Sa­lon du livre.

Le Mensuel Magazine - - Salon Du Livre -

Par une fine ana­lyse de la po­li­tique étran­gère du Ha­mas, Lei­la Seu­rat pro­pose des clés in­at­ten­dues pour ex­plo­rer la «boîte noire» de l’or­ga­ni­sa­tion is­la­miste dans qu’elle pré­sen­te­ra au

Vous dites que le Ha­mas, bien que sur­mé­dia­ti­sé, de­meure mé­con­nu...

Outre les mi­li­tants pro-pa­les­ti­niens fa­mi­liers du conflit avec Is­raël, le grand pu­blic mé­con­naît ce mou­ve­ment po­li­tique, confon­du le plus sou­vent avec le Hez­bol­lah. Plu­sieurs élé­ments ont pu fa­ci­li­ter cette confu­sion: l’al­liance entre les deux mou­ve­ments dans le cadre du «front du re­fus», le sou­tien ira­nien au Ha­mas, l’ins­crip­tion des deux groupes par les Etats-unis et l’union eu­ro­péenne sur la liste des or­ga­ni­sa­tions terroristes.

Qu’est-ce que la cul­ture du se­cret, pièce maî­tresse de la géo­po­li­tique au Moyeno­rient et bran­don de dis­corde entre mu­sul­mans?

Le «front de re­fus», axe de so­li­da­ri­té ré­gio­nal réunis­sant l’iran, la Sy­rie, le Hez­bol­lah et le Ha­mas, s’est vu for­te­ment dé­sta­bi­li­sé par le dé­clen­che­ment des sou­lè­ve­ments dans le monde arabe: pris en te­naille entre sa so­li­da­ri­té af­fi­chée avec les pré­cé­dentes ré­voltes tu­ni­sienne et égyp­tienne et sa vo­lon­té de de­meu­rer en Sy­rie, où le pôle ex­té­rieur du mou­ve­ment était ins­tal­lé de­puis 2000, le Ha­mas fi­nit par quit­ter Damas au risque d’y perdre son pré­cieux al­lié ira­nien. De­puis 2012, il tente de re­ga­gner les fa­veurs de la Ré­pu­blique is­la­mique. Le Ha­mas est plus que ja­mais iso­lé de­puis l’été 2013: il n’a pas su an­ti­ci­per le re­tour à l’ordre an­cien en Egypte et a an­ti­ci­pé la chute du ré­gime sy­rien, qui n’est ja­mais sur­ve­nue. Cette rup­ture avec le ré­gime sy­rien ouvre, pour le mou­ve­ment, une pé­riode de grandes dif­fi­cul­tés, ce der­nier de­vant trou­ver un nou­veau pays d’ac­cueil sus­cep­tible de le re­ce­voir.

Com­ment en­tre­voyez-vous la na­ture du couple in­té­rêt/idéo­lo­gie dans la po­li­tique étran­gère du Ha­mas?

L’idéo­lo­gie peut ac­com­pa­gner les in­té­rêts du Ha­mas ou par­fois s’y op­po­ser. Dans ce cas de fi­gure, le Ha­mas tente de pré­sen­ter son idéo­lo­gie de fa­çon à ce que celle-ci coïn­cide avec ses prio­ri­tés po­li­tiques contin­gentes. Le suc­cès de ces re­for­mu­la­tions est sou­vent à re­la­ti­vi­ser. La pé­riode qui s’ouvre, à la suite de la prise par la force de Ga­za par le Ha­mas, en juin 2007, ren­force les contra­dic­tions. Cher­chant à confor­ter son au­to­ri­té sur ce ter­ri­toire, le Ha­mas ne cesse de main­te­nir le calme, em­pê­chant sys­té­ma­ti­que­ment les autres fac­tions ar­mées de Ga­za, comme le Ji­had is­la­mique ou les groupes ji­ha­distes, de lan­cer des ro­quettes. Pour ten­ter de faire ac­cep­ter la trêve avec Is­raël (hud­na), im­po­sée par la force aux autres fac­tions, le Ha­mas la pré­sente comme une forme de «ré­sis­tance». Les mou­ve­ments concur­rents à Ga­za n’ac­ceptent pas ces re­for­mu­la­tions et en pro­fitent pour dé­cré­di­bi­li­ser le Ha­mas.

Com­ment dé­fi­nis­sez-vous la vé­ri­table iden­ti­té du Ha­mas?

Le Ha­mas est la branche pa­les­ti­nienne des Frères mu­sul­mans, fon­dés en 1928 par Has­san el-ban­na en Egypte. Pré­sents à Jé­ru­sa­lem dès 1945, ils par­ti­cipent aux com­bats contre les or­ga­ni­sa­tions sio­nistes du­rant la Ière guerre is­raé­lo-arabe en 1947. Le Ha­mas est donc l’hé­ri­tier des Frères qui ont pri­vi­lé­gié l’is­la­mi­sa­tion de la so­cié­té à la lutte ar­mée. Puis, pous­sé par le contexte du sou­lè­ve­ment de 1987, c’est de­ve­nu un mou­ve­ment de ré­sis­tance à Is­raël sous le la­bel Ha­mas.

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