AU PAYS DES DÉ­CHETS

Dé­chets alu­mi­nium, pa­cka­ging, pa­piers… Chaque an­née, le Li­ban im­porte des di­zaines de tonnes de ma­tières pre­mières pour pro­duire des ob­jets re­cy­clés. Pour­quoi ne pas réuti­li­ser les or­dures pré­sentes sur place? Dans quelle me­sure ce­la est-il fait? Quels so

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On im­porte pour re­cy­cler

Alors que le Li­ban croule lit­té­ra­le­ment sous les dé­chets, la ques­tion se pose de sa­voir pour­quoi les in­dus­triels li­ba­nais du re­cy­clage im­portent des ma­tières pre­mières pour leur pro­duc­tion. Pour An­toun An­drea, consultant en dé­ve­lop­pe­ment et un des au­teurs du rap­port Was­te­less Le­ba­non de UN Ha­bi­tat avec la fon­da­tion Mu­han­na, la ré­ponse est simple. «Les in­dus­triels li­ba­nais ne trouvent pas sur le mar­ché les ma­té­riaux dont ils ont be­soin car toutes ces ri­chesses ne sont pas triées et se retrouvent sou­vent dans les dé­charges! Il est alors moins coû­teux d’im­por­ter la ma­tière pre­mière dé­jà triée de­puis l’étran­ger», dit-il.

S’il est dif­fi­cile de chif­frer le manque à ga­gner pour l’éco­no­mie li­ba­naise, l’ex­pert es­time que les in­dus­triels na­tio­naux dé­pensent chaque an­née des cen­taines de mil­liers de dol­lars pour im­por­ter ces ma­té­riaux.

L’ab­sence de «culture du tri» n’est pas le

seul obs­tacle au dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur au Li­ban, comme l’ex­plique Fa­di Ge­mayel, le pré­sident de l’as­so­cia­tion des in­dus­triels li­ba­nais. «Le re­cy­clage comme l’in­dus­trie en gé­né­ral sont des sec­teurs his­to­ri­que­ment né­gli­gés par le gou­ver­ne­ment, sou­ligne-t-il. Le re­cy­clage dé­pend des ini­tia­tives pri­vées mais l’etat n’oc­troie au­cune sub­ven­tion pour ai­der à son dé­ve­lop­pe­ment, contrai­re­ment à ce qui se fait dans la plu­part des pays concur­rents. Le ré­sul­tat est que le Li­ban perd en com­pé­ti­ti­vi­té et en parts de mar­ché».

MAR­CHÉS PER­DUS. En 2000, le Li­ban pro­dui­sait 40000 tonnes de pa­piers re­cy­clés alors que l’ara­bie saou­dite n’en pro­dui­sait au­cune. Au­jourd’hui, le pays du Cèdre pro­duit 100 000 tonnes de pa­piers re­cy­clés par an, contre un mil­lion pour l’ara­bie saou­dite, se­lon les in­for­ma­tions de Fa­di Ge­mayel, ce qui montre le re­cul de la com­pé­ti­ti­vi­té du Li­ban dans ce sec­teur. «La prin­ci­pale rai­son est que la plu­part des pays de la ré­gion et même d’eu­rope dis­posent de nom­breuses aides et sub­ven­tions de la part de leurs gou­ver­ne­ments res­pec­tifs, no­tam­ment pour cou­vrir les be­soins éner­gé­tiques», mar­tèle Fa­di Ge­mayel, qui sou­ligne des coûts de pro­duc­tion trop éle­vés pour la fi­lière.

«Au Li­ban, le coût de l’éner­gie re­pré­sente entre 30 et 35% du prix fi­nal d’un pro­duit re­cy­clé. Ré­sul­tat: nous per­dons en com­pé­ti­ti­vi­té et nous im­por­tons du pa­pier et des mé­taux alors que nous en avons sur place, sans par­ler du sa­voir-faire his­to­rique du Li­ban en ma­tière de re­cy­clage du pa­pier!».

En 2016, les in­dus­triels li­ba­nais ont ain­si per­du les deux mar­chés que re­pré­sentent la Jor­da­nie, avec 6000 tonnes de pa­piers, et l’irak, avec 10000 tonnes, en rai­son des coûts éle­vés de pro­duc­tion en ma­tière d’éner­gie, mais aus­si des frais de trans­ports. «Bien que nous ayons tout le sa­voir-faire sur place, nous sommes obli­gés d’im­por­ter du pa­pier car ce­la re­vient tout sim­ple­ment moins cher aux in­dus­triels, vu nos coûts de pro­duc­tion et sa­chant qu’il n’existe pas de res­tric­tion à l’im­por­ta­tion», dé­plore Fa­di Ge­mayel.

De son cô­té, An­toine Abou Mous­sa, ex­pert en ges­tion des dé­chets, sou­ligne d’autres fac­teurs comme la baisse des prix du pé­trole, qui in­fluence di­rec­te­ment les prix du plas­tique et des mé­taux. «Les usines de re­cy­clage ont un surplus de ma­tières pre­mières et les prix des pro­duits re­cy­clables sont en baisse, d’où le peu d’in­té­rêt pour l’achat, par les usines de re­cy­clage, de la ma­tière pre­mière lo­ca­le­ment.» Le plus grand obs­tacle au dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur au Li­ban est que le gou­ver­ne­ment ne ma­ni­feste au­cun in­té­rêt à or­ga­ni­ser la fi­lière. La bonne nou­velle est que la crise des dé­chets semble avoir fait évo­luer les men­ta­li­tés et la culture du tri com­mence à se dé­ve­lop­per chez les Li­ba­nais. «De­puis la crise des dé­chets, nous avons re­mar­qué une hausse du tri, note Fa­di Ge­mayel. Nous dis­po­sons ain­si 25% de ma­tière pre­mière sup­plé­men­taire, cou­plée à un in­ves­tis­se­ment de 16 mil­lions de dol­lars pour aug­men­ter nos ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion, nous avons pu ac­croître notre pro­duc­tion de 50% de­puis 2013.»

PRISE DE CONSCIENCE La crise des dé­chets a eu un im­pact po­si­tif au ni­veau du tri.

COÛTS ÉLE­VÉS ET MANQUE DE COM­PÉ­TI­TI­VI­TÉ Avec une fac­ture éner­gé­tique qui re­pré­sente entre 30 et 35% du prix fi­nal d’un ob­jet, plu­sieurs mar­chés d’im­por­tance échappent aux in­dus­triels li­ba­nais.

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