KA­RINE AS­SAF UNE LI­BA­NAISE QUI CONJUGUE L’ART ET LA MA­TIÈRE

Femme Magazine - - RENCONTRE - G.B.

ELLE DÉ­BARQUE DANS NOS BU­REAUX, DIS­CRÈTE ET DÉ­LI­CATE. DE SA BOÎTE AUX TRÉ­SORS QU’ELLE OUVRE SOI­GNEU­SE­MENT S’ÉCHAPPENT COMME PAR MA­GIE UN ARC-ENCIEL DE COU­LEURS CHA­TOYANTES, DES CAR­RÉS DE SOIE ITA­LIENNE ESTAMPÉS DE SA SI­GNA­TURE ET UNE IN­VI­TA­TION À L’ÉVA­SION… LE VOYAGE ÉTANT INS­CRIT DANS L’ADN DE SES CRÉA­TIONS. IN­GÉ­NIEURE DE FOR­MA­TION, AR­TISTE DE PAS­SION, DU HAUT DE SES 26 ANS, KA­RINE AS­SAF DÉ­GAGE DE BONNES VI­BRA­TIONS.

Douée, in­tel­li­gente et ef­fi­cace, elle ap­par­tient à cette nou­velle gé­né­ra­tion qui adore les chal­lenges et qui, plus que tout, tient à les re­le­ver. Bien que ré­ser­vée au pre­mier abord, la jeune fille que l’on dé­couvre au fil de la conver­sa­tion est une per­sonne dé­ter­mi­née et mé­tho­dique qui suit mé­ti­cu­leu­se­ment la tra­jec­toire qu’elle s’est tra­cée. Lorsque, à 18 ans, mu­nie de son bac, elle an­nonce à ses pa­rents sa vo­lon­té de s’en­vo­ler à des­ti­na­tion de Mon­tréal pour suivre un cur­sus en «ci­vil en­gi­nee­ring» à McGill, ils ne peuvent que la sou­te­nir. «Ci­vil et en­vi­ron­ne­men­tal» , tient-elle à pré­ci­ser. Parce que le res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment fait par­tie des causes en fa­veur des­quelles elle mi­lite avec fer­veur. Une fois son di­plôme en poche après quatre ans d’études, elle in­tègre un bu­reau de ma­na­ge­ment consul­ting où elle tra­vaille du­rant deux ans.

Mais Ka­rine nour­rit d’autres rêves et as­pire à la dé­cou­verte d’autres

ho­ri­zons! Elle plie donc ba­gages et dé­barque à l’Uni­ver­si­té de Cam­bridge où elle s’ins­crit à un pro­gramme en En­tre­pre­na­riat et In­no­va­tion. Su­jet choi­si: «Or­ga­nic Waste Ma­na­ge­ment» qui cor­res­pond par­fai­te­ment à son com­bat pour la pro­tec­tion de la pla­nète. «J’ai été ain­si ame­née, dans le cadre de mes études, à me­ner des re­cherches sur la ma­nière de re­cy­cler fruits et lé­gumes pé­ri­més, à trou­ver une nou­velle fa­çon de les réuti­li­ser… C’est comme ce­la que j’ai dé­cou­vert le pro­cé­dé d’ex­trac­tion des pig­ments de cou­leurs à par­tir de ces pro­duits na­tu­rels.» Pour cette ar­tiste dans l’âme de­puis tou­jours, pour cette fan d’illus­tra­tions, de car­toons, de B.D. et sur­tout de man­gas… voi­là l’oc­ca­sion rê­vée qui s’offre à elle: «com­bi­ner mes deux centres d’in­té­rêt dans la vie: les pig­ments or­ga­niques et l’as­pect ar­tis­tique.» «Sans ou­blier le bu­si­ness» , se plaît-elle à ra­jou­ter.

Rien n’ar­rête plus Ka­rine, elle a trou­vé sa voie! Son se­cret? Mé­lan­ger les pig­ments ex­traits des fruits et lé­gumes à des pig­ments na­tu­rels is­sus de la terre pour don­ner nais­sance à sa propre pein­ture. Très vite sa pre­mière col­lec­tion d’oeuvres ar­tis­tiques voit le jour, pla­cée sous le signe de la fu­sion de l’art et de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, et ins­pi­rée des mul­tiples voyages qu’elle a en­tre­pris au Ja­pon, aux États-Unis, en pas­sant par l’Eu­rope. Une col­lec­tion qui dé­clenche l’en­thou­siasme des amis et connais­sances et qui, de bouche à oreille, fi­nit par par­ve­nir à des ex­perts en fa­shion qui orientent la jeune ar­tiste vers l’art tex­tile, un do­maine qui lui était jusque-là, com­plè­te­ment in­con­nu. Mais qu’à ce­la ne tienne, le tex­tile le plus noble étant la soie, l’idée d’ex­pé­ri­men­ter le trans­fert de ses ta­bleaux sur la soie dans le pays où on le fait le mieux, à sa­voir l’Ita­lie, lui trotte dans la tête. Dé­ci­dée, Ka­rine As­saf fait le voyage de Londres en Ita­lie, après avoir ef­fec­tué quelques re­cherches sur les en­tre­prises qui pour­raient ré­pondre à ses exi­gences. Et elle fi­nit par trou­ver une com­pa­gnie pour qui l’im­pres­sion di­gi­tale et éco­lo­gique n’a au­cun se­cret, ce qui si­gni­fie «moins de dé­pense d’éner­gie hy­drau­lique, moins de dé­chets…» , ex­plique Ka­rine.

Au plan com­mer­cial, tout a com­men­cé au Li­ban où la vente pri­vée or­ga­ni­sée avant Noël 2016 connaît un suc­cès in­at­ten­du. «Je me suis re­trou­vée out of stock pour cer­tains fou­lards.»

Puis c’est au tour de Londres de lui ou­vrir ses bras lors­qu’elle ar­rive à ex­po­ser ses ac­ces­soires chez Wolf & Bad­ger dans le quar­tier hup­pé de May­fair, une bou­tique qui sou­tient les de­si­gners in­dé­pen­dants. Là aus­si, éton­nam­ment, le suc­cès ne se fait pas at­tendre. Très «Bu­si­ness de­ve­lop­ment min­ded», Ka­rine va alors se lan­cer dans la di­ver­si­fi­ca­tion pour op­ti­mi­ser l’usage du tis­su im­pri­mé. Twill bands ar­ty à uti­li­ser en guise de bra­ce­lets, de ban­deaux ou en­core de cho­ker viennent alors s’ajou­ter aux car­rés pro­po­sés en deux tailles, les fa­shio­nis­tas tombent sous le charme et s’amusent à in­ven­ter de mul­tiples as­sem­blages. Les fou­lards qui portent la griffe de Ka­rine As­saf ont ce­la de par­ti­cu­lier qu’ils ra­content cha­cun une his­toire, une culture, his­toire im­pri­mée sur du beau car­ton et li­vrée avec le pro­duit au mo­ment de l’achat.

La tête dé­bor­dante de pro­jets, la jeune fille-or­chestre compte pour­suivre sur sa lan­cée avec le même dy­na­misme et la même li­ber­té de style, elle se­ra d’ailleurs pré­sente au Scoop In­ter­na­tio­nal fa­shion show de la Saat­chi Gal­le­ry (Londres) à la mi-juillet et à l’ex­po­si­tion de Fa­kra à la mi-août. Son site www.ka­ri­neas­saf.com car­tonne, ayant dé­jà sé­duit une large clien­tèle aux États-Unis, en France, en Es­pagne, au Ca­na­da et même à Co­pen­hague.

Ka­rine a rai­son d’af­fi­cher un large sou­rire, l’ave­nir semble lui ré­ser­ver des pro­messes à la me­sure de son ta­lent.

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