre­mière vi­trine de lu­nettes pour Ché­rine Ma­gra­bi fut si bien «vue» qu’il en conce­vra et exé­cu­te­ra 5 autres du­rant les an­nées sui­vantes. La plus grande de ses oeuvres a été la vi­trine d’Iwan Mak­ta­bi. 7 m2, 6 mois de tra­vail dans un ga­rage où il vé­cut jour et nuit. Et, deux se­maines en­core pour l’ins­tal­la­tion. L’ar­tiste dor­mait sur place: « Sur un ta­pis en soie », pré­ci­set-il avec son sou­rire qui fait briller ses beaux yeux, comme ma­quillés de khôl. Il a dû pour ce­la ras­sem­bler 23 000 bo­bines. Pour Her­mès, la com­mande in­cluait 4 thèmes: «Mé­ta­mor­phose», «Fla­neur Fo­re­ver», «Ob­jets Sen­sés» et «Na­ture au Ga­lop». La vi­trine a né­ces­si­té 1 an et de­mi de tra­vail. Pour la Bien­nale des An­ti­quaires, c’est Bo­ghos­sian qui fait ap­pel à Rami pour réa­li­ser une na­ture en poé­sie, qui a été concré­ti­sée par une ins­tal­la­tion au pla­fond, ins­pi­rée d’une mu­sique abs­traite re­pré­sen­tant un ballet orien­tal.

Le jeune ar­tiste-ar­ti­san pré­pare ac­tuel­le­ment dans son ate­lier de Bourj Ham­moud, pour Bo­ghos­sian, deux pro­jets de vi­trines à Londres et à Ge­nève, sur le thème de « La route de la soie », re­pré­sen­tant le dé­sert re­cou­vert de 150 000 pe­tits élé­ments faits de tulle et de fils de fer.

Rami est un ar­tiste aux fa­cettes in­ouïes. Col­lec­tion­neur de pou­pées an­ciennes, al­bums de che­veux du XIXème siècle, de fi­gu­rines…, il ne cesse d’in­ven­ter, d’ima­gi­ner une pro­chaine ins­tal­la­tion mise en scène dans le si­lence de sa so­li­tude.

VI­TRINE IWAN MAK­TA­BI.

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