SA­MIR TAMARI

«LA VIE ES­TELLE UN JEU?»

Femme Magazine - - EXPOSITION - N.R.

FEMME VOUS IN­VITE DANS LES COU­LISSES DE L’UNI­VERS PIC­TU­RAL DE SA­MIR TAMARI QUI EX­POSE SES OEUVRES JUS­QU’AU 17 JUIN À LA GA­LE­RIE JACQUES OUAISS. CE­LA DANS LE CADRE D’UNE EX­PO­SI­TION COL­LEC­TIVE, AVEC SA­MIR ABILLAMA, HADY BEYDOUN ET LAYAL KHAWLY, IN­TI­TU­LÉE «AR­TISTES À DÉ­COU­VRIR» .

Sa­mir Tamari vient à la base du monde pu­bli­ci­taire. Pen­dant de longues an­nées, il a oc­cu­pé le poste de di­rec­teur de la créa­tion au sein de plu­sieurs agences mul­ti­na­tio­nales. Un mé­tier in­évi­ta­ble­ment lié à l’art, aux idées, aux concepts, mais aus­si for­te­ment an­cré dans un en­vi­ron­ne­ment com­mer­cial, dic­té par les be­soins et les dé­si­rs des uns et des autres: des clients, des chiffres à en­re­gis­trer, des contraintes et des filtres à tra­vers les­quels il faut pas­ser, et qui, fa­ci­le­ment, peuvent au fi­nal trans­for­mer l’idée pre­mière. Alors que dans le do­maine de l’art dans son état pur, dans la pein­ture, à la­quelle l’ar­tiste s’est adon­né après s’être éloi­gné du monde pu­bli­ci­taire, on est sou­vent seul face à son oeuvre, dans un pro­ces­sus de li­ber­té to­tale. Une li­ber­té d’ex­pres­sion de soi.

C’est à tra­vers cette ap­proche que le vi­si­teur est ap­pe­lé à s’im­mer­ger dans l’uni­vers de Sa­mir Tamari. Une cin­quan­taine de ta­bleaux qui ne se­ront pas tous ex­po­sés à la ga­le­rie, mais dis­po­nibles de vi­su, sur ca­ta­logue ou bro­chure. Une pein­ture par­ti­cu­lière qui re­flète à la fois la per­son­na­li­té de son créa­teur et sa vi­sion de la vie, des mé­ca­niques sous-ja­centes de la vie. «Je ne me consi­dère pas comme un tech­ni­cien de la pein­ture, dit-il. Je peins pour m’ex­pri­mer.»

Par­fois cy­nique, par­fois iro­nique, in­tri­gante comme une invitation à dé­chif­frer, comme un jeu ap­pe­lant une mise, la roue qui tourne so­li­de­ment an­crée dans la réa­li­té, la pein­ture de Sa­mir Tamari s’ef­feuille de dé­tail, en idée, en mes­sage. «La vie est-elle un jeu?», la vie s’im­pose, dès l’in­ti­tu­lé de l’une de ses toiles, dans sa cer­ti­tude, son mé­ca­nisme, ses étapes, son as­cen­sion et ses iné­luc­tables chutes, ses pers­pec­tives, à l’image du jeu des échelles et des ser­pents. À l’image de l’amour comme ex­cuse fa­bu­lée pour pré­ser­ver l’es­pèce hu­maine, pour as­su­rer la pro­créa­tion de la pla­nète. À l’image du temps, tou­jours pré­sent, iné­luc­table, ir­ré­ver­sible, à la fois éphé­mère, om­ni­scient, et «qui nous em­mène dans des en­droits in­con­nus», «Hier en­core j’avais 20 ans, je ca­res­sais le temps…», chante en­core Charles Az­na­vour.

Éternelle ren­gaine dont on ne réa­lise l’im­pact qu’une fois pas­sé un cer­tain âge, avec le re­cul qui s’im­pose. Rien de sombre, de pes­si­miste là-de­dans, mais un cô­té pra­tique, réa­liste et prag­ma­tique, la vie qui éclate, dans sa di­cho­to­mie, dans ses contra­dic­tions qui se croisent, mais per­çue de ma­nière lé­gère et fraîche à la fois, à tra­vers le trai­te­ment que pro­pose Sa­mir Tamari. Comme ce doigt de nez ab­surde à la face du temps, ce traître. Parce qu’on reste jeune, le coeur reste jeune. Et c’est avec ce coeur-là que Sa­mir Tamari peint, qu’il nous fait voir les zones grises de la vie, ces es­paces glauques dans les­quels se cache le plai­sir de la dé­cou­verte tou­jours re­nou­ve­lée.

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.