LO­GE­MENT

LE BON PLAN POUR SE LO­GER

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La ten­dance co­loc à Bey­routh

Alors que Bey­routh a été clas­sée 4e ville la plus chère du monde arabe, se lo­ger est plus que ja­mais un dé­fi. Vivre à plu­sieurs peut ap­pa­raître comme une so­lu­tion éco­no­mique mais éga­le­ment une belle ex­pé­rience de vie.

ABey­routh, se lo­ger est de­ve­nu un vé­ri­table casse-tête pour beau­coup de Li­ba­nais qui sou­haitent louer à prix rai­son­nable. Pour les étu­diants, jeunes ac­tifs et même par­fois pour des fa­milles qui n’ont pas les moyens ou l’en­vie d’ache­ter dans la ca­pi­tale, les prix des loyers sont sou­vent in­ac­ces­sibles et vivre en ville de­vient un luxe. Dans un tel contexte, une op­tion se dé­ve­loppe sur la scène du lo­ge­ment à Bey­routh: celle de la co­lo­ca­tion. Sur le groupe Fa­ce­book Apart­ments for rent in Bei­rut, des an­nonces sont pos­tées tous les jours: des pro­prié­taires sou­hai­tant louer leurs biens, des Li­ba­nais à la re­cherche du par­fait co­lo­ca­taire et des étran­gers sou­hai­tant aus­si sou­vent adop­ter ce mode de vie pour s’im­pré­gner de la culture li­ba­naise, tout en vi­vant à moindres frais. Le groupe compte au­jourd’hui quelque 27 000 abon­nés, ce qui té­moigne de l’en­goue­ment pour la co­lo­ca­tion.

«La co­lo­ca­tion est, dans un pays comme le Li­ban où les pe­tites sur­faces sont en­core trop rares, un moyen pour les jeunes de se lo­ger dans des ap­par­te­ments cor­rects à des prix in­té­res­sants», ex­plique ain­si Guillaume Bou­dis­seau, spé­cia­liste im­mo­bi­lier à Ram­co. A Ham­ra, par exemple, c’est une al­ter­na­tive aux nom­breux ap­par­te­ments meu­blés pro­po­sés entre 700 et 1 500 dol­lars la chambre par mois. «Il existe une cin­quan­taine d’ap­par­te­ments de ce type à Ham­ra, ajoute le spé­cia­liste im­mo­bi­lier. A Saï­fi, le stu­dio est en­core à 2 000 dol­lars par mois». Au Li­ban, le manque de «vraies» pe­tites sur­faces à prix abor­dables ex­plique, en grande par­tie, cet en­goue­ment pour la co­lo­ca­tion. «Il com­mence bien à se construire des 100 mètres car­rés, ré­vèle Bou­dis­seau, mais ce sont tou­jours de trop grandes sur­faces com­pa­rées à ce qui se fait dans les grandes ca­pi­tales eu­ro­péennes. Il fau­drait des biens de 50 m2 dans des quar­tiers plus po­pu­laires pour que les jeunes puissent se lo­ger à 500 dol­lars par mois et de ma­nière dé­cente».

C’est ef­fec­ti­ve­ment l’une des rai­sons qui ont pous­sé Mais­sa, 25 ans, à op­ter pour ce type de lo­ge­ment. «J’ai choi­si la co­lo­ca­tion, car je ve­nais d’ob­te­nir mon pre­mier em­ploi dans la com­mu­ni­ca­tion et je ne vou­lais plus vivre comme une étu­diante, ex­plique la jeune ac­tive. Mes pa­rents vi­vaient loin et j’avais be­soin d’avoir un ‘‘vrai chez moi’’. Seule­ment, vu la cher­té des loyers à Bey­routh, je me suis vite aper­çue qu’il va­lait mieux op­ter pour un grand et bel ap­par­te­ment à par­ta­ger plu­tôt qu’un bien plus pe­tit et vé­tuste qui me re­vien­drait trois fois plus cher toute seule».

La jeune femme a ain­si choi­si un bien com­por­tant trois chambres, un salon, une salle à man­ger et une belle cuisine dans un quar­tier qu’elle ap­pré­cie par­ti­cu­liè­re­ment: ce­lui à proxi­mi­té de l’am­bas­sade de France. «Le loyer est de 950 dol­lars par mois, dé­taille Mais­sa. A trois, nous payons cha­cune 316 dol­lars. A Bey­routh, même une chambre d’étu­diante est plus chère que ce­la. Bien sûr, il faut ajou­ter tous les mois les frais con­cer­nant le mo­teur et In­ter­net. Mais, en­core une fois, l’avan­tage de

vivre en co­lo­ca­tion est que l’en­semble des frais est par­ta­gé».

Les quar­tiers où la co­lo­ca­tion a la cote sont ceux qui sont par­ti­cu­liè­re­ment pri­sés par les étran­gers, comme Gem­may­zé, Mar Mi­chael, Ge­taoui, ou en­core ceux à proxi­mi­té des uni­ver­si­tés, comme Ras Bey­routh ou, nou­vel­le­ment, Furn el-cheb­bak pour les bud­gets en­core plus mo­destes.

Pour beau­coup de jeunes Li­ba­nais, dont les pa­rents ne vivent pas à Bey­routh, la co­lo­ca­tion s’avère être une so­lu­tion pour pou­voir tra­vailler dans la ca­pi­tale, à l’heure où les op­por­tu­ni­tés éco­no­miques se font tou­jours rares dans les ré­gions li­ba­naises.

C’est le cas de Lei­la, 26 ans. Elle par­tage un ap­par­te­ment avec deux autres amies. «Mes pa­rents vivent au sud du Li­ban et j’ai trou­vé mon pre­mier em­ploi à Bey­routh. Donc, je n’avais pas d’autre choix que de vivre dans la ca­pi­tale, ra­conte la jeune femme. Je n’avais pas les moyens de louer un ap­par­te­ment seule. Pour moi, qui ai dé­jà vé­cu dans un foyer comme dans une boîte à sar­dines, il était hors de ques­tion de com­men­cer ain­si ma vie ac­tive». Outre l’avan­tage éco­no­mique de la co­lo­ca­tion, Lei­la sou­ligne que cette ex­pé­rience lui a ap­pris à dé­cou­vrir d’autres com­mu­nau­tés, d’autres ma­nières de vivre et de s’ou­vrir aux autres. «Par­mi mes co­lo­ca­taires, j’ai des amies qui viennent d’autres ré­gions et me font dé­cou­vrir des en­droits que je ne connais­sais pas. La co­lo­ca­tion est aus­si une belle aven­ture hu­maine».

Con­cer­nant les in­con­vé­nients de par­ta­ger un ap­par­te­ment, Mais­sa sou­ligne qu’«il peut par­fois y avoir des ten­sions entre les membres de la co­lo­ca­tion. J’ai de la chance de vivre avec deux amies d’en­fance: l’une est ma­niaque, l’autre plus désor­don­née. Donc, par­fois, il y a des dis­putes. Mais ce n’est rien com­pa­ré à la ri­chesse de cette ex­pé­rience de vie com­mune. Ce sont des mo­ments in­ou­bliables à par­ta­ger; c’est un peu tou­jours ‘‘Friends’’ à la mai­son. Nous par­ta­geons nos amis, nos sor­ties… On n’est ja­mais vrai­ment seul lors­qu’on vit en co­lo­ca­tion. Per­son­nel­le­ment, ce­la m’a per­mis de mieux vivre mes pre­miers mo­ments à Bey­routh et je le re­com­mande for­te­ment», conseille la jeune femme.

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