ASSAAD NAKAD

ASSAAD NAKAD

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L’homme qui a illu­mi­né les nuits de Zahlé

Assaad Nakad, c’est l’homme qui a illu­mi­né les nuits sombres des ha­bi­tants de Zahlé, alors que le reste du Li­ban baigne dans le noir. Ma­ga­zine l’a ren­con­tré.

Sa suc­cess sto­ry a été ra­con­tée dans les co­lonnes de l’eco­no­mist et du Wa­shing­ton Post. En­tre­pre­neur hors pair, Assaad Nakad, qui se trouve aux com­mandes de l’elec­tri­ci­té de Zahlé (EDZ), a ins­crit à son pal­ma­rès un vé­ri­table ex­ploit: l’ali­men­ta­tion en élec­tri­ci­té, 24 heures par jour et 7 jours par se­maine, du chef-lieu de la Bé­kaa et de plu­sieurs autres lo­ca­li­tés en­vi­ron­nantes, alors qu’un ré­gime de ra­tion­ne­ment dra­co­nien est en vi­gueur dans tout le Li­ban de­puis plus de trente ans. Assaad Nakad a ins­tal­lé, non loin de Zahlé, une usine de pro­duc­tion d’éner­gie d’une puis­sance de 60 mé­ga­watts, qui per­met à L’EDZ de cou­vrir les be­soins de la ré­gion et de four­nir un bon vol­tage à ses abon­nés, dont le nombre s’élève au­jourd’hui à plus de 60 000. Pour construire les ins­tal­la­tions de son usine, il a choi­si Ag­gre­ko, une com­pa­gnie an­glaise spé­cia­li­sée dans le sec­teur de l’éner­gie, qui a fait ses preuves au ni­veau in­ter­na­tio­nal. Nakad a lais­sé en­tiè­re­ment le choix aux ha­bi­tants d’adhé­rer ou non à son pro­jet, ins­tal­lant un in­ter­rup­teur dans les lo­ge­ments qui ne sou­hai­taient pas bé­né­fi­cier de son ser­vice.

DÉ­TER­MI­NA­TION ET PER­SÉ­VÉ­RANCE. Comme le suc­cès n’est pas tou­jours fa­cile à at­teindre, il lui a fal­lu beau­coup de dé­ter­mi­na­tion et de per­sé­vé­rance pour concré­ti­ser son rêve. Il a dû af­fron­ter «les ma­fias des pro­prié­taires de gé­né­ra­teurs et des dis­tri­bu­teurs de ma­zout», qui n’ont pas hé­si­té à le me­na­cer de mort et à sa­bo­ter cer­taines de ses ins­tal­la­tions en les mi­traillant, pour le dis­sua­der d’al­ler jus­qu’au bout. Assaad Nakad as­sure à Ma­ga­zine que tous les par­tis po­li­tiques ont sou­te­nu son pro­jet, in­sis­tant sur le sou­tien dé­ter­mi­nant de la so­cié­té ci­vile. Le mon­tant to­tal de la fac­ture d’élec­tri­ci­té payée par chaque abon­né (fac­ture to­ta­li­sant les frais de L’EDL et de L’EDZ) est de 40% in­fé­rieur au mon­tant de la fac­ture re­grou­pant les frais de L’EDL (Elec­tri­ci­té du Li­ban) et des gé­né­ra­teurs pri­vés, as­sure-t-il. Assaad Nakad a-t-il vrai­ment du mé­rite puis­qu’il n’a fait que prendre la re­lève de son père? «L’es­prit d’en­tre­pre­neu­riat ne se trans­met pas de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion», ré­plique le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de L’EDZ, en al­lu­sion aux fils de nom­breux grands hommes d’af­faires, qui ont cou­lé les com­pa­gnies dont ils ont hé­ri­té une fois aux ma­nettes. «Les en­tre­prises fa­mi­liales sont sou­vent un gage de fia­bi­li­té, de confiance et de sa­voir-faire de ter­rain. Mais la vi­sion stra­té­gique claire, l’am­bi­tion de faire mieux, l’in­no­va­tion et la pa­tience sont les clés de la réus­site pé­renne», dit-il. Il ex­plique que «L’EDZ, une so­cié­té ano­nyme dont l’ac­tion­naire prin­ci­pal est la fa­mille Nakad, opère sur la base d’une conces­sion consen­tie par une loi et un ca­hier de charges sur une du­rée s’éten­dant de 1923 et 2018. A cette date, toute l’in­fra­struc­ture de L’EDZ re­vien­dra à l’etat, qui consi­dère que la so­cié­té au­ra amor­ti ses in­ves­tis­se­ments. «Il s’agit d’un genre de con­trat de BOT», dé­clare le P.-D.G. de L’EDZ, qui re­com­mande, par ailleurs, «une dé­cen­tra­li­sa­tion de la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té dans tout le Li­ban, comme seule op­tion pour as­su­rer une ali­men­ta­tion en cou­rant élec­trique 24h/24 à court et à moyen terme».

ÊTRE PO­LY­VA­LENT. Quelles sont les er­reurs et les le­çons qu’il tire de son ex­pé­rience en­tre­pre­neu­riale? Assaad Nakad hé­site dans sa ré­ponse. Son pro­jet a né­ces­si­té cinq ans d’études, pour exa­mi­ner mi­nu­tieu­se­ment chaque dé­tail. Néan­moins, il in­siste sur l’im­por­tance cru­ciale pour la réus­site d’un pa­tron de pla­cer les consom­ma­teurs au centre de ses pré­oc­cu­pa­tions et, par consé­quent, de main­te­nir un con­tact di­rect avec eux. La porte de son bu­reau est ou­verte à toute per­sonne sou­hai­tant s’en­tre­te­nir avec lui. «Le tra­vail de ter­rain est une école à part en­tière en termes de sa­voir», dit-il.

Le P.-D.G. de L’EDZ consent que, pour réus­sir dans le monde d’au­jourd’hui, il faut être po­ly­va­lent, comme un cou­teau suisse, et sa­voir faire un peu de tout. Une stra­té­gie ga­gnante qui a per­mis de créer de nom­breux em­plois dans la ré­gion de Zahlé et d’éclai­rer les voies pu­bliques des lo­ca­li­tés ali­men­tées en cou­rant élec­trique par L’EDZ entre 20h et 6h.

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