QUEL LI­BAN VOU­LONS-NOUS?

Le Mensuel Magazine - - Économie Plume Libre -

C’est le chaos to­tal au pays du Cèdre! Alors que le poste du pré­sident de la Ré­pu­blique est va­cant de­puis deux ans et de­mi, les ins­ti­tu­tions consti­tu­tion­nelles sont pa­ra­ly­sées et tardent à prendre les dé­ci­sions po­li­tiques et éco­no­miques cen­sées dé­li­vrer le Li­ban de la si­tua­tion dans la­quelle il baigne de­puis dé­jà cinq ans. Per­sonne n’avait ima­gi­né les consé­quences de la crise sy­rienne sur le Li­ban et le Proche-orient. Cette crise a été ca­tas­tro­phique dans le sens où au­cune me­sure gou­ver­ne­men­tale n’a été prise pour contrer ses ef­fets. De plus, le dé­pla­ce­ment des Sy­riens vers le Li­ban a me­na­cé, et conti­nue de le faire, l’exis­tence même de la so­cié­té li­ba­naise et ce­ci à plu­sieurs ni­veaux: po­li­tique, éco­no­mique, fi­nan­cier et so­cial.

La classe po­li­tique, par ce qu’elle ap­pelle «le droit consti­tu­tion­nel», bloque l’élec­tion d’un pré­sident de la Ré­pu­blique. Elle viole ain­si ex­pli­ci­te­ment la Cons­ti­tu­tion, plus par­ti­cu­liè­re­ment l’ar­ticle 75 qui sti­pule que le Par­le­ment de­vrait te­nir des ses­sions ou­vertes jus­qu’à l’élec­tion d’un pré­sident. Cette si­tua­tion mal­heu­reuse semble per­du­rer avec un phé­no­mène de dé­pen­dance visà-vis de l’ex­té­rieur des dif­fé­rents par­tis po­li­tiques. Ce­ci ré­gio­na­lise, voire in­ter­na­tio­na­lise, l’élec­tion du pré­sident de la Ré­pu­blique, alors qu’il s’agit d’une échéance élec­to­rale pu­re­ment in­terne. La sor­tie de cette im­passe sup­pose que la classe po­li­tique se re­mette en ques­tion. Pla­ton di­sait que «l’art po­li­tique vé­ri­table ne doit pas se sou­cier du bien par­ti­cu­lier mais du bien gé­né­ral, car le bien com­mun as­semble, le bien par­ti­cu­lier dé­chire les ci­tés». Ce­ci s’ap­pli­que­rait bien aux po­li­ti­ciens li­ba­nais, dont l’égoïsme dans la vie po­li­tique bloque le pays à cause d’in­té­rêts liés à la per­sonne et à la com­mu­nau­té. Le ré­sul­tat est mal­heu­reux, comme le pré­voyait Pla­ton. So­crate pen­sait que «si la ver­tu est une science, le vice ne peut être qu’une igno­rance». Il a jus­ti­fié ce­ci par le fait que si l’homme connais­sait le bien, alors, il ne pren­dra pas d’autre che­min. Mais ce­ci n’était pas le cas de la po­li­tique qui, pour So­crate, n’a rien de scien­ti­fique. Il la consi­dère, avant tout, comme une pra­tique et une mo­rale. Ce­ci nous montre que le pro­ces­sus de rec­ti­fi­ca­tion des pra­tiques po­li­tiques au Li­ban est un pro­ces­sus à long terme – en sup­po­sant que les bonnes in­ten­tions existent. La si­tua­tion ac­tuelle né­ces­site une in­ter­ven­tion ex­terne im­mé­diate pour chan­ger la si­tua­tion de faux-équi­libre qui pré­vaut. Cette in­ter­ven­tion dé­cou­le­rait d’une ré­so­lu­tion de la crise sy­rienne, qui ins­tau­re­rait une pé­riode de grâce d’une di­zaine d’an­nées.

Le pape Jean-paul II di­sait que le Li­ban est un mes­sage de paix. Où en est-on de ce mes­sage? Quelle vi­sion avons-nous du Li­ban? Des ques­tions que l’on se pose dans un contexte de dé­gra­da­tion des condi­tions de la vie quo­ti­dienne. Le Li­ban au­quel on as­pire de­vrait être à l’image de ce­lui que Jean-paul II dé­cri­vait. Cette paix n’est pas seule­ment l’ab­sence de guerre, mais aus­si une paix so­ciale, éco­no­mique et fi­nan­cière. Une paix que doivent avoir nos jeunes, qui sortent de l’uni­ver­si­té, et nos sé­niors, par le biais d’une sé­cu­ri­té so­ciale. Une paix qui touche le Nord comme le Sud, dont le ni­veau de pau­vre­té at­teint des re­cords. Une paix de l’éco­no­mie avec une crois­sance du­rable, per­met­tant à l’homme d’avoir un re­ve­nu qui pré­ser­ve­rait sa di­gni­té et as­su­re­rait l’ave­nir de ses en­fants.

En tant que mi­nistre de l’eco­no­mie et du Com­merce et membre du par­ti Ka­taëb, ma vi­sion de la so­lu­tion au Li­ban re­joint celle de Jeanpaul II, mais aus­si celles de Pla­ton et de So­crate. La ver­tu dans l’exer­cice de la po­li­tique est une condi­tion es­sen­tielle pour toute so­lu­tion du­rable. Le Li­ban que je vois est ce­lui qui s’oc­cupe de ses ci­toyens et où la classe po­li­tique se­rait au ser­vice du peuple. Je rêve peut-être, mais Hen­ri Spaak di­sait que le rêve d’au­jourd’hui est la réa­li­té de de­main.

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