SA­CRED CA­TAS­TROPHE: HEA­LING LE­BA­NON DE ZE­NA EL-KHA­LIL UN RITUEL DE GUÉRISON

L’AR­TISTE ZE­NA EL-KHA­LIL OC­CUPE BEIT BEIRUT JUS­QU’AU 27 OC­TOBRE, POUR PRÉ­SEN­TER AU PU­BLIC SA­CRED CA­TAS­TROPHE: HEA­LING LE­BA­NON. UN AP­PEL À LA PAIX.

Femme Magazine - - EXPOSITION - N.R.

Àtra­vers Sa­cred Ca­tas­trophe: Hea­ling Le­ba­non, Ze­na el-Kha­lil convie les vi­si­teurs à en­trer de plain-pied dans un rituel. le sen­tir, à l’ex­pé­ri­men­ter, à le vivre. Un rituel de guérison. De ré­con­ci­lia­tion, avec soi, avec l’autre, avec sa mé­moire propre. La mé­moire de tout un pays, mer­veilleu­se­ment sym­bo­li­sée par le lieu même où se tient l’ex­po­si­tion, à Beit Beirut, l’an­cienne mai­son jaune, mai­son Barakat, si­tuée sur l’ex-ligne de dé­mar­ca­tion, entre l’est et l’ouest de la ca­pi­tale. Son em­pla­ce­ment stra­té­gique avait trans­for­mé l’im­meuble en une for­te­resse mi­li­taire, un re­fuge idéal pour les francs-ti­reurs, une vraie ma­chine de guerre.

Au coeur de cet écrin riche en sym­boles, l’ex­po­si­tion de Ze­na el-Kha­lil oc­cupe 3 étages. Au 1er étage, re­créant son par­cours ar­tis­tique, plu­sieurs groupes d’oeuvres toutes re­liées les unes aux autres: pein­ture, vi­déo et ins­tal­la­tion. De­puis plu­sieurs an­nées, Ze­na el-Kha­lil, bran­chée de­puis tou­jours sur l’his­toire du Li­ban et les consé­quences qui en dé­coulent, concer­née par sa mé­moire, tra­vaille in si­tu: la tris­te­ment cé­lèbre pri­son de Khiam, la plage de Ram­let al- Bay­da où plus de15 000 tonnes de pé­trole se sont dé­ver­sées du­rant la guerre de 2006, et sa mai­son na­tale à Has­baya, oc­cu­pée du­rant plus de 20 ans par l’ar­mée is­raé­lienne, et trans­for­mée en centre de dé­ten­tion.

Pro­fon­dé­ment convain­cue de l’im­pact po­si­tif que peuvent en­gen­drer l’art et la cul­ture, elle y me­nait des ri­tuels de guérison dé­cli­nant des exer­cices de mé­di­ta­tion, de chant, de tour­noie­ment et de pu­ri­fi­ca­tion par le feu. À par­tir des ré­si­dus, elle met au point une cendre spé­ci­fique au site, qu’elle uti­lise pour peindre.

Une ving­taine de toiles, es­quis­sées avec cette encre de feu, kef­fieh et dif­fé­rents tis­sus à l’ap­pui, est sus­pen­due, souvent sur des par­paings, dans les mul­tiples coins et re­coins de l’es­pace, entre les salles, au dé­tour des murs qui gardent en­core les stig­mates de la guerre. Les es­quisses noires ré­sonnent comme des cris, long­temps re­te­nus. À me­sure que l’ins­tal­la­tion so­nore ren­voie des ondes de so­len­ni­té, des vi­déos dif­fu­sées sur pe­tit écran et des pho­to­gra­phies trans­portent le vi­si­teur sur place, sur ces sites en­dom­ma­gés par tant de vio­lence hu­maine, au mo­ment où, plus de 300 briques dis­po­sées à même le sol, dif­fusent ses man­tras comme mes­sages uni­ver­sels: «ma­wa­da» (amour), «rah­ma» (com­pas­sion), «gu­fran» (par­don), «sa­lam» (paix). En cal­li­gra­phie arabe, ces briques, por­tées vers l’Eros, brisent l’image ré­pan­due d’une langue arabe au nom de la «guerre contre le ter­ro­risme».

Aux 2ème et 3ème étages règne une am­biance de re­cueille­ment dif­fé­rente. 17 000 x For­giv­ness, une oeuvre vi­suelle et so­nore qui ras­semble 17 000 tiges de bois peintes en vert se dres­sant comme un mé­mo­rial com­mé­mo­ra­tif des 17 000 per­sonnes por­tées dis­pa­rues du­rant la guerre ci­vile li­ba­naise. L’oeuvre s’ac­com­pagne d’une ins­tal­la­tion so­nore, com­po­sée avec la col­la­bo­ra­tion de Ray Hage, et ins­pi­rée d’un poème de Ze­na al-Kha­lil.

Sa­cred Ca­tas­trophe: Hea­ling Le­ba­non, l’ex­po­si­tion de 40 jours est ac­com­pa­gnée d’ateliers de tra­vail, de dé­bats, de confé­rences, de lec­tures ou­vertes au pu­blic pour faire de Beit Beirut un es­pace in­ter­ac­tif, dans l’es­poir que l’amour puisse triom­pher de la vio­lence conte­nue en tout un cha­cun.

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