REN­CONTRES

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Zal­fa Seu­rat Mayssa Man­sour

TOU­CHANT À PLU­SIEURS FRONTS AR­TIS­TIQUES, ENTRE LE CI­NÉ­MA ET LA MU­SIQUE, ZAL­FA SEU­RAT, INS­TAL­LÉE AU­JOURD’HUI À PA­RIS, A HA­BI­TÉ DU­RANT CINQ ANS EN­VI­RON À BEY­ROUTH, VILLE AVEC LA­QUELLE ELLE EN­TRE­TIENT UNE RE­LA­TION TROUBLE. LE LI­BAN FAIT PAR­TIE DE SON IDEN­TI­TÉ.

Zal­fa Seu­rat, son pa­tro­nyme est tra­gi­que­ment lié au Li­ban, pour­tant ce n’est pas ce pas­sé qui l’a pri­vée de son père, qui dé­ter­mine son lien au Li­ban, à Bey­routh. «Je suis née au Li­ban, j’ai une mère sy­rienne, af­firme-t-elle au té­lé­phone. À Pa­ris, j’ai été éle­vée par ma mère et une nou­nou li­ba­naise. J’ai peu connu ma fa­mille fran­çaise, j’étais dans un bain très orien­tal. J’al­lais souvent à Bey­routh quand j’étais pe­tite et y res­tais un mois ou deux. J’ai en­core de la fa­mille là-bas. Je ve­nais souvent ado­les­cente, jeune femme.»

À 28 ans, elle passe six mois à Da­mas à ap­prendre l’arabe et là, elle sent qu’elle n’a pas en­vie de ren­trer en France. « J’avais be­soin de ren­con­trer, de dia­lo­guer avec un pays qui était le mien. J’ai tou­jours eu une ten­sion af­fec­tive pour le Li­ban. » Mal­gré le tra­gique de l’his­toire? « Oui, ré­pon­delle, mal­gré le tra­gique de l’his­toire. Ce che­min n’est pas mo­ti­vé par un tra­vail de deuil. »

«BEY­ROUTH EST UNE FORCE AU TRA­VAIL»

De 2009 à 2016, elle ef­fec­tue mul­tiples al­lers re­tours à Bey­routh où elle s’ins­talle en­tiè­re­ment les deux der­nières an­nées, avant de se dé­ci­der à re­ve­nir à Pa­ris. «Bey­routh me manque beau­coup», dit-elle. Elle y re­vient par­fois, pour de brefs sé­jours, et elle ai­me­rait bien, à moyen terme, être entre ces deux villes, Bey­routh et Pa­ris, avec une pré­do­mi­nance pour la ca­pi­tale fran­çaise. Sur­tout que son pro­ces­sus créa­tif se si­tue jus­te­ment pour l’ins­tant à Bey­routh. Après un deuxième court mé­trage, Spor­ting Club, en 2014, elle a com­men­cé, il y a deux ans en­vi­ron, à tra­vailler à l’écri­ture de son pre­mier long mé­trage, d’abord au Li­ban, ac­com­pa­gnée par Ghas­san Sal­hab, en­suite à Pa­ris avec un pro­duc­teur fran­çais. Elle est ac­tuel­le­ment au stade de dé­ve­lop­pe­ment de son film qui ra­conte l’his­toire d’une ren­contre, à Bey­routh, entre deux étran­gères. Loin de l’idée d’un pas­sage obli­gé entre le court et le long mé­trage,

pour Zal­fa, le for­mat du long s’est im­po­sé vu l’his­toire qu’elle avait en­vie de ra­con­ter. « À tra­vers la tra­jec­toire de ces deux femmes, c’est aus­si un por­trait de Bey­routh, po­ly­mor­phique, où s’af­frontent puissance de vie et pul­sion de des­truc­tion. »

L’ART SUR PLU­SIEURS FRONTS

Mul­ti-ta­len­tiste, Zal­fa Seu­rat s’in­té­resse aus­si bien à l’écri­ture, la réa­li­sa­tion et le jeu, qu’à la mu­sique. Au­teure com­po­si­trice in­ter­prète, son pre­mier al­bum Fi Dam, pro­duit par Marc Cod­si avec qui elle donne des concerts à Pa­ris et Bey­routh, sor­ti­ra à la fin de l’an­née. L’opus est un mé­lange de dream pop, lan­ci­nante et va­po­reuse et de tex­tures élec­tro abra­sives qu’elle chante en an­glais et en arabe.

Com­ment ar­rive-t-elle à com­bi­ner toutes ses ac­ti­vi­tés ar­tis­tiques? «Dans le ci­né­ma il y a des choses qui se ré­pondent. Dans la phase d’écri­ture, le pro­jet conti­nue à vivre à l’in­té­rieur, le film nous happe. Le temps fait par­tie de la ma­tu­ra­tion d’un film. Le ci­né­ma et la mu­sique ne font pas du tout ap­pel au même en­ga­ge­ment dans le geste. Quand je fais de la mu­sique je suis plus dans l’or­ga­nique, le corps. L’éla­bo­ra­tion d’un scé­na­rio est da­van­tage de l’ordre du cé­ré­bral, alors que la mu­sique ne l’est pas du tout, pour moi. La mu­sique ce sont des pe­tits mondes qu’on ha­bite, comme des pe­tites mo­nades. Un film c’est plus ver­ti­gi­neux. On y entre et on n’en sort pas quand on veut. C’est en mou­ve­ment constant.»

Dans peu de temps, Zal­fa Seu­rat pren­dra part à une ré­si­dence d’ar­tistes à Tu­nis pour tra­vailler sur l’écri­ture et la ré­flexion autour d’un nou­veau pro­jet ci­né­ma: un es­sai fil­mique. «Un dia­logue avec la ville qui parle aus­si de mon père », af­firme-t-elle.

«J’AVAIS BE­SOIN DE DIA­LO­GUER AVEC UN PAYS QUI ÉTAIT LE MIEN.»

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