VO­LON­TA­RIAT

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Pour­quoi les Fran­çais viennent au Li­ban

Avec une tren­taine de vo­lon­taires, le Li­ban est le pays qui ac­cueille la plus grande pro­por­tion de bé­né­voles ve­nant de l’hexa­gone dans la ré­gion.

De­puis quelque temps, nous as­sis­tons à la mon­tée d’un nou­veau phé­no­mène, ce­lui de l’en­goue­ment de jeunes vo­lon­taires pour le Li­ban. Cette an­née, ils sont une tren­taine de Fran­çais à s’in­ves­tir dans des or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales (ONG) que compte le ré­seau France Vo­lon­taires, pla­te­forme du mi­nis­tère fran­çais des Af­faires étran­gères et du Dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal, qui oeuvre pour pro­mou­voir le vo­lon­ta­riat à l’étran­ger.

Sa­cha Lar­naud et Paul Du­mayet, tous les deux âgés de 23 ans, sont des vo­lon­taires fran­çais qui tra­vaillent à ar­cen­ciel. Après une an­née pas­sée en Egypte, au cours de la­quelle il a ap­pris l’arabe, Paul, qui a fait des études de Sciences po­li­tiques à Lyon, a ef­fec­tué un ser­vice ci­vique au Li­ban et Sa­cha l’a ac­com­pa­gné.

Ils ha­bitent le quar­tier de Furn el-cheb­bak de­puis sep­tembre 2015. A peine ar­ri­vée, Sa­cha com­mence à prendre des cours d’arabe à l’ins­ti­tut fran­çais. «Au dé­but, j’étais to­ta­le­ment dé­pay­sée. Mais en ap­pre­nant l’arabe, c’est de­ve­nu plus fa­cile. Je ne sa­vais pas com­ment cir­cu­ler, où al­ler, puis je me suis ha­bi­tuée.

UNE EX­PÉ­RIENCE EN­RI­CHIS­SANTE. Dès qu’on a com­pris com­ment le sys­tème fonc­tionne, tout de­vient plus simple», ra­conte Sa­cha. Elle s’est fait ra­pi­de­ment des amis. «A Bey­routh, on ne s’en­nuie ja­mais; c’est une ville où l’on se sent en sé­cu­ri­té. Je n’ai ja­mais peur de ren­trer seule le soir. Quand je suis re­tour­née à Pa­ris, je me suis fait vo­ler mon sac. Une chose pa­reille ne m’est ja­mais ar­ri­vée au Li­ban». Si, en France, la cause de la cri­mi­na­li­té est im­pu­tée à la dé­lin­quance, au Li­ban, se­lon Sa­cha, c’est la pau­vre­té qui en est la cause. Ce qui la dé­range? «Vivre dans une ville pou­belle et le ra­cisme de cer­tains Li­ba­nais».

In­té­res­sé par le Moyen-orient et en­cou­ra­gé par son pro­fes­seur, Paul a dé­ci­dé d’ef­fec­tuer son ser­vice ci­vique au pays du Cèdre. Après l’egypte, la vie à Bey­routh lui pa­raît beau­coup plus simple. Pour­tant, il avoue être im­pres­sion­né par la ville et ses em­bou­teillages mons­trueux. Volontaire à ar­cen­ciel, Paul aime ce qu’il fait. «Après sa longue ex­pé­rience avec les han­di­ca­pés, ar­cen­ciel s’in­ves­tit au­jourd’hui dans la crise des dé­chets. Mal­gré mon ac­cent égyp­tien lorsque je parle l’arabe, j’avais une bar­rière beau­coup plus simple à fran­chir que Sa­cha. Par­ler la même langue change la re­la­tion avec les gens. J’ai fait de belles ren­contres au Li­ban». Avec ef­fu­sion, Paul parle des Li­ba­nais qui sont ou­verts aux autres. «Ils sont très ac­cueillants; ça leur fait plai­sir de voir un Fran­çais ve­nir dans leur pays et dé­cou­vrir leur culture. Bey­routh a une vie cultu­relle très riche». Il parle de ce Li­ba­nais de Deir el-qa­mar, qui leur fait vi­si­ter sa ville et leur in­dique les en­droits où il faut ache­ter tel ou tel pro­duit. «Les Li­ba­nais adorent leur pays et ils aiment trans­mettre cette pas­sion aux tou­ristes», ra­conte Paul.

Sa­cha et Paul quittent Bey­routh, en dé­cembre, en em­por­tant un tas de sou­ve­nirs. «Je pour­rai ra­con­ter pen­dant des heures le Li­ban. C’est une ex­pé­rience ma­gni­fique de vivre dans un pays tel­le­ment dif­fé­rent du nôtre, un pays mul­ti­con­fes­sion­nel. Alors que le monde parle de l’im­mi­gra­tion, nous sommes au coeur du pro­blème. C’est en­ri­chis­sant!», s’ex­clame Sa­cha. Pour Paul, par­ler du Li­ban, de ses con­fes­sions, de ses blo­cages est to­ta­le­ment dif­fé­rent que de les vivre et de voir com­ment les com­mu­nau­tés sont sé­pa­rées géo­gra­phi­que­ment. «Pour­tant, les jeunes qu’on ren­contre à Mar Mi­khael ou à Ham­ra savent que les pro­blèmes ne se gèrent pas de cette ma­nière. Ils se placent au-des­sus de toutes ces di­vi­sions. Ils veulent la co­exis­tence et le vi­vreen­semble. Une crise comme celle des dé­chets concerne toute la po­pu­la­tion. Ils sont obli­gés de se so­li­da­ri­ser pour une même cause. Je suis heu­reux d’avoir tra­vaillé à ar­cen­ciel. C’est une ex­pé­rience qui m’a construit. Je ne re­trou­ve­rai pas ce­la en France», confie le jeune homme. Re­pré­sen­tante de France Vo­lon­taires et res­pon­sable de l’es­pace bé­né­vo­lat au Li­ban, Ji­hane el-aya­chi s’oc­cupe du sui­vi et de l’ac­com­pa­gne­ment des vo­lon­taires ain­si que des struc­tures d’ac­cueil sur le plan ad­mi­nis­tra­tif, tech­nique et pra­tique. Elle évoque les rai­sons qui poussent les vo­lon­taires fran­çais à ef­fec­tuer leur ser­vice ci­vique au Li­ban. «Les jeunes au Li­ban res­semblent plus aux Eu­ro­péens que ceux des autres pays du Moyen-orient. C’est un pays fran­co­phone, où la ma­jo­ri­té des gens est tri­lingue. Vu le de­gré d’in­sé­cu­ri­té dans la ré­gion, le Li­ban est le seul pays qui tient en­core la route. Il y a des vo­lon­taires en Jor­da­nie et en Egypte, mais Bey­routh est plus fa­cile à ac­cé­der, même si c’est plus com­pli­qué d’ob­te­nir un vi­sa».

LE LI­BAN, AT­TI­RANT. Mal­gré le fait que le Li­ban est un pays où il fait bon vivre, la cher­té de vie est un han­di­cap pour les vo­lon­taires. «Une per­sonne qui ef­fec­tue son ser­vice ci­vique touche 600 eu­ros par mois, dans les­quels sont in­clus le lo­ge­ment et le trans­port. Il est dif­fi­cile de com­bi­ner un tra­vail avec le vo­lon­ta­riat. Le Li­ban reste un pays qui at­tire, mais il est li­mi­té par la prime payée», confie Mme Aya­chi. En plus du ser­vice ci­vique, il existe plu­sieurs formes de vo­lon­ta­riat, no­tam­ment le VSI ou Vo­lon­ta­riat de so­li­da­ri­té in­ter­na­tio­nale. Le re­cru­te­ment se fait sur la base des com­pé­tences et de l’ex­pé­rience. Il concerne les per­sonnes âgées de 25 à 40 ans. «36 vo­lon­taires sont en­voyés par des struc­tures agréées par le mi­nis­tère des A-E fran­çais, dont 30 VSI et 6 vo­lon­taires qui ac­com­plissent leur ser­vice ci­vique», af­firme Mme Aya­chi. Les ques­tions sé­cu­ri­taires sont prises en charge par France Vo­lon­taires. «Nous nous oc­cu­pons de la sé­cu­ri­té des vo­lon­taires. Ils ha­bitent Bey­routh et n’ont pas le droit de se rendre dans cer­taines ré­gions, qu’on ap­pelle les zones rouges, comme Na­ba­tiyé et la Bé­kaa».

PAR JOËLLE SEIF VO­LON­TA­RIAT Créée en 2010, la pla­te­forme France Vo­lon­taires oeuvre pour pro­mou­voir le vo­lon­ta­riat à l’étran­ger et est pré­sente dans 55 pays.

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