LE HEZ­BOL­LAH EN SY­RIE

Ac­teur es­sen­tiel du conflit sy­rien, le Hez­bol­lah y a rem­por­té de nom­breuses ba­tailles, à Qous­sayr, au Qa­la­moun, à Homs, Za­ba­da­ni et, plus ré­cem­ment, à Alep, re­prise en dé­cembre par l’ar­mée sy­rienne et ses al­liés. Quelle est l’étape à ve­nir pour le Hez­boll

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR MO­NA ALAMI

Par­ti pour res­ter

Lors d’une ré­cente ren­contre avec des com­man­dants du Hez­bol­lah, le se­cré­taire gé­né­ral du par­ti, sayyed Has­san Nas­ral­lah, au­rait or­don­né à ses hommes de re­prendre la ville d’alep aus­si ra­pi­de­ment que pos­sible, même au prix de «10000 mar­tyrs», a rap­por­té un chef mi­li­taire du Hez­bol­lah, que l’on nom­me­ra Abou Ali pour pro­té­ger son ano­ny­mat, dans une en­tre­vue avec Ma­ga­zine.

As­sié­gée de­puis 2012, la deuxième plus grande ville de la Sy­rie fi­nit par tom­ber le 22 dé­cembre entre les mains des forces al­liées au ré­gime. Les rebelles se­ront trans­fé­rés, avec leurs fa­milles, vers le nord du pays. La vic­toire du ré­gime donne lieu à un ac­cord tur­co-russe pré­voyant un ces­sez-le feu, sui­vi de la ren­contre d’astana, la ca­pi­tale ka­za­khe, entre les pro­ta­go­nistes. Le gou­ver­ne­ment turc, pro­tec­teur des rebelles, ré­clame le re­trait de toutes les forces étran­gères, dont le Hez­bol­lah li­ba­nais. «Tous les com­bat­tants étran­gers doivent quit­ter la Sy­rie. Le Hez­bol­lah doit re­ga­gner le Li­ban», a exi­gé le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Mev­lut Ca­vu­so­glu. Cette condi­tion est re­je­tée par l’iran. Un haut conseiller du chef su­prême ira­nien Ali Kha­me­nei a ain­si dé­cla­ré que la Ré­pu­blique is­la­mique ne re­ti­re­ra ja­mais son sou­tien au «front de la Ré­sis­tance», et conti­nue­ra

de sou­te­nir le ré­gime de Ba­char al-as­sad. Lors d’une ren­contre avec l’an­cien Pre­mier mi­nistre ira­kien Nou­ri al-ma­li­ki à Té­hé­ran, Ali Ak­bar Ve­laya­ti, qui est éga­le­ment le chef du Centre ira­nien pour la re­cherche stra­té­gique, a re­je­té des rap­ports sug­gé­rant que les com­bat­tants du Hez­bol­lah quit­te­raient la Sy­rie après le ces­sez-le-feu, les qua­li­fiant de «pro­pa­gande en­ne­mie».

IDLEB PRO­CHAINE CIBLE. Au Li­ban, des res­pon­sables du Hez­bol­lah nient toute in­ten­tion de quit­ter la Sy­rie. «Nous main­tien­drons notre pré­sence car il (le ré­gime de Da­mas, ndlr) a be­soin de nous», es­time Abou Ali. Un autre com­bat­tant, que l’on ap­pel­le­ra Hus­sein, pré­cise: «Nous n’aban­don­ne­rons pas les po­si­tions stra­té­giques que nous oc­cu­pons ac­tuel­le­ment en Sy­rie. Voyez ce qui s’est pas­sé à Tell Na­bi Man­dib, dans la ré­gion de Homs. Nous avons cap­tu­ré cette col­line stra­té­gique à plu­sieurs re­prises et elle a sans cesse été per­due par les forces du ré­gime. Nous ne quit­te­rons plus la Sy­rie main­te­nant que nous y sommes dé­ployés».

Le Hez­bol­lah et l’iran semblent dé­ter­mi­nés à pour­suivre leur double mis­sion en Sy­rie vi­sant à ren­for­cer le ré­gime du pré­sident As­sad et à re­ga­gner le contrôle to­tal du ter­ri­toire sy­rien. Se­lon le site ira­nien Press TV, le ré­gime sy­rien au­rait envoyé des élé­ments de la Garde ré­pu­bli­caine et du Hez­bol­lah à Deir Ez­zor pour ten­ter de des­ser­rer l'étau ins­tau­ré par le groupe État is­la­mique (EI) à l’en­clave de 30 ki­lo­mètres car­rés contrô­lée par l’ar­mée sy­rienne. L’ar­mée a dé­pê­ché des ren­forts vers l’aé­ro­port mi­li­taire de Deir Ez­zor, to­ta­le­ment en­cer­clé par les ji­ha­distes. Le com­man­dant Abou Ali af­firme ce­pen­dant que la pro­chaine ba­taille se­ra celle de la re­prise d’idleb. «Nous ap­pli­que­rons la stra­té­gie adop­tée à Alep en bom­bar­dant les «ter­ro­ristes» et en res­ser­rant de plus en plus l’étau au­tour d’eux», af­firme-t-il. Pour ce qui est de la Ghou­ta, dans la pé­ri­phé­rie de Da­mas, le com­man­dant et le sol­dat du Hez­bol­lah es­timent tous deux qu’une ba­taille ne se­ra sans doute pas né­ces­saire, le siège qui se pour­suit ayant af­fai­bli les rebelles.

«La si­tua­tion mi­li­taire dans le Sud est éga­le­ment en notre fa­veur. Que reste-t-il des rebelles là-bas, d’au­tant plus que la Jor­da­nie leur a retiré son sou­tien? Des ac­cords de ré­con­ci­lia­tion nous per­met­tront de re­prendre cette par­tie du ter­ri­toire», as­sure Abou Ali. C’est à Ra­q­qa et Deir Ez­zor que se joue­ra la ba­taille fi­nale du ré­gime et du Hez­bol­lah en Sy­rie, se­lon Abou Ali. «Ces ré­gions sont en grande par­tie dé­ser­tiques. Les bom­bar­de­ments aé­riens fa­ci­li­te­ront notre pro­gres­sion et nous ne se­rons pas confron­tés à une gué­rilla, comme ce fut le cas à Alep», sou­ligne Abou Ali.

UN RÔLE RÉ­GIO­NAL. La guerre de Sy­rie per­pé­tue au­jourd’hui le rôle ré­gio­nal du Hez­bol­lah. Se­lon les com­bat­tants, le par­ti li­ba­nais for­me­rait en Sy­rie, au Li­ban et en Irak, des com­bat­tants de na­tio­na­li­tés mul­tiples. Plus de 120000 élé­ments au­raient été éga­le­ment en­trai­nés au­tour de Da­mas par le par­ti de Dieu. Ce der­nier for­me­rait éga­le­ment des Ira­kiens et des Hou­this dans les camps du Li­ban et d’irak. Des cadres du Hez­bol­lah ap­por­te­raient éga­le­ment leur sou­tien aux Uni­tés de mo­bi­li­sa­tion po­pu­laire (Ha­shd al­chaa­bi ira­kien), com­bat­tant sur le front de Mos­soul. Des membres du Hez­bol­lah se­raient éga­le­ment dé­ployés au Yé­men. Se­lon une source proche du par­ti, des com­bat­tants hou­this, bles­sés lors de la guerre du Yé­men, se­raient éga­le­ment soi­gnés au Li­ban. Une in­for­ma­tion que Ma­ga­zine n’a pu ce­pen­dant confir­mer.

Un désen­ga­ge­ment du Hez­bol­lah de Sy­rie dans l’ave­nir proche ne semble donc pas en­vi­sa­geable pour le mo­ment. «Le Hez­bol­lah ne quit­te­ra pas la Sy­rie avant qu’une so­lu­tion claire n’ait lieu, sau­ve­gar­dant les in­té­rêts de l’iran», com­mente le jour­na­liste et ana­lyste Ha­zem al-amine. La vic­toire d’alep a éga­le­ment four­ni au par­ti une jus­ti­fi­ca­tion à sa po­li­tique ré­gio­nale au­près de sa base po­pu­laire, ce qui lui as­sure une marge de ma­noeuvre plus im­por­tante au ni­veau lo­cal. «La guerre en Sy­rie a éga­le­ment soulagé la po­pu­la­tion du Sud avec l’apai­se­ment du front li­ba­nais avec Is­raël», conclut l’ana­lyste.

Ac­teur in­con­tour­nable du conflit qui se joue en Sy­rie, le Hez­bol­lah a par­ti­ci­pé à de nom­breuses ba­tailles. Que se­ra la pro­chaine étape? Par­ti­ra-t-il de Sy­rie?

DER­NIER ROUND

C'est à Ra­q­qa et Deir Ez­zor que se joue­ra la ba­taille fi­nale.

REN­FOR­CER LE RÉ­GIME

C'est la mis­sion que se sont fixé le Hez­bol­lah et l'iran.

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