SAN­TÉ

ON­CO­LOGUE, RADIOTHÉRAPEUTE

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Can­cer du sein

«Y A-T-IL UNE CAUSE AU CAN­CER DU SEIN?» TEL ÉTAIT LE TITRE DE LA CONFÉ­RENCE TOUS PU­BLICS QUE LE DOC­TEUR JEAN MI­CHEL VANNETZEL, ON­CO­LOGUE, RADIOTHÉRAPEUTE AIHP AC­CA( A DON­NÉE DANS LE CADRE DU 17ème SYMPOSIUM DE L’AS­SO­CIA­TION DES GYNÉCOLOGUES FRAN­CO­PHONES TE­NU À BEY­ROUTH EN MAI 2017.

Des études scien­ti­fiques, par­mi les plus sé­rieuses et les plus fiables, tordent en­fin le cou à de fausses al­lé­ga­tions concer­nant le can­cer du sein, qu’il s’agisse de sa fré­quence, des fac­teurs de risque ou des fac­teurs de pro­tec­tion.

FRÉ­QUENCE

Contrai­re­ment à une idée bien an­crée dans le pu­blic, les can­cers du sein ne sont pas en aug­men­ta­tion conti­nue. Ils sont en baisse. «Le nombre de cas ob­ser­vés chaque an­née a ten­dance à di­mi­nuer de­puis 2005, le taux de mor­ta­li­té est à la baisse de­puis 1995 et la sur­vie s’amé­liore avec le temps, même si cette ma­la­die reste la pre­mière cause de dé­cès par can­cer chez les femmes. On parle de 50 000 nou­veaux cas par an et de 10 000 dé­cès par an.» S’il reste l’un des can­cers les plus fré­quents, c’est aus­si ce­lui qui connaît le meilleur taux de gué­ri­son. En ef­fet, 10% à 15% de cas seule­ment ne gué­ri­ront pas. Dé­pis­té à un stade pré­coce, ce can­cer peut être gué­ri dans 9 cas sur 10.

L’ÂGE

Le can­cer est es­sen­tiel­le­ment une ma­la­die de l’âge. Donc l’as­ser­tion qui dit que le can­cer du sein touche des femmes de plus en plus jeunes est to­ta­le­ment fausse. Avec une du­rée de vie qui s’al­longe, nous cou­rons donc plus de risques de dé­ve­lop­per une tu­meur. Le risque aug­mente avec l’âge pour at­teindre 40%. L’es­pé­rance de vie est pas­sée de 26 ans en 1740 à 48 ans en 1900 pour at­teindre 85 ans en 2012. Autre fausse idée re­çue: contrac­ter un can­cer à un âge avan­cé di­mi­nue le risque d’en mou­rir. Sur 100 000 cas de can­cers du sein, on peut dire que 10 en mour­ront à 30 ans, 100 à 50 ans et 1 000 à 70 ans. Donc af­fir­mer que le can­cer du su­jet âgé n’évo­lue pas et qu’il n’est pas mé­chant est faux.

L’EN­VI­RON­NE­MENT

Au ni­veau mon­dial, les taux d’in­ci­dence stan­dar­di­sés-monde les plus éle­vés (90 pour 100 000) sont ob­ser­vés aux États-Unis et au Canada. À l’in­verse, au Ja­pon, ils at­teignent à peine 16 pour 100 000: ces taux bas sont es­sen­tiel­le­ment dus à un dé­fi­cit en can­cers post mé­no­pau­siques. La Haute Au­to­ri­té de San­té en France a ef­fec­tué une étude sur une sé­rie de fac­teurs in­dui­sant un risque moyen de can­cer du sein: pas d’en­fants ar­ri­vée tardive du pre­mier en­fant règles pré­coces et mé­no­pause tardive, pré­dis­po­si­tion gé­né­tique an­té­cé­dent per­son­nel de pa­tho­lo­gie mam­maire et an­té­cé­dent per­son­nel d’ir­ra­dia­tion tho­ra­cique mé­di­cale à forte dose

consom­ma­tion ré­gu­lière voire éle­vée d’al­cool obé­si­té après la mé­no­pause sé­den­ta­ri­té. S’agis­sant de l’al­cool, en consom­mer à faible dose di­mi­nue le risque. Mieux vaut donc boire un peu que pas du tout.

ALI­MEN­TA­TION

«Concer­nant spé­ci­fi­que­ment le can­cer du sein, le mode d’ali­men­ta­tion n’a au­cun im­pact sur sa sur­ve­nue!» , ré­pète le Dr Vannetzel. Ain­si par exemple, consom­mer cinq fruits et lé­gumes par jour ne chan­ge­ra rien quant au risque de dé­ve­lop­per une tu­meur ma­ligne. Concer­nant les omé­gas 3 aux soi-di­sant bien­faits pro­tec­teurs contre les ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires, il a été prou­vé qu'il n’en est rien, mais que par ailleurs, leur consom­ma­tion aug­mente le risque de dé­ve­lop­per un can­cer du sein! Man­ger bio ne change rien non plus. Tou­te­fois, une étude pros­pec­tive sur le ré­gime mé­di­ter­ra­néen montre que cette diète ré­duit de 68% le risque!

OUT…

Out l’as­so­cia­tion entre tous les trai­te­ments de l’in­fer­ti­li­té et l’aug­men­ta­tion du risque de tu­meur au sein. Out les dé­odo­rants conte­nant de l’alu­mi­nium, les her­bi­cides, les pro­thèses mam­maires, la grosse poi­trine et l’ab­sence de sou­tien-gorge: tous ces élé­ments ne re­pré­sentent au­cun risque. Last but not least: out le stress! Il ne fa­vo­rise nul­le­ment le can­cer du sein. Le THS ou Trai­te­ment Hor­mo­nal Subs­ti­tu­tif à base d’oes­tro­gènes n'est pas à poin­ter du doigt. C’est lors­qu’il com­prend une com­bi­nai­son d’oes­tro­gènes et de pro­ges­té­rone qu’il de­vient no­cif et à risque. En­fin la contra­cep­tion qui a été tel­le­ment dia­bo­li­sée ne pré­sente de risque que lors­qu’elle est ad­mi­nis­trée à des femmes très jeunes.

FAC­TEURS PRO­TEC­TEURS

L’al­lai­te­ment du­rant au moins une an­née. L’abla­tion des ovaires sur­tout chez les femmes mu­tées: l’in­ter­ven­tion qui consiste à re­ti­rer un ou deux ovaires s’ap­pelle oo­pho­rec­to­mie. L’obé­si­té avant la mé­no­pause: in­croyable mais vrai, de­puis une étude réa­li­sée en 2007 on sait qu’elle est pro­tec­trice. L’exer­cice phy­sique à tout âge et plus par­ti­cu­liè­re­ment à par­tir de 50 ans. Plus la femme est ac­tive moins elle est à risque. 3 à 4 heures d’ac­ti­vi­té phy­sique par se­maine consti­tuent une bonne moyenne. 6 heures, c’est en­core mieux. Si tous les risques que l’on connaît sont éli­mi­nés, il en ré­sulte 40 000 cas de can­cers du sein en moins sur les 189 000 ob­ser­vés par an.

LE CAN­CER SE­RAIT-ILSERAIT IL DÛ AU HA­SARD?

Cris­tian To­ma­set­ti, bio­ma­thé­ma­ti­cien et pro­fes­seur as­sis­tant d’on­co­lo­gie à l’uni­ver­si­té Johns Hop­kins, et ses col­lègues ont fait une étude sur cette cor­res­pon­dance pour 17 types de can­cers dans 69 pays, mais aus­si en par­tant d’ana­lyses gé­no­miques dé­nom­brant les mu­ta­tions au sein de cer­tains tis­sus. Ils ont re­trou­vé une cor­ré­la­tion forte entre di­vi­sions des cel­lules-souches et in­ci­dence du can­cer. Ils sug­gèrent que les 2/3 des mu­ta­tions ob­ser­vées dans les can­cers sont d’ori­gine aléa­toire, le reste pou­vant être at­tri­bué à des fac­teurs gé­né­tiques (5%) ou en­vi­ron­ne­men­taux (29%). «Notre or­ga­nisme compte 100 mille mil­liards de cel­lules fa­bri­quées en per­ma­nence, ex­plique le Dr Ven­net­zel. Une er­reur sur­vient im­man­qua­ble­ment en cours de route… L’hy­po­thèse étant que plus il y a de di­vi­sions cel­lu­laires, plus le risque qu’elles donnent lieu à des mu­ta­tions can­cé­ro­gènes est éle­vé. Nous nais­sons avec une cer­taine sus­cep­ti­bi­li­té gé­né­tique. Tout au long de notre vie, nous al­lons ac­cu­mu­ler d’éven­tuels fac­teurs en­vi­ron­ne­men­taux de cau­sa­li­té pour dé­ve­lop­per telle ou telle ma­la­die d’où la com­plexi­té du pro­blème. Et dans ce cas, à sup­po­ser que nous ayons mis tous les risques ex­té­rieurs de cô­té, le can­cer sur­vien­dra quoi qu’il ar­rive. Les fac­teurs gé­né­tiques c’est-à-dire hé­ré­di­taires ne consti­tuent que 10% de risque. Quoi que nous fas­sions, et quel que soit notre mode de vie, nous n’ar­ri­ve­rons pas à évi­ter la sur­ve­nue d’un can­cer du sein.»

LE DÉ­PIS­TAGE

Le dé­pis­tage est es­sen­tiel. Il reste en­core le meille meilleur moyen de lut­ter contre cette mal ma­la­die. 90% des femmes dé­pis­tées se­ron se­ront gué­ries. Hors fac­teurs de ris­qu risque, il faut ef­fec­tuer une mam­mo­gra­phie­mam­mo­gra tous les 2 ans à par­tir de l’âge d de 50 ans. Un can­cer du sein se dé­ve­lop­pe­dé­ve­lopp très len­te­ment, il lui faut 10 ans p pour at­teindre 1 cm. La mam­mo­gra­phie­mam­mo­graph va donc an­ti­ci­per le diag­nos­tic cli­nique. Les tu­meurs dé­cou­ver­tes­dé­cou­vert plus tôt sont moins grosses ete ont moins le temps de se dis­sé­mi­ner.dis­sém Les trai­te­ments se­ront moinsm pe­sants. Quant à l’écho­gra­phie,l’écho­gra elle est né­ces­saire lorsque lesle seins sont denses. Une tu­meur de 2 mm ne se­ra pas vi­sible avec la se seule mam­mo­gra­phie. La nui­sance des rayons radioactifs? Elle est mi­nime par rap­port au bé­né­fi­ce­bé­né­fic qu’elle ap­porte. Et à par­tir ded 50 ans le risque est qua­si nul.n

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