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Le Mensuel Magazine - - Salon Du Livre -

Tan­tôt fan­tasque, tan­tôt réa­liste, l’écri­ture de l’au­teure de Ma­gnus, pour dé­crire, dans (Al­bin Mi­chel), la pré­da­trice des nous em­poigne fort. In­ter­view.

Ce «ro­man» s’ap­pa­rente au conte: cré­dible, vrai­sem­blable, com­mence à par­tir de la réa­li­té, fait dé­col­ler l’ima­gi­naire, etc. Pour­quoi ne pas l’avoir pré­sen­té comme un conte?

S’il a un as­pect un peu fa­bu­leux, ce ro­man reste an­cré dans notre époque et porte un écho di­rect à des évé­ne­ments ré­cents et ter­ribles qui n’en fi­nissent pas de se re­pro­duire: l’in­to­lé­rance et le ter­ro­risme. Le ro­man au­to­rise une très grande li­ber­té et une di­ver­si­té d’ex­pres­sion. Par­fois, le re­cours au mythe, au lé­gen­daire, per­met d’at­teindre plus en pro­fon­deur ce qu’on consi­dère réa­li­té, de son­der sa part d’obs­cu­ri­té. La réa­li­té est pé­trie d’ima­gi­naire.

Com­ment est née l’idée de ce livre?

L’ins­pi­ra­tion ré­sulte d’un en­semble de phé­no­mènes psy­chiques, tant conscients qu’in­cons­cients, d’un fais­ceau d’im­pres­sions, de pen­sées en­core floues, d’images, de sou­ve­nirs, de ques­tions, de traces de lec­ture, de choses vues et en­ten­dues... Concer­nant ce ro­man, c’est le sou­ci por­té à la condi­tion ani­male qui m’a don­né en­vie d’écrire et de mettre en scène ani­ma­li­té et hu­ma­ni­té.

La per­son­na­li­té de votre hé­ros dé­clenche un ci­né­ma dans la tête de ce­lui qui le dé­couvre. Cette ap­proche est-elle une fa­çon de s’éva­der de la réa­li­té?

Sur­tout pas! Le re­cours à la fable, au fan­tas­tique, vise une mise à l’ar­rêt et une mise à dis­tance mo­men­ta­nées qui per­mettent d’ou­vrir de nou­velles pers­pec­tives sur la réa­li­té, d’in­ter­ro­ger les évé­ne­ments, de se re­po­ser la ques­tion de l’hu­main, de ses agis­se­ments.

La fron­tière floue entre l’homme et l’ani­mal dans votre ro­man crée une sorte d’am­bi­guï­té su­jette à in­ter­pré­ta­tion. Quel était votre but?

Je n’avais pas de but pré­cis, juste l’en­vie de me pen­cher sur le monde ani­mal, sur le fond d’ani­ma­li­té qui per­dure en l’hu­main et sur les re­la­tions entre eux. Je ne confonds pas l’homme et l’ani­mal; la fron­tière entre eux est po­reuse par cer­tains as­pects et plus dé­li­mi­tée et dif­fé­ren­cia­trice par d’autres. Mais les dif­fé­rences, aus­si im­por­tantes soient-elles, ne doivent pas gé­né­rer do­mi­na­tion, ex­ploi­ta­tion et cruau­té des uns à l’égard des autres. Ce qui m’in­té­resse, c’est ce que le monde ani­mal a à nous dire, par sa simple exis­tence, ce qu’il a à nous ap­prendre, par sa sin­gu­lière et très di­ver­si­fiée fa­çon d’ha­bi­ter cette Terre.

Votre écri­ture est poé­tique et ci­se­lée. C’est qua­si­ment une oeuvre d’art. Quelle part de tra­vail la re­lec­ture de votre ma­nus­crit oc­cu­pet-elle dans votre dé­marche d’écri­vaine?

Je ne pro­cède ja­mais par ces étapes: brouillon, re­lec­ture, re­prises et cor­rec­tions, nou­velle ver­sion... Je pars chaque fois d’une image men­tale. Je me lance sans plan, sans sy­nop­sis, sans sa­voir ce qui va ad­ve­nir. Je fais confiance à la co­hé­rence (pa­ra­doxale!) de l’ima­gi­naire. J’écris par à-coups, après par­fois de longues at­tentes, de longs res­sas­se­ments d’images, de mots, de phrases. Le brouillon et la re­lec­ture, c’est men­ta­le­ment que je les ac­com­plis.

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