L’HIS­TOIRE

Le Mensuel Magazine - - Revisitée -

En sou­te­nant la can­di­da­ture du gé­né­ral Mi­chel Aoun, Saad Hariri a fait preuve d’un «cou­rage ex­cep­tion­nel».

(as­sas­si­nés res­pec­ti­ve­ment en 1989 et 1988) et d’autres per­son­na­li­tés sun­nites. «La Ren­contre re­pré­sen­tait l’islam mo­dé­ré, ou­vert à toutes les com­mu­nau­tés, dé­clare le mi­nistre. Elle adhé­rait par­fai­te­ment à l’idée de la li­ba­ni­té, était en har­mo­nie avec les Arabes et hos­tile à Is­raël». L’équa­tion dé­fen­due par la Ren­contre is­la­mique était la sui­vante, ajoute M. Machnouk: «L’arabité du Li­ban ne passe pas for­cé­ment et uni­que­ment par la Sy­rie et elle ne se ma­ni­feste pas se­lon les condi­tions du ré­gime sy­rien. Nous avions en com­mun avec les Pa­les­ti­niens le sou­ci per­ma­nent de nous dé­bar­ras­ser de la tu­telle sy­rienne. Notre re­la­tion avec la Sy­rie ré­pond aux réa­li­tés géo­gra­phiques et his­to­riques. Mais ce­la ne si­gni­fie pas qu’il faille ac­cep­ter la tu­telle de ses ser­vices de ren­sei­gne­ments sur les moindres dé­tails de la vie po­li­tique in­terne et ex­té­rieure».

Son ex­pé­rience au sein de la Ren­contre is­la­mique a contri­bué à for­ger ses convic­tions in­dé­pen­dan­tistes. «Les dix re­com­man­da­tions sun­nites et chiites, si­gnés par le muf­ti Has­san Khaled et le pré­sident Hus­sein Hus­sei­ni, étaient très clairs, se sou­vient Nouhad Machnouk. Les mu­sul­mans aban­don­naient l’idée de l’uni­té arabe et les chré­tiens ces­saient de dire qu’ils ne sont pas arabes».

Ta­kied­dine el-solh a, sans conteste, pro­fon­dé­ment mar­qué le jour­na­liste tren­te­naire du­rant la pé­riode qu’il ap­pelle «la di­zaine de l’op­po­sant»: «Ta­ki bey m’a dit, un jour, que l’in­dé­pen­dance du Li­ban est une cause dé­fen­due par les chré­tiens. Car, chaque fois que les mu­sul­mans courent der­rière le rêve

LA RE­LA­TION AVEC AOUN. Dans le contexte des an­nées 80, le dis­cours in­dé­pen­dan­tiste du gé­né­ral Mi­chel Aoun trouve des échos fa­vo­rables au sein d’une par­tie de l’élite mu­sul­mane, no­tam­ment sun­nite. «J’ap­puyais tout mou­ve­ment de ré­sis­tance contre la tu­telle sy­rienne, dé­clare Nouhad Machnouk. Mi­chel Aoun était un sym­bole, un ré­sis­tant, un mo­bi­li­sa­teur et un ras­sem­bleur. Mais, au bout d’un cer­tain temps, son mou­ve­ment a connu un re­pli com­mu­nau­taire». Ce­la ne l’a pas em­pê­ché de main­te­nir le contact avec M. Aoun, avec le sou­tien de Ta­kied­dine el-solh et Na­zem Ka­di­ri. «J’ef­fec­tuais des vi­sites se­crètes au pa­lais de Baab­da sous le nom d’un phar­ma­cien de Furn el-cheb­bak, par­ti­san du gé­né­ral. Je ne me sou­viens plus de son nom; peut-être que le pré­sident s’en rap­pelle en­core. Lors de ces dé­pla­ce­ments, je sé­jour­nais, avec Solh et Ka­di­ri, à l’hô­tel Al-bustan de Beit Me­ry».

La re­la­tion avec le gé­né­ral Aoun s’est pour­sui­vie jus­qu’au bom­bar­de­ment de Bey­routh-ouest, ce fa­meux 14 mars 1989. «J’ai tou­jours des doutes, au­jourd’hui, sur les vé­ri­tables au­teurs de ce pi­lon­nage», sou­ligne le mi­nistre. Du Mi­chel Aoun de l’époque, il garde le sou­ve­nir d’un «mi­li­taire, li­ba­nais au­then­tique, au dis­cours non confes­sion­nel et at­ta­ché à l’etat». «Mais les ma­ro­nites, qui ont joué un rôle es­sen­tiel dans l’édi­fi­ca­tion de l’etat li­ba­nais, as­sument la plus grande res­pon­sa­bi­li­té dans son af­fai­blis­se­ment, à cause de la guerre dite d’éli­mi­na­tion», re­grette-t-il.

«L’ARABITÉ DU LI­BAN NE PASSE PAS FOR­CÉ­MENT PAR LA SY­RIE ET ELLE NE SE MA­NI­FESTE PAS SE­LON LES CONDI­TIONS DU RÉ­GIME SY­RIEN.»

LA REN­CONTRE AVEC HARIRI. C’est en sa qua­li­té de membre de la Ren­contre is­la­mique que Nouhad Machnouk voit, à plu­sieurs re­prises, l’homme d’af­faires Ra­fic Hariri dans les an­nées 80, pour ten­ter de trou­ver avec lui des points com­muns. «Au fond de lui, Ra­fic Hariri a tou­jours été un in­dé­pen­dan­tiste, y com­pris vis-à-vis des Sy­riens, af­firme le mi­nistre. Mais il était réa­liste. Il pen­sait qu’en re­don­nant au Li­ban un grand rôle po­li­ti­co­éco­no­mique et en ren­for­çant sa po­si­tion au

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