JÉ­RÔME TIXIER, VI­CE­PRÉ­SIDENT DES RH DU GROUPE L'ORÉAL

JÉ­RÔME TIXIER VICE-PRÉ­SIDENT DES RH DE L’ORÉAL

Le Mensuel Magazine - - Sommaire -

A la re­cherche de ta­lents créa­tifs et en­tre­pre­neurs

Quelle est la rai­son de votre ve­nue au Li­ban?

Il s’agit de ma pre­mière vi­site. Je suis ve­nu ren­con­trer les col­la­bo­ra­teurs de la fi­liale Le­vant, com­po­sée de 400 per­sonnes, les connaître, dis­cu­ter avec eux, afin de cer­ner leurs at­tentes en­vers l’en­tre­prise et tra­vailler avec eux sur leur dé­ve­lop­pe­ment de car­rière, mais aus­si ce­lui de la zone et de L’oréal Le­vant.

Quelle est l’im­por­tance de la fi­liale Le­vant pour la ré­gion?

Tout d’abord, c’est une fi­liale où il y a des ta­lents que l’on peut ex­por­ter dans le Golfe ou dans le Moyen-orient en gé­né­ral, car il y a ici de bonnes uni­ver­si­tés, avec L’AUB, L’USJ, L’ESA… Ce sont des pro­fils très bien for­més. De plus, les qua­li­tés d’en­tre­prise, d’agi­li­té, d’adap­ta­bi­li­té des Li­ba­nais ne sont plus à dé­mon­trer. Ce sont des pro­fils très in­ter­na­tio­naux, à l’aise par­tout, puisque l’on a au­jourd’hui 170 Li­ba­nais qui tra­vaillent chez L’oréal, dans le monde, en de­hors du Li­ban.

Quel est le pro­fil du can­di­dat idéal pour L’oréal?

Ce que l’on re­cherche, de ma­nière gé­né­rale, ce sont des jeunes qui sont à la fois «poètes et paysans». C’est-à-dire qui ont une di­men­sion créa­tive, en étant en même temps en­tre­pre­neurs, les pieds sur terre et ca­pables de s’adap­ter. Des jeunes qui sont pas­sion­nés, prêts à prendre des res­pon­sa­bi­li­tés, à l’aise dans dif­fé­rents mi­lieux cultu­rels. On trouve ce pro­fil chez beau­coup de Li­ba­nais, du fait du contexte his­to­rique, po­li­tique, etc.

Il y a très peu de turn-over chez L’oréal. Com­ment faites-vous pour re­te­nir vos em­ployés?

Les nou­velles gé­né­ra­tions sont in­té­res­sées non seule­ment par la per­for­mance de l’en­tre­prise, mais aus­si par la fa­çon dont une so­cié­té se com­porte. Elles ont beau­coup d’as­pi­ra­tions. De voir un groupe comme le nôtre qui fait de très gros ef­forts sur le plan du dé­ve­lop­pe­ment du­rable, avec par exemple le pro­gramme

Sha­ring beau­ty with all, qui agit sur notre consom­ma­tion d’éner­gie, dé­ve­loppe l’em­ploi in­di­rect dans les com­mu­nau­tés où nous sommes pré­sents, etc., c’est très ins­pi­rant pour les jeunes. Quand on dé­ve­loppe 600 000 em­plois in­di­rects dans le monde, c’est très mo­ti­vant pour les jeunes. Ils sont aus­si très sen­sibles sur l’éthique, ob­servent le com­por­te­ment de l’en­tre­prise dans la so­cié­té. L’oréal est une des so­cié­tés les plus éthiques au monde, se­lon plu­sieurs clas­se­ments in­ter­na­tio­naux. Il n’y a pas de per­for­mance éco­no­mique sans per­for­mance so­ciale.

Vous avez mon­té le pro­gramme Share & Care pour les em­ployés. De quoi s’agit-il?

Il y a 4 ans, nous avons mon­té ce pro­gramme pour l’en­semble de nos col­la­bo­ra­teurs, l’idée étant de les pro­té­ger, par­tout dans le monde, contre les aléas de la vie. Il y a quatre pi­liers: une as­su­rance vie, qui pré­mu­nit les ayants­droits; un deuxième pi­lier sur la san­té, pour les pro­té­ger et leur as­su­rer un mi­ni­mum de rem­bour­se­ments; un troi­sième pi­lier re­la­tif à la pa­ren­ta­li­té, où l’on a mis en place par­tout dans le monde un stan­dard mi­ni­mum de 14 se­maines de congé ma­ter­ni­té payé et au moins trois jours de pa­ren­ta­li­té par­tout. Par exemple, au Li­ban, on est pas­sé d’un an à deux ans de pro­tec­tion so­ciale, on est pas­sé à 14 se­maines de congé ma­ter­ni­té payé à 100%, on ré­flé­chit éga­le­ment à pro­po­ser des ho­raires flexibles pour les mères de re­tour de ma­ter­ni­té. Le qua­trième pi­lier, ap­pe­lé «En­joy», porte sur la qua­li­té de vie au tra­vail. Toutes nos fi­liales prennent des ini­tia­tives dans cew do­maine. Il peut s’agir de flexi­bi­li­té au tra­vail, de té­lé­tra­vail… Nous avons été la pre­mière so­cié­té dans le monde à mon­ter un tel pro­gramme d’in­no­va­tion so­ciale, qui s’ap­plique à l’en­semble des col­la­bo­ra­teurs per­ma­nents dans le monde. Les jeunes en pro­fitent et ça les fi­dé­lise aus­si.

En 2012, vous vous don­niez 10 ans pour dou­bler vos ef­fec­tifs dans les pays émer­gents. Où en êtes-vous au­jourd’hui?

Notre ob­jec­tif est de dou­bler notre nombre de consom­ma­teurs de 1 à 2 mil­liards. Pour par­ve­nir à ce­la, nous de­vons dé­ve­lop­per des ta­lents lo­caux par­tout dans le monde. Pour réus­sir cette po­li­tique d’uni­ver­sa­li­sa­tion, comme l’a dé­fi­ni notre Pdg Jean-paul Agon, il faut avoir des marques glo­bales et s’adap­ter aux at­tentes des consom­ma­trices dans leur di­ver­si­té, avoir des équipes lo­cales ca­pables de ré­pondre à ces at­tentes et de dé­ve­lop­per des pro­duits spé­ci­fiques.

Qu’est-ce que l’ère du di­gi­tal a chan­gé dans la stra­té­gie de L’oréal et dans le re­cru­te­ment?

Nous sommes pas­sés de 200 per­sonnes dans le sec­teur di­gi­tal en 2010 à 1350 en 2016. C’est un mé­tier que nous avons dé­cou­vert, donc nous avons dû me­ner une po­li­tique de RH spé­ci­fique pour mieux dé­fi­nir les com­pé­tences né­ces­saires pour y réus­sir. Vous avez des spé­cia­listes du CRM, de la da­ta, du di­gi­tal mar­ke­ting, du e-com­merce, des so­cial me­dia. Une fois ces ta­lents re­cru­tés, il faut leur ap­por­ter les pers­pec­tives de dé­ve­lop­pe­ment de car­rière, construire des or­ga­ni­sa­tions. Nous avons créé une fonc­tion RH spé­ci­fique pour la po­pu­la­tion di­gi­tale dans le groupe, avec une Chief Di­gi­tal Of­fi­cer au sein du Co­mi­té exé­cu­tif de L’oréal et un res­pon­sable RH mon­dial pour gé­rer ces 1400 per­sonnes. Nous avons fait évi­dem­ment beau­coup d’in­ves­tis­se­ments. Nous avons com­men­cé par faire des «lear­ning ex­pe­di­tion», avec l’en­semble du Co­mi­té exé­cu­tif qui est par­ti l’an der­nier une se­maine en Ca­li­for­nie. Nous avons mis en place aus­si du Re­verse mo­to­ring, avec des jeunes tu­teurs di­gi­taux qui nous forment. Nos 1 350 top di­ri­geants ont été for­més avec un pro­gramme de cas di­gi­taux, nos 5 000 mar­ke­teurs ont eu un pro­gramme spé­ci­fique de mar­ke­ting di­gi­tal mon­té en par­te­na­riat avec General As­sem­bly (spé­cia­liste de la for­ma­tion nu­mé­rique, ndlr).

Nous conce­vons aus­si, pour les étu­diants, un test d’une heure en ligne, en par­te­na­riat avec Google, General As­sem­bly et Duke Uni­ver­si­ty, sur les connais­sances di­gi­tales, pour tous les jeunes can­di­dats au mar­ke­ting. Nous ne pou­vons plus échap­per au di­gi­tal. Ce sont de nou­veaux mé­tiers, de nou­velles com­pé­tences, mais qui doivent dé­pas­ser la fonc­tion di­gi­tale et par­ti­ci­per au dé­ve­lop­pe­ment l’en­tre­prise.

L’ap­proche du consom­ma­teur change-t-elle?

Ce­la change aus­si notre ap­proche du consom­ma­teur. Dans nos in­ves­tis­se­ments mé­dias, au­jourd’hui, nous dé­dions une

part im­por­tante aux ré­seaux so­ciaux, entre 25 et 30% sont dans le di­gi­tal.

Pou­vez-vous nous par­ler de l’in­cu­ba­teur mis au point à San Fran­cis­co?

L’in­no­va­tion au­jourd’hui est par­tout. L’un de nos axes de dé­ve­lop­pe­ment au­jourd’hui c’est la cos­mé­tique connec­tée, c’est-à-dire uti­li­ser des ob­jets pour fa­ci­li­ter le diag­nos­tic par la consom­ma­trice. Nous avons dé­ve­lop­pé à San Fran­cis­co une an­tenne de nos la­bo­ra­toires, qui tra­vaille sur des ob­jets connec­tés. Nous avons fait un patch so­laire an­ti-uv pour me­su­rer l’ex­po­si­tion so­laire, connec­té au smart­phone et qui per­met de connaître l’ex­po­si­tion au so­leil pour choi­sir le bon in­dice de pro­tec­tion so­laire. Il ar­ri­ve­ra d’ailleurs au Li­ban cette an­née. Nous ve­nons de sor­tir aus­si un nou­veau pro­duit, une brosse connec­tée qui me­sure en live l’état du che­veu et ren­seigne la consom­ma­trice sur ce qu’elle doit faire.

Al­lez-vous es­sai­mer ce type d’in­cu­ba­teur un peu par­tout dans le monde?

Non, mais nous avons 3 500 cher­cheurs, et en tant que lea­der mon­dial de la beau­té, nous sommes très tour­nés vers l’in­no­va­tion. C’est notre mis­sion d’ap­por­ter la beau­té pour tous, en al­liant qua­li­té, sé­cu­ri­té et un bon rap­port qua­li­té/prix. Pour nour­rir ces in­no­va­tions, nous avons ces la­bo­ra­toires et des ac­cords de par­te­na­riat avec des uni­ver­si­tés, des la­bo­ra­toires de re­cherche, cette an­tenne dans la Si­li­con Val­ley, un la­bo­ra­toire en France, qui fait de la re­cherche sur de la peau re­cons­ti­tuée, afin de s’as­su­rer de l’in­no­cui­té de nos pro­duits.

Pas­sion, in­no­va­tion, res­pon­sa­bi­li­té et en­tre­pre­na­riat sont des va­leurs-clés de L’oréal. Com­ment y faire car­rière?

Nous avons plus de 32 marques, concen­trées uni­que­ment sur le mé­tier de la beau­té, donc nous avons ce que l’on ap­pelle, en termes d’organisation, une flot­tille de pe­tits ba­teaux. Vous avez la pos­si­bi­li­té, as­sez vite, de prendre des com­man­de­ments. Par exemple, au Li­ban, vous avez une Di­vi­sion Cos­mé­tique ac­tive, une Di­vi­sion Luxe, une Di­vi­sion Pro­duits pro­fes­sion­nels, etc, et cha­cune est pi­lo­tée comme des pe­tits ba­teaux par des en­tre­pre­neurs. Comme nous sommes dans des struc­tures de taille hu­maine, ce­la per­met de don­ner as­sez vite des res­pon­sa­bi­li­tés à des jeunes. Au Li­ban, la moyenne d’âge est de 35 à 39 ans. On peut grim­per les éche­lons ra­pi­de­ment. On peut faire des par­cours croi­sés, mul­ti­plier les ex­pé­riences dans les dif­fé­rentes di­vi­sions. Chaque an­née, il y a au moins deux Ta­lent ma­na­ge­ment mee­ting, des feed­back d’en­tre­tiens avec nos em­ployés, por­tant sur leurs per­for­mances mais aus­si sur leurs at­tentes de dé­ve­lop­pe­ment de car­rière, de son plan de for­ma­tion.

La mo­bi­li­té est-elle une qua­li­té exi­gée?

Ce­la dé­pend. Quel­qu’un qui est au Li­ban peut y res­ter, tout en chan­geant de di­vi­sion, de fonc­tion, nous sommes très ou­verts aux per­sonnes qui passent du mar­ke­ting à la com­mu­ni­ca­tion, au com­mer­cial, pour com­plé­ter leur ex­pé­rience. Si l’on veut exer­cer des res­pon­sa­bi­li­tés im­por­tantes, une ex­pé­rience in­ter­na­tio­nale est une bonne chose. Nous avons au­jourd’hui 1 000 ex­pa­triés, dont 47% de femmes et 53% d’hommes, c’est très équi­li­bré. Au sein du co­mi­té de L’oréal Le­vant, il y a aus­si 66% de femmes et 33% d’hommes. C’est une vo­lon­té du groupe L’oréal. De même, au sein du Co­mi­té exé­cu­tif, nous avons un tiers de femmes.

Cette di­men­sion de res­pon­sa­bi­li­té so­ciale est-elle in­con­tour­nable au­jourd’hui?

Oui, nous sommes très at­ta­chés à la di­ver­si­té en gé­né­ral, car c’est une source de ri­chesse. Ce­la gé­nère de la per­for­mance éco­no­mique, ce n’est pas uni­que­ment pour être exem­plaire visà-vis des sta­ke­hol­ders, c’est aus­si parce qu’on pense que cette di­ver­si­té par­ti­cipe à la bonne per­for­mance de l’en­tre­prise.

Il s’agit aus­si de sé­duire les Mille­nials?

Oui, car toute cette jeune gé­né­ra­tion a des idéaux, des as­pi­ra­tions. Si vous vou­lez les at­ti­rer et les re­te­nir, il faut leur don­ner de l’ex­po­si­tion, qu’ils puissent contri­buer, ils ont be­soin de s’in­ves­tir. Au­jourd’hui, ils sont sur­in­for­més, très cu­rieux, as­sez in­dé­pen­dants, plus di­rects, avec ce be­soin de par­ti­ci­per à la cons­truc­tion du monde qui les en­toure. D’ailleurs, au Li­ban, j’ai or­ga­ni­sé des tables rondes avec des jeunes, pas­sé du temps avec chaque col­la­bo­ra­teur. Nous sommes fondamentalement tour­nés vers l’hu­main. Cette tra­di­tion de mettre l’homme au centre de l’en­tre­prise re­monte à l’es­prit de notre fon­da­teur, il y a 110 ans. Chaque an­née, je prends mon bâ­ton de pè­le­rin, je fais une dou­zaine de pays avec pas loin d’un mil­lier d’en­tre­tiens in­di­vi­duels.

Jé­rôme Tixier, vice-pré­sident des res­sources hu­maines du groupe L’oréal et conseiller de Jean-paul Agon, était à Bey­routh dé­but jan­vier pour ren­con­trer les équipes de L’oréal Le­vant.

Ma­ga­zine l’a ren­con­tré.

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