AMRO AZHARI

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Pas de crainte de blan­chi­ment dans la banque is­la­mique

L’amal­game entre is­lam et ter­ro­risme des­sert-il les banques is­la­miques?

Les clients, les cor­res­pon­dants, les au­to­ri­tés ain­si que les contre­par­ties lo­cales et in­ter­na­tio­nales des banques is­la­miques ne font pas d’amal­game entre is­lam et ter­ro­risme. Je ne pense donc pas que les banques is­la­miques ont ren­con­tré des dif­fi­cul­tés par­ti­cu­lières.

Quelle est votre éva­lua­tion de cette in­dus­trie sur le double plan lo­cal et in­ter­na­tio­nal?

Les banques is­la­miques font par­tie in­té­grante de l’éco­no­mie des pays où elles opèrent et de l’éco­no­mie mon­diale. Plu­sieurs banques in­ter­na­tio­nales ont des fi­liales ou des gui­chets is­la­miques ou en­core des pro­duits en ac­cord avec la Cha­ria. Le dé­ve­lop­pe­ment des banques is­la­miques est dû au fait qu’un grand nombre de mu­sul­mans croient à une in­ter­pré­ta­tion de la Cha­ria, qui leur in­ter­dit cer­tains as­pects de la fi­nance conven­tion­nelle (re­ce­voir ou payer des in­té­rêts), ce qui ex­clut qua­si­ment tous les pro­duits de fi­nance conven­tion­nelle. Le but pre­mier des banques is­la­miques est donc de leur per­mettre de bé­né­fi­cier d’op­por­tu­ni­tés d’in­ves­tis­se­ment, de pla­ce­ments ou de fi­nan­ce­ment, sans avoir à contre­ve­nir à leur croyance. Ce rôle d’in­té­gra­tion au sys­tème fi­nan­cier est pri­mor­dial. Ce­ci per­met à ces per­sonnes d’ob­te­nir un ren­de­ment sur leurs dé­pôts et d’aug­men­ter leur ca­pa­ci­té de consom­ma­tion à tra­vers les fi­nan­ce­ments di­vers, no­tam­ment de lo­ge­ment, de voi­tures…, mais aus­si leurs ca­pa­ci­tés d’in­ves­tis­se­ment à tra­vers le fi­nan­ce­ment de la construc­tion, de l’in­dus­trie, du com­merce. Ce qui est bé­né­fique à toute l’éco­no­mie sans dis­tinc­tion re­li­gieuse. Au Li­ban, mal­gré le bon taux de crois­sance de notre fi­liale is­la­mique, la Blom Development Bank, la part des banques is­la­miques sur le mar­ché ban­caire reste presque né­gli­geable, en rai­son de:

La ren­trée tar­dive des banques ● is­la­miques dans le mar­ché ban­caire, qui était dé­jà ma­ture et dé­ve­lop­pé.

La Lé­gis­la­tion li­ba­naise n’est tou­jours ● pas adap­tée à cer­tains pro­duits de fi­nan­ce­ment is­la­mique, ce qui rend cer­tains pro­duits des banques is­la­miques moins com­pé­ti­tifs.

La pos­si­bi­li­té d’in­ves­tis­se­ment

● et de fi­nan­ce­ment of­ferte aux banques is­la­miques au Li­ban est ré­duite à cause no­tam­ment de l’ac­cès res­treint aux prêts sub­ven­tion­nés, bons de tré­sors, cer­ti­fi­cats de dé­pôts, et nul n’ignore l’im­por­tance de ces pro­duits sur le mar­ché li­ba­nais.

Sur le plan in­ter­na­tio­nal, je ne vois pas de liens par­ti­cu­liers entre l’évo­lu­tion des banques is­la­miques et «la mon­tée de l’is­lam ex­tré­miste».

La crois­sance plus ou moins forte des banques is­la­miques tout comme des banques conven­tion­nelles est di­rec­te­ment liée à la crois­sance des pays où elles opèrent et à leurs si­tua­tions éco­no­miques.

Quelles sont les li­mites des pré­ro­ga­tives du Conseil de Cha­ria ou du Conseil des Sages? Ce Conseil peut-il don­ner une in­ter­pré­ta­tion ex­ten­sive des ver­sets du Co­ran de ma­nière à cou­vrir, sans le vou­loir, une opé­ra­tion de blan­chi­ment d’ar­gent?

Le Conseil de Cha­ria est choi­si par la banque par­mi des ex­perts de la Cha­ria re­con­nus et res­pec­tés sur le plan lo­cal ou in­ter­na­tio­nal. Le but de ce Conseil est de s’as­su­rer que la banque opère en ac­cord avec les pré­ceptes de la Cha­ria et, pour ce, il doit re­voir et ap­prou­ver les pro­duits et la mé­tho­do­lo­gie des opé­ra­tions de la banque. Le Conseil de Cha­ria ne peut nul­le­ment don­ner des in­ter­pré­ta­tions pour cou­vrir une opé­ra­tion illé­gale. La banque est su­jette à la même ré­gle­men­ta­tion an­ti-blan­chi­ment que tous les autres éta­blis­se­ments ban­caires, et ce­ci est sous le contrôle du co­mi­té de confor­mi­té an­ti-blan­chi­ment de la banque et ré­gu­lé

AMRO AZHARI

DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DE LA

BLOM BANK S.A.L. ET P.-D.G.

DE LA BLOM DEVELOPMENT BANK

LE RÔLE DES BANQUES IS­LA­MIQUES AU LI­BAN EST D’ÊTRE UN PONT POUR LES GRANDS IN­VES­TIS­SEURS DES PAYS MU­SUL­MANS.

par la BDL (Banque du Li­ban) et la com­mis­sion spé­ciale d’in­ves­ti­ga­tion (Sic). Au­cune crainte donc à ce ni­veau.

Pour­riez-vous nous par­ler d’un ou de deux pro­jets phares ima­gi­nés par votre banque se­lon les pré­ceptes de l’is­lam?

Nous avons fi­nan­cé plu­sieurs pro­jets in­dus­triels, com­mer­ciaux et ré­si­den­tiels. Notre pré­fé­rence va pour les pro­jets de pe­tite et moyenne taille. Un autre rôle im­por­tant pour les banques is­la­miques au Li­ban est d’être un pont et une pla­te­forme pour les grands in­ves­tis­seurs de pays mu­sul­mans qui, pour cer­tains, ne trai­te­raient qu’avec des banques is­la­miques.

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