TA­RIFS FIXES?

Le Mensuel Magazine - - Société -

Les ta­rifs varient entre 50 et 200 $, se­lon la na­tio­na­li­té du dra­gueur.

qui l’at­tend. Les dés sont je­tés; les deux pro­ta­go­nistes sont sa­tis­faits du mar­ché conclu. Ah­mad est sy­rien. Il tra­vaille le jour comme gar­çon à tout faire dans une ga­le­rie d’art. C’est là que je l’ai ren­con­tré et, au fil des jours, nous sommes de­ve­nus proches, au point où il m’a ré­vé­lé le lourd se­cret de ses ac­ti­vi­tés noc­turnes. «La pros­ti­tu­tion mas­cu­line nous a sau­vé la vie». Qui nous? «Une bande de jeunes gar­çons li­ba­nais, sy­riens et ira­kiens, qui ar­rivent à peine à joindre les deux bouts», me confie-t-il. Ahed, un Li­ba­nais, me ra­conte presque la même his­toire. Toutes les nuits, il ar­pente les ruelles de De­koua­né, chan­geant d’adresse seule­ment quand la po­lice le traque, y re­ve­nant après avoir payé les pots-de-vin né­ces­saires. Mais son ta­rif est plus éle­vé que son ca­ma­rade sy­rien. «C’est sys­té­ma­ti­que­ment entre 100 et 200 dol­lars la passe», dit-il. Ali, le jeune Ira­kien au re­gard de biche, s’est très vite in­té­gré au sys­tème et son lieu pri­vi­lé­gié est Raou­ché, où ses nuits sont tou­jours fruc­tueuses.

«Chaque groupe a son point de pré­di­lec­tion pour dra­guer, confie Ah­mad. Il y en a qui choi­sissent les ham­mams et chassent par­mi les ha­bi­tués de l’éta­blis­se­ment. Le dan­ger dans ces lieux est de se faire ar­rê­ter lors des des­centes de po­lice, nom­breuses et im­pré­vi­sibles, et d’être obli­gé de dis­tri­buer la moi­tié des gains aux of­fi­ciers. De plus, les clients qui y viennent n’ont pas beau­coup de moyens. D’autres optent pour les lieux pu­blics comme les bars, les boîtes de nuit, les ca­fés, les plages… Là, on peut tom­ber sur des hommes de tous les mi­lieux, de classe moyenne ou ai­sée. Ils sont gé­né­ra­le­ment cé­li­ba­taires, as­soif­fés d’aven­tures sans len­de­main et prêts à dé­lier la bourse. Le sou­ci dans de tels en­droits, c’est qu’il faut, en tant que pros­ti­tué, avoir les moyens de payer l’en­trée et un mi­ni­mum d’édu­ca­tion pour ne pas se faire re­pé­rer. Et puis, il y a ceux qui, comme moi, optent pour la pros­ti­tu­tion de rue, de pro­me­nade ou de par­king. L’avan­tage, c’est qu’il est dif­fi­cile de se faire re­pé­rer puis­qu’on peut chan­ger de lieu chaque nuit et tom­ber sur des hommes qui ne dis­cutent pas le prix, du fait qu’ils sont par­fois ma­riés et qu’ils ap­pré­cient l’ano­ny­mat to­tal de ces ren­contres. Il y a aus­si la pros­ti­tu­tion par le biais des ré­seaux so­ciaux et d’ap­pli­ca­tions pour smart­phones, très po­pu­laires, per­met­tant de trou­ver ra­pi­de­ment des par­te­naires dans le coin. Des ap­pli­ca­tions que nous ne nom­me­rons

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