MI­CHEL HAR­MOUCH DES ARBRES ET DES FE­NÊTRES

À 92 ANS, ET APRÈS UNE ÉCLIPSE DE CINQ AN­NÉES, MI­CHEL HAR­MOUCH DÉ­VOILE «SES ARBRES» À BEY­ROUTH, DU 27 OC­TOBRE AU 2 NOVEMBRE, À LA GALERIE ROCHANE. IL PRÉ­SENTE AVEC FRANCHISE ET HUMOUR SES TA­BLEAUX EN LES PERSONNIFIANT: L’UN «A FORT CA­RAC­TÈRE» , L’AUTRE ES

Femme Magazine - - INTERVIEW - No­ra Nau­fal

On pour­rait croire que le cé­lèbre ar­chi­tecte d’in­té­rieur, Mi­chel Har­mouch, s’est mis à la pein­ture sur le tard car il n’a com­men­cé à ex­po­ser et vendre ses toiles qu’à l’âge de 80 ans. Pour­tant, il a tou­jours des­si­né et peint, pour lui, pour ses proches, pour les autres aus­si. Re­tour sur son par­cours, sa pas­sion et sa pro­chaine ex­po­si­tion.

QUAND ET COMMENT VOUS ÊTES-VOUS INITIÉ AUX ARTS GRAPHIQUES?

Je suis né en des­si­nant et j’ai tou­jours peint. Très jeune, lorsque j’écri­vais une lettre, je l’ac­com­pa­gnais dé­jà d’un cro­quis. Quand j’étais à l’école, puis à l’AUB, je fai­sais des sketchs pen­dant mes cours et mes pro­fes­seurs me rap­pe­laient sys­té­ma­ti­que­ment à l’ordre. Puis, j’ai été en France pour in­té­grer l’école na­tio­nale su­pé­rieure des Arts Dé­co­ra­tifs. Lors du concours d’en­trée, ils m’ont de­man­dé de réa­li­ser un ta­pis. J’ai fait un ta­pis per­san bien que je n’aime que les cau­ca­siens et suis de­ve­nu «l’homme aux ta­pis per­sans». J’ai été le pre­mier Li­ba­nais de cette école! J’y ai connu ma femme puis, j’ai

tra­vaillé comme ar­chi­tecte d’in­té­rieur une dou­zaine d’an­nées à Pa­ris.

POUR QUELLE RAI­SON ÊTESVOUS RE­VE­NU ALORS?

Un ma­tin je me suis le­vé de bonne heure, les pi­geons dé­fé­quaient sur le re­bord de ma fe­nêtre, il pleu­vait… c’en était trop pour moi. Je suis ren­tré en pleine guerre en 1989. On a vé­cu pen­dant un an entre mon ap­par­te­ment à Achra­fié et le ga­rage… Mais ce furent les meilleurs mo­ments de ma vie. Je n’ai ja­mais été aus­si heu­reux. Les voi­sins qui ne nous connais­saient pas nous of­fraient une as­siette pleine lors­qu’ils cui­si­naient. Il y avait une gé­né­ro­si­té d’âme que je ne connais­sais pas en France. Ça a chan­gé de­puis. Au­jourd’hui, qui s’oc­cupe du voi­sin?

VOUS PEIGNEZ SUR­TOUT LA NATURE. ÊTES-VOUS PLU­TÔT DE LA VILLE OU DE LA CAM­PAGNE?

J’aime la ville, les gens, le bruit. Comme ar­chi­tecte d’in­té­rieur, j’ai ha­billé des di­zaines d’ap­par­te­ments. Je peins des ra­cines, c’est vrai, des arbres qui évo­luent avec moi. Mais je mets aus­si beau­coup de fe­nêtres sur mes toiles, elles re­pré­sentent une ou­ver­ture sur le monde. Je m’amuse aus­si avec les clés qui ouvrent des portes fer­mées. Un jour, j’ai com­men­cé à col­lec­tion­ner des cen­taines de clés et j’ai fait une ex­po­si­tion de sculp­tures avec.

À QUEL RYTHME TRAVAILLEZVOUS?

Je ne tra­vaille ja­mais la nuit, les cou­leurs sont dif­fé­rentes. Je suis du jour, j’aime l’aube, peut-être parce que je suis né à 6h00 du ma­tin! Ne me par­lez pas du cré­pus­cule, je le dé­teste! Je peux res­ter 48 heures sans tou­cher un pin­ceau et tra­vailler 12 heures d’af­fi­lée. Une toile peut me prendre quelques mois comme quelques heures seule­ment.

QUELS MATÉRIAUX UTILISEZVOUS?

Je ne pense pas en terme de matériaux, c’est un tout. J’ai tou­jours tra­vaillé avec de la pein­ture à l’huile. Elle est plus mal­léable que la gouache. On peut rem­pla­cer tout de suite une mau­vaise cou­leur par une autre alors que la gouache est dé­fi­ni­tive. Je n’aime pas ce qui est dé­fi­ni­tif.

SUR QUELS FORMATS TRAVAILLEZ-VOUS?

Je tra­vaille tou­jours sur de grandes toiles, ça n’a pas tou­jours été le cas. De­puis une di­zaine d’an­nées, j’ai une échelle de 1m70 de hau­teur sur 1m21 de lar­geur. Je trouve que c’est une forme qui est belle.

QUE RESSENTEZ-VOUS QUAND VOS OEUVRES PARTENT?

Ce­la ne me fait rien du tout. Je ne suis sen­sible qu’à la chose pré­sente. Une fois que je pense qu’elle est fi­nie, elle ne m’ap­par­tient plus. Je n’aime pas spé­cia­le­ment par­ler de mon tra­vail, c’est une chose tel­le­ment per­son­nelle, c’est comme si on me désha­billait. Je ne suis pas mal fait mais bon, j’étais mieux jeune! (Rires) D’ailleurs, quand je vais chez quel­qu’un, je connais le per­son­nage juste en re­gar­dant ce qu’il a ac­cro­ché au mur.

QUELS MAÎTRES AURIEZ-VOUS AI­MÉ AVOIR?

Pi­cas­so, sans hé­si­ta­tion. Il est ex­tra­or­di­naire car il a en même temps le dé­tail et la gran­deur. Mo­di­glia­ni aus­si, pour la dou­ceur.

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