Causes «hé­ros»

Le Mensuel Magazine - - Salon Du Livre -

Pour­quoi les jeunes Eu­ro­péens sont-ils prêts à pour des pas les leurs? Com­ment ac­ceptent-ils de se sou­mettre à des consi­dé­rés des cri­mi­nels? Eclai­rage. qui ne sont

Au­teur de nom­breux ou­vrages de psy­cho­lo­gie à suc­cès, qui dé­cor­tiquent les pro­blèmes per­son­nels les plus re­fou­lés, le scien­ti­fique-vul­ga­ri­sa­teur, à la base du concept de ré­si­lience, aborde in­di­rec­te­ment, dans son nou­veau livre, Ivres pa­ra­dis, bon­heurs hé­roïques (Ed. Odile Ja­cob), une ques­tion d’ac­tua­li­té très chaude: la mon­tée d’une sorte de nou­vel hé­ros que les jeunes s’ap­pro­prient pour com­mettre l’hor­reur. «Dé­sor­mais, ce n’est plus la sur­vie d’un groupe af­fa­mé qui dé­clenche la guerre, ce sont des ré­cits qui donnent forme aux croyances et lé­gi­ti­ment la tue­rie». Avec ri­gueur, pro­cé­dant à par­tir de son ex­pé­rience, le neu­ro­psy­chiatre dé­cor­tique le phé­no­mène de la créa­tion du hé­ros dans le sub­cons­cient: «Le hé­ros est un re­mède contre la fai­blesse na­tu­relle des en­fants, la bles­sure re­la­tion­nelle des adultes ou l’hu­mi­lia­tion his­to­rique d’une na­tion». Ex­pli­quant ce qui se­crète ce phé­no­mène de hé­roï­sa­tion («Au­cun mi­lieu n’a d’ef­fet s’il n’y a pas de ma­tière à fa­çon­ner»), il aborde ses ma­ni­fes­ta­tions («Un geste hé­roïque doit ré­pa­rer une hu­mi­lia­tion quel que soit le prix») et ses consé­quences sur la so­cié­té («On adore se sou­mettre à ce­lui qui nous li­bère, on ap­pelle ça la gra­ti­tude»).

Com­ment ex­pli­quez-vous l’en­rô­le­ment des jeunes Eu­ro­péens dans une guerre qui n’est pas la leur? En quoi et com­ment fonc­tionne alors le concept du hé­ros?

L’im­mense ma­jo­ri­té des jeunes Eu­ro­péens qui s’en­gagent pour le ji­had sont des en­fants bien éle­vés: 40% sont is­sus de fa­milles chré­tiennes et 40% de fa­milles mu­sul­manes. Ces pa­rents ont bien fait leur bou­lot. Les jeunes leur en­voient même des lettres d’amour quand ils partent mou­rir en Sy­rie. Mais la cul­ture oc­ci­den­tale ne leur pro­pose plus d’épo­pée. Alors, ils rêvent et se font es­cro­quer par des ji­ha­distes qui leur font croire à des théo­ries aven­tu­reuses. On ne parle que de la cen­taine de psy­cho­pathes qui com­mettent des crimes af­freux et spec­ta­cu­laires. Ils veulent être des hé­ros pour sau­ver le peuple et uti­lisent n’im­porte quelle rai­son pour al­ler au sa­cri­fice.

Ne peut-on pas, par iden­ti­fi­ca­tion, dé­si­rer res­sem­bler à un hé­ros qu’on aime et qui nous aime et qui peut être, par exemple, notre père ou notre mère?

Le hé­ros de temps de paix est un petit hé­ros quo­ti­dien, comme un pa­pa ou un foot­bal­leur. En temps de guerre, le hé­ros est tra­gique. Il est prêt à mou­rir ou à tuer pour ré­pa­rer une hu­mi­lia­tion ou une dé­faite.

Avez-vous écrit ce livre, en par­tie, pour ré­gler un compte avec votre his­toire per­son­nelle?

Je suis mo­ti­vé pour la psy­cho­lo­gie et la ré­si­lience à cause de mon en­fance. Ma fa­mille a dis­pa­ru à Au­sch­witz et j’ai été ar­rê­té à l’âge de 6 ans pour être tué, comme tous les juifs et les tzi­ganes. Quand, après la guerre, j’ai vou­lu ra­con­ter ce qui m’était ar­ri­vé et que je di­sais que je vou­lais faire des études, les adultes riaient et me di­saient que c’était im­pos­sible. Quand j’en­tends la même phrase pour les en­fants sol­dats ou les or­phe­lins, je suis ré­vol­té.

Se dé­bar­rasse-t-on d’un pas­sé dou­lou­reux ou la ré­si­lience ne fi­nit ja­mais?

La ré­si­lience, c’est la re­prise d’un nou­veau dé­ve­lop­pe­ment après un trau­ma­tisme. On n’ou­blie ja­mais, mais on ne se sou­met pas au mal­heur. On en fait une aven­ture po­si­tive.

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