FLEE­TING EXITS S’ÉCHAP­PER DE SOI POUR SE RE­TROU­VER

L’EX­PO­SI­TION «FLEE­TING EXITS», QUI SE POUR­SUIT JUS­QU’AU 8 SEP­TEMBRE AU MU­SÉE SUR­SOCK, DONNE À VOIR LES OEUVRES DE QUATRE AR­TISTES IN­TER­NA­TIO­NAUX. QUAND L’ÉCHAP­PÉE EST ILLU­SOIRE, PARTONS À LA DÉ­COU­VERTE DE NOUS-MÊMES.

Femme Magazine - - EXPOSITION - N.R.

Même s’il s’agit d’échap­pées, qu’elles soient pas­sa­gères, brèves, voire illu­soires, l’ex­po­si­tion Flee­ting Exits, dans ses mul­tiples em­bran­che­ments, ra­mène, pa­ra­doxa­le­ment, le vi­si­teur à son ul­time vé­ri­té, à sa plus pe­tite vé­ri­té, à son soi. Toute échap­pée se re­tourne sur elle-même, et l’échap­pa­toire est vaine si l’on ne se re­con­naît pas soi­même

C’est peut-être dans cette ap­proche que ré­side l’in­té­rêt de cette ex­po­si­tion col­lec­tive or­ga­ni­sée par le com­mis­saire Mar­wan T. As­saf. Flee­ting Exits pré­sente les oeuvres de quatre ar­tistes in­ter­na­tio­naux, Lind­say Seers et Ryan Gan­der de Grande-Bre­tagne, Re­bec­ca Horn d’Al­le­magne et Laure Prou­vost de France, qui traitent des no­tions d’échap­pées, de genres et de li­bé­ra­tion. De l’ins­tal­la­tion théâ­trale aux sculp­tures ro­bo­tiques, les oeuvres pré­sen­tées se trans­forment en un mi­cro­cosme d’énon­cés poé­tiques.

Le voyage al­lé­go­rique dé­bute par l’ins­tal­la­tion théâ­trale de Lind­say

Seers, Entangled (Theater II), conçue en 2013 comme un pro­lon­ge­ment de sa pré­cé­dente oeuvre en 2009, It has to be this way. Le vi­si­teur pé­nètre dans un es­pace clos plon­gé dans l’obs­cu­ri­té et ta­pis­sé de l’épais ri­deau de ve­lours rouge in­hé­rent au théâtre. Il se re­trouve d’un coup face à deux globes ocu­laires géants, comme au­tant de sym­boles de gé­mel­li­té. Pour­tant l’image pro­je­tée sur la pre­mière bulle n’est ja­mais tout à fait iden­tique à celle qui est pro­je­tée sur la deuxième bulle; elle est sou­vent en dé­ca­lé de quelques se­condes ou mon­trée d’un angle de vue dif­fé­rent ou don­nant à voir une autre image, une autre his­toire.

DE VAUDEVILLE ET DE GÉ­MEL­LI­TÉ Cé­dant la place à une mul­ti­tude d’in­ter­ro­ga­tions et d’in­ter­pré­ta­tions, Lind­say Seers nous in­vite à dé­mê­ler toutes les couches qu’elle en­tre­mêle dans son oeuvre, d’où le titre même de cette der­nière Entangled. Dans une pre­mière ap­proche, l’artiste bri­tan­nique s’in­té­resse à deux lé­gendes du mu­sic-hall vic­to­rien, Het­ty King et Ves­ta Tilly, deux femmes tra­ves­ties (male im­per­so­na­tors) in­ter­pré­tées ici par deux ac­trices contem­po­raines. Les consi­dé­ra­tions psy­cho­lo­giques et bio­lo­giques s’en­tre­mêlent aux mul­tiples his­toires qui se croisent, à l’in­ter­ac­tion au­to­bio­gra­phie de l’artiste, à son in­té­rêt pour l’hé­té­ro­chro­mie - les globes nous ren­voient res­pec­ti­ve­ment un oeil mar­ron et l’autre bleu, au théâtre de vaudeville. Seers nous en­traîne dans le sillage de son en­quête conti­nuelle sur les di­cho­to­mies clas­siques, fé­mi­nin/ mas­cu­lin, vé­ri­té/men­songe, soi/autre. On en sort in­tri­gué, ré­cla­mant da­van­tage, avant d’être pro­je­té dans la se­conde salle du Mu­sée Sur­sock où sont ex­po­sés les trois autres ar­tistes de Flee­ting Exits.

D’un cô­té, l’ins­tal­la­tion mul­ti­mé­dia de Laure Prou­vost, Me­tal Wo­man, Wel­come, Deep Tra­vel Ink. NYC réa­li­sée en 2018. Sur­plom­bant un corps fi­li­forme en mé­tal, sur une tête en forme d’écran où ap­pa­raissent des images de cou­chers de so­leil et de plages, une voix fé­mi­nine, tran­quille, im­muable, ro­bo­ti­sée, nous in­vite, sous l’illu­sion d’un voyage pa­ra­di­siaque, d’une es­ca­pade idyl­lique, à une plon­gée au plus profond de nous-même. De l’autre cô­té, Re­bec­ca Horn pré­sente son Mr. and Mrs. Brown. Sculp­ture ci­né­tique, l’oeuvre ren­voie à l’iro­nie de la ré­pé­ti­tion: une paire de jambes mé­tal­liques, ter­mi­nées par des sa­bots en bois, est dans une si­tua­tion de mou­ve­ment alors qu’elle est bien fixée au mur. Bal­bu­tie­ments et ges­ti­cu­la­tions, Re­bec­ca Horn dé­crit ses ma­chines comme des «ac­teurs mé­lan­co­liques per­for­mant en so­li­tude».

Sur le mur d’en face, la der­nière oeuvre, la sculp­ture de Ryan Gan­der: Forces out­side of You (Be­cause you cede your life de­ci­sions and conse­quences to forces out­side of you) ouvre le monde des pos­sibles, de l’ailleurs. À tra­vers quelques marches cir­cu­laires et une porte illu­mi­nées en Led, pour­tant sombres, l’in­vi­ta­tion est ou­verte à em­bras­ser toutes les forces contra­dic­toires et aléa­toires du «si», vers le ciel ou vers l’abîme qu’im­porte. Évo­quant à la fois les contes po­pu­laires d’Alice au pays des mer­veilles et de Han­sel & Gre­tel, les forces qui nous guident contiennent la chose et son contraire, une pro­messe ou une me­nace.

Sor­tir de soi, se pro­je­ter dans l’autre, dans le voyage, dans l’ailleurs, dans le mou­ve­ment, toute échap­pée est vaine, illu­soire. On se re­trouve tou­jours face à soi, c’est là que tout com­mence.

LIND­SAY SEERS, ENTANGLED (THEATER II).

LIND­SAY SEERS, ENTANGLED (THEATER II).

RYAN GAN­DER, FORCES OUT­SIDE OF YOU.

RE­BEC­CA HORN, MR. AND MRS. BROWN.

LAURE PROU­VOST, ME­TAL WO­MAN, WEL­COME, DEEP TRA­VEL INK. NYC.

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