IBRAHIM MAALOUF LA MU­SIQUE AVANT TOUTE CHOSE

CONCERT UNIQUE D’IBRAHIM MAALOUF SUR LES MARCHES DU TEMPLE DE BACCHUS À BAALBEK, LE 22 JUILLET. UN REN­DEZ-VOUS QUI S’INS­CRIT DÉ­JÀ COMME L’ÉVÉ­NE­MENT CULTU­REL PHARE DE LA SAI­SON ESTIVALE.

Femme Magazine - - INTERVIEW - E.T.

Voi­là plu­sieurs an­nées que le ta­len­tueux trom­pet­tiste et com­po­si­teur li­ba­no­fran­çais Ibrahim Maalouf ren­contre suc­cès après suc­cès. Nour­ri d’une double culture orien­tale et oc­ci­den­tale, sa tra­jec­toire est ja­lon­née de dis­tinc­tions et de re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale. À son pal­ma­rès, le rem­plis­sage de salles my­thiques comme le Zé­nith et l’Ac­cor Are­na de Ber­cy (ca­pa­ci­té de 20 000 places), le prix des Vic­toires de la Mu­sique dans la ca­té­go­rie al­bum de mu­sique tra­di­tion­nelle et la si­gna­ture de la mu­sique de plus de 10 films. Ce­rise sur le gâ­teau, il ob­tient cette an­née le Cé­sar de la meilleure mu­sique ori­gi­nale pour le film "Dans les fo­rêts de Si­bé­rie".

Son his­toire avec la trom­pette re­monte à sa tendre jeu­nesse. Il avait 7 ans, l’âge ac­tuel de sa fille Li­ly qui ap­prend elle aus­si la trom­pette et qui semble être bien douée, por­tant cer­tai­ne­ment ce ta­lent dans son ADN. Il dé­bute en fai­sant ses notes en grande par­tie sur un ins­tru­ment unique au monde, in­ven­té par son père Nas­sim, la trom­pette à ¼ de ton qui per­met de jouer les modes propres à la mu­sique arabe.

VOUS JOUEZ TOUS GENRES DE MU­SIQUE: TA­RAB, HIP-HOP, ÉLEC­TRO­NIQUE, ETH­NIQUE, POP, JAZZ, HARD ROCK… AVEC LA­QUELLE VOUS SENTEZ-VOUS DA­VAN­TAGE EN OS­MOSE?

Dif­fi­cile de choi­sir. Mais la mu­sique clas­sique oc­ci­den­tale m’a construit et struc­tu­ré, elle m’a fait évo­luer et ap­pris à gé­rer l’in­ter­pré­ta­tion et la com­po­si­tion. Le ta­rab est ma langue ma­ter­nelle, il me trans­met des émo­tions et fait vi­brer mon coeur. Ces deux mu­siques-là sont la base de ma mu­sique.

QUEL EST VOTRE RAP­PORT AF­FEC­TIF, MU­SI­CAL AVEC LA TROM­PETTE À ¼ DE TON?

Elle est in­té­grée dans tout ce que je fais. Cet ins­tru­ment est la base d’ins­pi­ra­tion de tout ce que je fais sur scène, mais il n’est pas om­ni­pré­sent pour la mu­sique des films, c’est dif­fé­rent.

QUEL GENRE DE MU­SIQUE POU­VEZ-VOUS ÉCOU­TER EN BOUCLE?

Le si­lence! (Rires) Ce n’est pas tel­le­ment le style ou l’ar­tiste mais plu­tôt la chan­son ou même un pas­sage qui me touche, sur­tout celle que je ne connais pas, je peux l’écou­ter pen­dant des heures sans m’en las­ser comme par exemple, ana­wa, la mu­sique des es­claves du Ma­roc.

LI­BA­NAIS RÉ­SIDENT DE TOUT TEMPS EN FRANCE, DE QUELLE FA­ÇON CES 2 PAYS VOUS INFLUENCENT-ILS?

Je ne me pose ja­mais la ques­tion; c’est une ins­pi­ra­tion na­tu­relle por­tée dans mon iden­ti­té, je pense. En fait, ce sont les gens et les spec­ta­teurs qui me rap­pellent ma double culture.

QUELS SONT VOS PRO­JETS?

Ce­la fait 10 ans que je vais en tournée. Donc je me re­pose un peu et prends une an­née sans concerts. Je vais tra­vailler sur plu­sieurs al­bums, films et créa­tions.

QUE RE­PRÉ­SENTENT BAALBEK ET SON FES­TI­VAL POUR VOUS?

Le sym­bole du Li­ban et du folk­lore li­ba­nais, de l’his­toire mul­ti-cultu­relle, an­thro­po­lo­gique, qui pas­sionne toutes les cultures qui sont pas­sées par le Li­ban et dont on s’ins­pire comme de vrais le­çons de vie. C’est aus­si Fay­rouz et 60 ans de fes­ti­vals cultu­rels qui im­pres­sionnent par leur lon­gé­vi­té. C’est un hon­neur pour moi d’y être in­vi­té et de pou­voir être un des re­pré­sen­tants de toute cette culture. Un vrai bon­heur.

QUE RÉ­SER­VEZ-VOUS À VOS FANS POUR LE CONCERT À BAALBEK?

Comme ce­la fait 10 ans que je me dé­place pour les concerts, j’ai eu en­vie de faire une grande fête pour cé­lé­brer ce­la. Pour mar­quer le coup, je veux re­prendre à Baalbek ce que j’ai of­fert à Ber­cy en dé­cembre, et le seul en­droit pour faire pa­reil c’est na­tu­rel­le­ment au Li­ban, dans mon pays. Quand le Fes­ti­val me l’a pro­po­sé j’ai sau­té de joie donc c’est vrai­ment une soi­rée ma­gni­fique qui se pro­file le 22 juillet car il n’y a que deux concerts pour fê­ter cet an­ni­ver­saire: Baalbek et Ber­cy. L’or­chestre et l’équipe tech­nique qui étaient à Ber­cy m’ac­com­pagnent et il y a de grands noms, et ce­rise sur le gâ­teau, une cho­rale com­po­sée d’en­fants li­ba­nais et de ré­fu­giés sy­riens ain­si que un ou des guest stars sont au pro­gramme… C’est une sur­prise!

ÊTES-VOUS UN AR­TISTE EN­GA­GÉ?

Pas po­li­ti­que­ment, par contre quand il s’agit d’hu­ma­ni­té oui.

LA FEMME IDÉALE?

Ma mère. (Rires) Une femme qui n’a pas peur, qui ar­rive à im­po­ser une au­to­ri­té avec la ten­dresse qui la ca­rac­té­rise et qui ne cherche pas à se ven­ger de ce que l’homme lui a fait su­bir toutes ces an­nées.

«JE VEUX RE­PRENDRE À BAALBEK CE QUE J’AI OF­FERT À BER­CY EN DÉ­CEMBRE.»

DE BELLES COL­LA­BO­RA­TIONS AVEC DES AR­TISTES. SERIEZVOUS TEN­TÉ PAR D’AUTRES COL­LA­BO­RA­TIONS?

J’ai eu beau­coup de chance d’avoir me­né ces col­la­bo­ra­tions. Je ne me pose pas de ques­tions en gé­né­ral et je pré­fère lais­ser les choses ve­nir na­tu­rel­le­ment et sou­vent on est agréa­ble­ment sur­pris quand ça ar­rive.

COMMENT PEUT- ON EN­CORE RÉ­VO­LU­TION­NER LA MU­SIQUE AU XXIème SIÈCLE?

En res­pec­tant la mu­sique d’avant, en n’ayant pas de mé­pris pour elle et sur­tout en ne s’in­ter­di­sant pas des choses qui peuvent nous in­ter­pel­ler et nous émou­voir.

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