PEUR DE L’AVE­NIR IN­CON­NU DANS UN PAYS IN­CON­NU?

Le Mensuel Magazine - - Société -

l’un des bu­reaux, une jeune femme tri­ture avec an­xié­té son sac à main. En face d’elle, un agent lui ex­plique, d’une voix douce, qu’il l’in­ter­ro­ge­ra au cours d’un en­tre­tien qui res­te­ra confi­den­tiel: «Après une vé­ri­fi­ca­tion de votre état ci­vil, nous dis­cu­te­rons en­semble des mo­tifs de votre dé­part de Sy­rie et des rai­sons pour les­quelles vous ne pou­vez pas ren­trer dans votre pays». «Vous pou­vez par­ler en toute li­ber­té; n’ayez pas peur!», la ras­sure-t-il. La porte se re­ferme, l’en­tre­tien se pour­sui­vra à l’abri des oreilles in­dis­crètes.

DE L’ES­POIR. A l’ex­té­rieur du bâ­ti­ment, as­sise sur un banc, Lei­la*, en­tou­rée de ses trois filles âgées de 5, 9 et 10 ans, at­tend son tour, un grand sou­rire af­fi­ché sur son vi­sage et les yeux rem­plis d’es­poir. «Je viens de la ban­lieue de Homs. Nous avons quit­té la Sy­rie, de­puis cinq ans main­te­nant, pour pro­té­ger nos en­fants», ex­plique-t-elle. Après maintes pé­ri­pé­ties pour en­trer au Li­ban, son ma­ri et elle se sont ins­tal­lés, avec leurs trois en­fants, dans un pe­tit ap­par­te­ment de Tri­po­li, qu’ils par­tagent avec trois autres fa­milles. «Notre vie est très pré­caire. Nous de­vons payer 350 dol­lars par mois de loyer et c’est très dif­fi­cile de faire sco­la­ri­ser nos filles». Qu’at­tend-elle de la France? «Je suis très contente à l’idée d’al­ler en France, se ré­jouit Lei­la. C’est un pays de civilisation, de culture, où les gens sont to­lé­rants et où nous pour­rons trou­ver de la sé­cu­ri­té pour nos en­fants». Op­ti­miste, elle ne doute pas que ses filles ap­pren­dront

ra­pi­de­ment le fran­çais pour pour­suivre leurs études stop­pées net par le conflit et trou­ver un mé­tier. Son ma­ri, Has­san*, ma­çon de for­ma­tion, af­fiche aus­si son en­thou­siasme. «La France est belle, ci­vi­li­sée, hu­ma­niste, avan­cet-il, mais je suis prêt à al­ler dans n’im­porte quel pays». Par­fai­te­ment conscient qu’il ne pour­ra pas re­tour­ner de si­tôt en Sy­rie, il re­garde l’ave­nir d’un oeil op­ti­miste. «Mon pays est en guerre. Ce que je veux, c’est re­trou­ver un mé­tier, une mai­son, que ma fa­mille vive en sé­cu­ri­té». L’aî­née des filles, âgée de 10 ans, avoue, quant à elle, sa hâte de re­tour­ner sur les bancs de l’école.

Plus loin, Khaled*, un père de fa­mille au phy­sique mas­sif, est en­tou­ré de ses cinq en­fants, dont un bé­bé d’à peine quelques mois. Il re­vient tout juste de son en­tre­tien avec un agent de l’of­pra. Lui aus­si est ori­gi­naire de Homs et a trou­vé re­fuge, de­puis 2012, à Tri­po­li, où il par­tage un ap­par­te­ment avec quatre fa­milles. «Ici, je n’ai pas de tra­vail stable; nous vi­vons au jour le jour», ex­plique ce Sy­rien qui exer­çait comme sou­deur de fer for­gé dans son pays. «Je veux par­tir d’ici, pour pou­voir don­ner une chance à mes en­fants, une chance d’avoir une vie nor­male, saine, en sé­cu­ri­té». A-t-il quelques ap­pré­hen­sions, à l’idée de s’en­vo­ler dans un pays qu’il ne connaît pas? «Pour­quoi j’au­rais peur? Je viens d’un pays en guerre», ré­pond-il cal­me­ment. «Tant qu’il y a de la jus­tice, je n’ai pas peur». Il confie en­suite avoir dé­jà quelques membres de la fa­mille en Eu­rope. «J’ai dé­jà un cou­sin

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