UNE DÉ­CI­SION DE RA­FIC HA­RI­RI.

Le Mensuel Magazine - - Revisitée -

LA SÉ­CU­RI­TÉ DE HRAOUI. Le lieu­te­nant-co­lo­nel Ja­mil Sayyed di­ri­geait les ser­vices de renseignements de l’ar­mée li­ba­naise dans la Bé­kaa de­puis 1983, lorsque le pre­mier pré­sident de Taëf, Re­né Moa­wad, est as­sas­si­né à Bey­routh, le 22 no­vembre 1989. «L’éli­mi­na­tion d’un per­son­nage clé, à un mo­ment de l’his­toire, a pour but de sa­bo­ter un plan de paix en cours ou de mettre sur les rails un autre pro­jet», ex­plique Ja­mil Sayyed à

C’est pour em­pê­cher l’ex­ploi­ta­tion de cet as­sas­si­nat que le par­rain sy­rien de Taëf, en co­or­di­na­tion avec l’ara­bie saou­dite et les grandes puis­sances, a dé­ci­dé de ré­agir en or­ga­ni­sant ra­pi­de­ment l’élec­tion d’un suc­ces­seur».

Avant de je­ter leur dé­vo­lu sur Elias Hraoui, les di­ri­geants sy­riens ont ap­pro­ché, se­lon l’an­cien di­rec­teur de la Sû­re­té gé­né­rale, le dé­pu­té (au­jourd’hui dé­cé­dé) Pierre Hé­lou et les an­ciens mi­nistres Mi­chel Ed­dé et Jean Obeid. Ce­pen­dant, les trois can­di­dats po­ten­tiels n’étaient pas dis­po­sés, une fois élus, à uti­li­ser la force, en cas d’échec des dé­marches po­li­tiques, pour dé­lo­ger le gé­né­ral Mi­chel Aoun du pa­lais de Baabda. Elias Hraoui, lui, était prêt à en­vi­sa­ger l’op­tion mi­li­taire pour «éli­mi­ner le phé­no­mène Aoun», ajoute-t-il.

Ja­mil Sayyed est char­gé de la sé­cu­ri­té des dé­pu­tés ras­sem­blés au Park Ho­tel Ch­tau­ra, le 24 no­vembre, pour la séance élec­to­rale. Le pé­ri­mètre de l’hô­tel est pla­cé sous la pro­tec­tion ex­clu­sive de l’ar­mée li­ba­naise. Les troupes sy­riennes, elles, sont dé­ployées dans le pé­ri­mètre ex­terne.

Après son élec­tion, Elias Hraoui est un pré­sident

sans pa­lais, sans ins­ti­tu­tions et presque sans pou­voir. Il lui est for­te­ment dé­con­seillé de s’ins­tal­ler dans sa villa de Zah­lé, «une ville in­fil­trée et peu sûre à l’époque», se sou­vient le gé­né­ral. «En tant que res­pon­sable des SR mi­li­taires dans la Bé­kaa et que fils de Zah­lé, j’avais des liens an­ciens avec Elias Hraoui qui me ren­dait vi­site toutes les se­maines, ra­conte M. Sayyed. Notre fa­mille est ori­gi­naire de Hra­jel, dans le Kes­rouan. Nos an­cêtres se sont ins­tal­lés à Zah­lé à la même époque que les Hraoui et les Maa­louf, ve­nus de Bas­kin­ta et Kfar Akab. Ils fuyaient les ma­me­louks (la cam­pagne de per­sé­cu­tion des chiites et des chré­tiens de 1305, ndlr). J’avais donc des re­la­tions his­to­riques avec Elias Hraoui qui crai­gnait de su­bir le même sort que Re­né Moa­wad. Alors, un jour où nous étions dans sa mai­son de Hoch el-oma­ra, à Zah­lé, juste avant son élec­tion, il m’a dit: «Ja­mil, ma vie est entre tes mains».

UN PRÉ­SIDENT DANS UNE CA­SERNE. Le chef de l’etat fraî­che­ment élu se­ra fi­na­le­ment ins­tal­lé dans la ré­si­dence mi­li­taire de Ja­mil Sayyed à la ca­serne d’ablah, dans la Bé­kaa, où vi­vait aus­si sa propre fa­mille: son épouse et ses trois jeunes en­fants. Onze jours plus tard, il pren­dra ses quar­tiers dans une villa plus vaste, des­ti­née au com­man­dant mi­li­taire de la ré­gion, spé­cia­le­ment ré­no­vée à son in­ten­tion, dans la même ca­serne. A la de­mande per­son­nelle du pré­sident Hraoui, Ja­mil Sayyed de­vient le res­pon­sable de sa sé­cu­ri­té; il nomme son ad­joint aux renseignements, le com­man­dant Hus­sein Lak­kis (au­jourd’hui pré­sident du

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