8ème ÉDI­TION DE BEIRUT ART FAIR AU COEUR DE L’ARABITÉ

POUR SA 8ème ÉDI­TION QUI A EU LIEU DU 21 AU 24 SEP­TEMBRE, BEIRUT ART FAIR A AC­CUEILLI UNE CINQUANTAINE DE GA­LE­RIES D’ICI ET D’AILLEURS, RASSEMBLANT TOUS LES AMOU­REUX DE L’ART. RE­TOUR SUR LES POINTS FORTS DE LA FOIRE.

Femme Magazine - - EXPO - N.R.

OU­ROU­BA: THE EYE OF LE­BA­NON

C’est in­dé­nia­ble­ment le point d’at­trac­tion es­sen­tiel de cette 8ème édi­tion. Le fo­cus 2017 de BAF se dé­cline tout en au­dace, à l’image de sa com­mis­saire, Rose Is­sa, qui sou­ligne que pour la pre­mière fois, cette sec­tion de la foire est confiée à un non-Oc­ci­den­tal, à un Arabe. Li­ba­naise de par son père, Ira­nienne de par sa mère, Rose Is­sa porte la pas­sion du mé­tier, hau­te­ment conta­gieuse, dans ses mots même, dans son cou­rage de bran­dir une vé­ri­té que rares ai­me­raient en­tendre de par le monde. Par son in­ti­tu­lé même, Ou­rou­ba, l’ex­po­si­tion se po­si­tionne à contre-cou­rant de toute idée pré­con­çue, de tout ju­ge­ment adop­té comme nor­ma­li­té. Ou­rou­ba est un mes­sage en soi.

De­puis 2011, les so­cié­tés arabes sont les té­moins im­puis­sants de vio­lences qui ont ap­por­té non seule­ment le chaos, mais aus­si la pro­pa­ga­tion ef­frayante d’un ter­ro­risme se pré­ten­dant « is­la­mique » à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur de leurs ter­ri­toires. De la désa­gré­ga­tion du monde au sen­ti­ment d’ur­gence chez les créa­teurs, l’ex­po­si­tion s’in­ter­roge sur les dif­fé­rents modes d’ex­pres­sion des ar­tistes, sur­tout laïques. Du Li­ban, de la Sy­rie, de l’Irak, de la Pa­les­tine, du Yé­men, d’Ara­bie Saou­dite… Rose Is­sa a sé­lec­tion­né plus de 70 oeuvres de 40 ar­tistes dif­fé­rents au­près d’une

ving­taine de col­lec­tions pu­bliques et pri­vées au Li­ban. Ou­rou­ba montre ain­si, à la fois, les pré­oc­cu­pa­tions es­thé­tiques, concep­tuelles et so­cio­po­li­tiques qui ont ani­mé les ar­tistes au cours des der­nières an­nées, mais aus­si l’in­té­rêt éclec­tique des col­lec­tion­neurs dont cer­tains ont sou­hai­té gar­dé l’ano­ny­mat.

Cer­tains ar­tistes sé­lec­tion­nés, même s’ils vivent loin de leur pays na­tal, dans une autre ré­gion arabe ou en Oc­ci­dent, ont tou­jours leur prin­ci­pale source d’ins­pi­ra­tion bien an­crée ici, dans cette ré­gion ou­verte à tous les tu­multes. Pein­tures, ins­tal­la­tions, vi­déos… les noms connus du pu­blic li­ba­nais cô­toient d’autres, en­core in­con­nus. Le ca­ta­logue mé­ti­cu­leux de l’ex­po­si­tion ren­voie à la né­ces­si­té d’un tra­vail d’ar­chives et d’écrits de plus en plus pres­sant, Ous­sa­ma Baal­ba­ki, Na­dia Sa­fied­dine, Mo­na Ha­toum, Mar­wan Kas­sab Ba­chi… les ci­ter tous re­lève de l’im­pos­sible dans ces pages. Ils ont en com­mun la force de leurs ex­pres­sions ar­tis­tiques où s’en­tre­mêlent la vie et la mé­moire, la des­truc­tion et la re­cons­truc­tion, la tur­bu­lence et la paix, par­fois avec humour et avec comme fil rouge l’his­toire ré­cente du monde arabe.

LE­BA­NON MO­DERN: LE PRO­PHÈTE DE KHA­LIL GI­BRAN PAR RACHID KORAÏCHI

Après le coup de pro­jec­teur ris­qué et hau­te­ment re­le­vé l’an­née der­nière dans le cadre de la sec­tion «Le­ba­non Mo­dern» mise en place par Pas­cal Odille sur le tra­vail de 13 ar­tistes femmes au Li­ban de 1945 à 1975, re­tour pour cette 8ème édi­tion à une va­leur d’em­blée as­su­rée au­près du pu­blic, puisque le point de dé­part est Le Pro­phète de Gi­bran Kha­lil Gi­bran, le livre le plus lu, au­jourd’hui en­core, après la Bible. Cette ex­po­si­tion confronte pour la pre­mière fois les 10 aqua­relles et deux des­sins de Gi­bran, créés à l’oc­ca­sion de la pre­mière édi­tion en an­glais du Pro­phète en 1923, «où on sent, pré­cise Odille, l’in­fluence de Ro­din dans le stu­dio du­quel Gi­bran a tra­vaillé», et la ré­cente édi­tion illus­trée par Rachid Koraïchi. «J’ai dé­cou­vert Le Pro­phète lorsque j’étais au ly­cée en Al­gé­rie, af­firme- t- il. Nous étions en pleine guerre et ce fut pour moi un

ébran­le­ment pro­fond de dé­cou­vrir un texte qui por­tait des idéaux de paix, de to­lé­rance, alors que nous vi­vions au coeur de l’hor­reur…» «Car, qu’est-ce que mou­rir, si­non se te­nir nu dans le vent et se dis­soudre au so­leil?» Dans un duel éter­nel entre Eros et Tha­na­tos, au trait noir, en une cinquantaine de des­sins aux fines ara­besques géo­mé­triques, Rachid Koraïchi dé­clame les pa­roles mises à nue de Gi­bran, dans la contem­pla­tion et l’ur­gence à la fois, car, «Lire Le Pro­phète, c’est faire un voyage, c’est se nour­rir à la source d’une pen­sée pré­cieuse, c’est se re­con­nec­ter avec l’Hu­ma­ni­té. Plus que ja­mais.»

REVEALING OU LES RÉVÉLATIONS DE L’AN­NÉE

Autre sec­tion phare de Beirut Art Fair, at­ten­due par tous les amou­reux de l’art en quête de cu­rio­si­té, ou plus jus­te­ment de ta­lents émer­gents, d’ici et d’ailleurs, «Revealing by SGBL», qui donne la pa­role et l’es­pace à une tren­taine de ga­le­ries, dont plus d’une quin­zaine qui y par­ti­cipent pour la pre­mière fois, et les in­cite à axer la vi­si­bi­li­té sur un jeune ar­tiste qu’elles consi­dèrent par­ti­cu­liè­re­ment doué. Parce que le tra­vail de la galerie ne s’ar­rête pas seule­ment à la mise en place d’expositions des ar­tistes qu’elles dé­fendent, mais aus­si à leur pro­mo­tion, pour leur per­mettre, grâce à l’unique pla­te­forme qu’est la BAF, de nouer des contacts pri­vi­lé­giés.

La pein­ture dans tous ses états, mais aus­si quelques ins­tal­la­tions, quelques pho­to­gra­phies, sur chaque stand une plon­gée au coeur de l’uni­vers d’un ar­tiste, 26 ar­tistes aux sen­si­bi­li­tés di­verses, aux tech­niques mul­tiples. À no­ter cette an­née une large par­ti­ci­pa­tion de ga­le­ries fran­çaises, sans que né­ces­sai­re­ment l’ar­tiste ex­po­sé ne soit lui-même fran­çais. C’est ce qui dis­tingue d’ailleurs tout cet es­pace, ren­for­çant l’ou­ver­ture ga­lo­pante du mar­ché de l’art et sa mon­dia­li­sa­tion par-de­là les fron­tières géo­po­li­tiques, vers une hu­ma­ni­té qui éclot dans l’uni­ver­sel des sen­sa­tions du beau. Le Li­ban n’est pas en reste, avec souvent des ar­tistes sy­riens, à l’ins­tar de la galerie Mark Hachem ex­po­sant l’oeuvre à la fois in­quiète et ra­fraî­chis­sante de Sha­di Abou Saa­da, ain­si que la pré­sence, fait im­por­tant à re­le­ver, de deux ga­le­ries pa­les­ti­niennes: Galerie One avec Ma­nal Ma­ha­mid et Zawyeh Gallery avec Ra­na Sa­ma­ra. Du 21 au 24 sep­tembre, Beirut Art Fair a ac­cueilli 51 ga­le­ries, dont 29 qui par­ti­cipent pour la pre­mière fois, de 23 pays dif­fé­rents, soit l’équi­valent de plus de 300 ar­tistes et plus de 2 000 oeuvres. Avant de clô­tu­rer la 8ème édi­tion de ce ren­dez-vous de­ve­nu in­con­tour­nable au fil des an­nées, deux autres ar­rêts s’im­posent. Le pre­mier au coeur de la pho­to­gra­phie, avec la sec­tion Byblos Bank Award, lan­cée de­puis 2012 pour fa­vo­ri­ser la place des pho­to­graphes li­ba­nais au sein du mar­ché in­ter­na­tio­nal. Outre le prix an­nuel dé­cer­né cette an­née à Joe Gha­nem, l’un des dix fi­na­listes sé­lec­tion­nés, dont les photos avoi­si­naient celles d’un ate­lier de tra­vail me­né par la pho­to­graphe Au­ré­lie Pé­trel au­tour du thème «Le geste et la cons­truc­tion du geste» avec deux jeunes pho­to­graphes li­ba­nais: Ya­ra Bsaibes et Joe Gha­nem. Et le der­nier ar­rêt face au stand «Food Art», sou­te­nu par Bank­med: ex­po­si­tion col­lec­tive, lu­dique et ra­fraî­chis­sante, «Des ci­trons et des arcs-en-ciel» ex­plore les rap­ports de la créa­tion ar­tis­tique et de la créa­tion cu­li­naire, avec Ha­la Au­di Bay­doun, Jo­seph elK­hou­ry, Li­na Sham­ma et Raf­fi To­kat­lian.

ARMEN GEVORGIAN ( ARAMÉ ART GALLERY - LI­BAN).

RACHID KORAÏCHI.

LA FRATRIE (GALERIE SLOTINE - FRANCE).

AH­MED MATER (OU­ROU­BA).

ZIAD ABILLAMA (OU­ROU­BA).

SHARIF WAKED (OU­ROU­BA).

TRACY MAJDALANI (BYBLOS BANK AWARD).

OSAMA ESID (REVEALING BY SGBL).

MOUNIR FATMI (GALERIE ANALIX FOREVER - SUISSE).

«WITNESSES OF TIME » PAR JOE GHA­NEM (BYBLOS BANK AWARD).

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