FILM AMERIKI TAWIL

FILM AMERIKI TAWIL POR­TÉ AU GRAND ÉCRAN

Le Mensuel Magazine - - Sommaire -

Eli Khou­ry confie le ré­cit d’une ré­sur­rec­tion

M me­dia et Ziad Rah­ba­ni, deux noms qui s’en­tre­croisent; c’était le sou­hait d’eli Khou­ry, P.-D.G. de Quan­tum, qui re­vient, pour Ma­ga­zine, sur la pe­tite his­toire qui entre dans la grande.

«La re­la­tion avec Ziad n’est pas or­di­naire; elle est tou­jours ten­due et pleine de dé­fis in­tel­lec­tuels. Puis cha­cun dis­pa­raît de son cô­té… Des an­nées d’ami­tié, au-de­là de nos di­ver­gences d’opi­nions pro­non­cées, des mo­ments de rire et sur­tout d’au­to­dé­ri­sion». A quelques jours de la sor­tie en salles de Film Ameriki tawil, Ma­ga­zine a eu l’oc­ca­sion de s’en­tre­te­nir avec Eli Khou­ry sur cette «belle et mer­veilleuse re­la­tion», entre deux hommes que tout semble op­po­ser, cette pe­tite his­toire qui nous a per­mis, par un ef­fet de mi­roir col­lec­tif, de ma­ni­pu­ler les ai­guilles du temps, pour re­plon­ger de vi­su dans les pièces de Ziad Rah­ba­ni. Chaque fois que l’idée est avan­cée, «Ziad, sû­re­ment, hoche la tête», de ce geste in­com­pré­hen­sible qu’on lui connaît. Pa­tien­ter, re­lan­cer l’idée, dis­pa­raître, «Ziad di­sait qu’il n’avait rien»; du­rant plus de dix ans, «l’es­pace d’une gé­né­ra­tion», le jeu et l’en­vie se cô­toient. «Et d’un coup, il dé­cide qu’il a ef­fec­ti­ve­ment des épreuves de tour­nages de deux pièces, ‘‘mais il ne s’agit que de ré­pé­ti­tions’’, avait-il dit». Par­fait, ce se­ra un do­cu­men­taire.

Les an­nées s’écoulent en­core, jus­qu’au mo­ment où, fi­na­le­ment, vi­sion­nant ces sé­quences en­fin oc­troyées, «on se rend compte que toute l’his­toire est là». Le pro­jet est lan­cé, le tra­vail com­mence.

UN PLAI­SIR GA­RAN­TI. Le reste de l’his­toire… nous le connais­sons; au bout de deux ans de res­tau­ra­tion et de re­cons­ti­tu­tion de l’image et du son, la pièce Ben­nes­beh la bou­kra chou? sort en salles et af­fiche un re­cord his­to­rique d’au­dience, comme une planche en­fin of­ferte au grand pu­blic de ras­sem­bler les frag­ments d’une mé­moire col­lec­tive écla­tée, per­met­tant à M me­dia (pla­te­forme di­gi­tale créée par Quan­tum) de ren­trer dans ses frais. Eli Khou­ry n’at­tend pas qu’on lui de­mande des pré­ci­sions sur ce point-là. Franc-par­ler, trans­pa­rence, il pra­tique le tir di­rect. Et cible «ceux qui nous ont in­sul­tés dans les mé­dias pré­tex­tant que nous uti­li­sons Ziad pour un but com­mer­cial… Mon but pre­mier était de mettre ses oeuvres dans une li­brai­rie li­ba­naise dans la meilleure forme pos­sible».

Le 20 oc­tobre, sort Film Ameriki tawil. S’at­tend-il au même suc­cès? «En­core plus, parce que la pièce re­lève d’une vi­sion po­li­tique acé­rée, je crois aus­si que c’est la pré­fé­rée des Li­ba­nais. En­suite, le film est tech­ni­que­ment meilleur; la pièce étant plus ré­cente, l’en­re­gis­tre­ment est tech­no­lo­gi­que­ment plus avan­cé». C’est que, sur ce point aus­si, cer­taines cri­tiques avaient été en­ten­dues la pre­mière fois. «Ceux qui vont al­ler au ci­né­ma et se de­man­der ce que ça nous rap­porte, ceux qui veulent voir un film fait en 2016, ce film n’est pas pour eux. Qu’ils res­tent à écou­ter les cas­settes au­dio… si elles ne bloquent pas! Ce­lui qui veut vivre un mo­ment his­to­rique et com­prendre ce que les ci­toyens sen­taient, ce que les co­mé­diens fai­saient», eh bien le plai­sir est ga­ran­ti! Un plai­sir à double fa­cette, puisque «rien n’a chan­gé; pire en­core. Les Li­ba­nais sont tou­jours fous, confes­sion­nels… en es­pé­rant qu’ils rient un peu et ou­blient à quel point le pays va mal; en es­pé­rant qu’ils pleurent un peu, re­tournent chez eux et pensent à ce qu’ils font de leur pays».

QUES­TIONS/RÉ­PONSES. Au jeu des ques­tions/ ré­ponses, Eli Khou­ry a tou­jours le pro­pos adé­quat. Com­ment pré­sente-t-il M me­dia? «Il y a, d’un cô­té, le ‘‘mains­tream me­dia’’ fon­dé es­sen­tiel­le­ment sur le di­ver­tis­se­ment amé­ri­cain, un peu eu­ro­péen et du monde, qui est large, et de l’autre, le ré­gio­nal, beau­coup plus pe­tit, les sé­ries arabes, turques, Bol­ly­wood… Au­cun n’a une mis­sion, dit-il. La nôtre sti­pule que les fron­tières géo­gra­phiques ont dis­pa­ru, mais les fron­tières cultu­relles existent et la connexion entre les gens se fait par ce biais, à tra­vers ce qu’on ap­pelle l’eth­no­cen­trisme. M me­dia est donc en train de créer une géo­gra­phie eth­nique tout au­tour du globe, à tra­vers les in­té­rêts qui ras­semblent les in­ter­nautes; ceux qui sont in­té­res­sés par un su­jet, qu’il soit li­ba­nais, arabe ou moye­no­rien­tal, trou­ve­ront tous les ou­tils sur une même adresse». Et M. Khou­ry d’ajou­ter: «M me­dia est li­ba­nais mais ne sort pas du Li­ban, donc n’obéit pas aux règles du pays. Notre tâche est de mettre en ligne un bon conte­nu sans au­cune res­tric­tion con­cer­nant la li­ber­té d’ex­pres­sion ou la li­ber­té ar­tis­tique, nos seules li­mites étant éthiques et pro­fes­sion­nelles». Pour 5 $ d’abon­ne­ment par mois, quel est au fi­nal le but de M me­dia? «Notre tra­vail est di­vi­sé en trois par­ties, ex­plique Eli Khou­ry. La pro­duc­tion, comme pour les pièces de Ziad Rah­ba­ni ou le do­cu­men­taire sur Ba­chir Ge­mayel; l’ac­qui­si­tion qui consiste à ras­sem­bler la culture li­ba­naise (films, do­cu­men­taires, sé­ries, pièces, et livres plus tard), pour la don­ner à voir et à lire dans les meilleures condi­tions di­gi­tales pos­sibles; et fi­na­le­ment, voir ce que nous pou­vons faire avec les jeunes ta­lents, pour les fi­nan­cer et les sou­te­nir». L’oeuvre de M me­dia ne s’adresse ni à l’en­dur­ci, ni au ré­tro­grade, ni au pré­ten­tieux, ni au phi­lo­sophe. Tous les autres sont les bien­ve­nus, conclut M. Khou­ry.

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