LA SCÈNE BOUILLONNE LES FEMMES TRIOMPHENT

Le Mensuel Magazine - - Théâtre -

Il ne s’agit pas d’un acte fé­mi­niste, mais d’une consta­ta­tion qui s’im­pose. Long­temps can­ton­né à une his­toire mas­cu­line, tout comme la langue, la mu­sique et la lit­té­ra­ture, le théâtre à Bey­routh se ra­conte au fé­mi­nin. Sur et der­rière la scène, une his­toire de femmes, au mo­ment où l’ac­ti­vi­té théâ­trale n’a ja­mais été aus­si bouillon­nante, gra­vi­tant au­tour des cé­lé­bra­tions des 20 ans du théâtre al-ma­di­na, en pas­sant par Ka­fas, au Mé­tro al-ma­di­na, de salle comble en ta­page mé­dia­tique… le théâtre est sur toutes les lèvres. Avec la femme comme prin­ci­pal pôle d’at­trac­tion.

De dé­jà, où les co­mé­diennes tentent d’ex­tir­per leurs corps des pri­sons où la so­cié­té pa­triar­cale les a en­fer­mées, à tra­vers les mots de Jou­ma­na Had­dad et la mise en scène de Li­na Abyad. A tra­vers le re­gard du pu­blic, cu­rieux et avide du geste de­ve­nu acte, par-de­là le rire du pu­blic et la pro­vo­ca­tion, dans une ten­ta­tive de li­bé­ra­tion, d’une vo­lon­té de le­ver le joug, sur cette «bombe à re­tar­de­ment entre nos jambes».

CA­BA­RET OU CHAN­SON­NIER. D’une scène à une autre, at­ter­ris­sage au Tea­tro Ver­dun, entre di­ver­tis­se­ment, style chan­son­nier ou ca­ba­ret, la scène ac­cueille Es­mé Ju­lia, créa­tion de Ye­hya Ja­ber, por­tée par An­jo Ri­hane. Un hom­mage à la femme. Une chiite dont le com­bat se si­tue sur plu­sieurs fronts, même s’il est ra­me­né à une lutte contre la ma­la­die. La pièce se rap­proche d’un ques­tion­ne­ment au­tour de la trans­mis­sion des mal­heurs de la mère à la fille, de la tante à la nièce. Cette trans­mis­sion entre femmes es­telle des­ti­née à être per­pé­tuel­le­ment vé­cue par nos so­cié­tés dans le sys­tème fa­mi­lial qui la condi­tionne? Faut-il s’en af­fran­chir? Et com­ment? Par la culpa­bi­li­té, comme le sug­gère M. Ja­ber. Par quels autres moyens une mère peu­telle re­fu­ser de voir sa fille por­ter le même far­deau qu’elle? La ques­tion reste tout aus­si ai­guë que la ré­ponse in­cer­nable, loin de toute por­tée phi­lo­so­phique, au coeur d’une so­lu­tion so­ciale, ur­gente. Et la femme s’in­carne dans ses mul­tiples fa­cettes sur le vi­sage de Ha­nane Ha­jj Ali, son Jog­ging ma­ti­nal, pré­sen­té à Sta­tion, qui nous em­mène de sa propre vie, co­mé­dienne et ci­toyenne li­ba­naise dans la cin­quan­taine, femme, épouse et mère, aux rôles qu’elle rêve d’in­car­ner, ce­lui de Mé­dée en tête, et les ques­tions qui la ta­raudent, sur son être femme, sur ce qui pousse «une femme qui a tout pour être heu­reuse à mettre, d’un coup, fin à sa vie»… sur son être mère et cette «(im­pos­si­bi­li­té) qu’une mère puisse tuer ses en­fants»…

Au-de­là du bien-fon­dé, de la qua­li­té ou de l’es­sence de chaque pièce, la scène ne peut re­tour­ner à ses racines que par la vo­lon­té du pu­blic et son dé­sir d’al­ler au-de­là de la théâ­tra­li­té, vers un en­ga­ge­ment so­cial. Il n’est ja­mais simple spec­ta­teur. Il est ac­teur, res­pon­sable. C’est là que s’achève le théâtre, c’est là que tout com­mence.

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