BU­REAUX

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR SORAYA HAMDAN

La tendance du «co-wor­king» dé­barque au Li­ban

En pé­riode de crise, l’éco­no­mie du par­tage a le vent en poupe et l’im­mo­bi­lier n’échappe pas à la tendance. La hausse ful­gu­rante du nombre de tra­vailleurs in­dé­pen­dants au Li­ban, en­cou­rage ain­si le dé­ve­lop­pe­ment des bu­reaux par­ta­gés

(les es­paces de co-wor­king). Ex­pli­ca­tions.

Un ha­mac sus­pen­du en ex­té­rieur, un coin lec­ture amé­na­gé dans l’es­pace de tra­vail com­mun et même une ma­chine de sport près de l’ate­lier de cal­li­gra­phie, font presque ou­blier qu’ici, les gens sont là pour tra­vailler. C’est tout le con­cept de Sub­ma­rine, un nou­vel es­pace de co-wor­king inau­gu­ré au mois de dé­cembre der­nier dans le quar­tier Unes­co, à Bey­routh.

La créa­trice du lieu, Yas­mi­na Sa­kr, vou­lait en faire «un es­pace de tra­vail où les gens pour­raient collaborer, sans être for­cés de le faire», se­lon ses termes.

«L’idée est ve­nue de ma­nière spon­ta­née, ra­conte-elle. J’ai re­mar­qué que beau­coup de free­lan­cers au Li­ban étaient un peu comme des no­mades: ils in­ves­tissent les ca­fés pour tra­vailler. J’avais ce grand es­pace vide en des­sous de mon en­tre­prise. Pour­quoi ne pas en faire un es­pace de tra­vail par­ta­gé, où des in­dé­pen­dants de tous les do­maines pour­raient mettre en com­mun leurs ex­per­tises res­pec­tives, les frais fixes, échan­ger leurs idées et même, pour­quoi pas, collaborer? Tout ce­la dans une am­biance pro­pice à la créativité et à l’ému­la­tion».

MANQUE D’IN­FRA­STRUC­TURES. C’est exac­te­ment le con­cept du co-wor­king. Ap­pa­ru aux Etatsu­nis il y a une di­zaine d’an­nées, la tendance ar­rive en force au Li­ban et bou­le­verse l’im­mo­bi­lier de bu­reau tra­di­tion­nel.

Au Bei­rut Di­gi­tal Dis­trict (BDD), la so­cié­té im­mo­bi­lière à l’ori­gine du pro­jet avait pour am­bi­tion de créer une «com­mu­nau­té» d’en­tre­pre­neurs, qui bé­né­fi­cie­rait de toute l’in­fra­struc­ture man­quant gra­ve­ment au Li­ban et pour­tant in­dis­pen­sable à la pro­duc­ti­vi­té: l’in­ter­net, l’élec­tri­ci­té en conti­nu ain­si que d’autres avan­tages propres à la com­mu­nau­té, comme un ser­vice de res­sources hu­maines, d’aide à la créa­tion d’en­tre­prise… Ob­jec­tif af­fi­ché : que les en­tre­pre­neurs ne se fo­ca­lisent plus que sur leur bu­si­ness et rien que leur bu­si­ness.

De­puis quelques mois, les es­paces de ce type es­saiment un peu par­tout au Li­ban. Ibrahim Zah­red­dine et Ka­rim At­toui ont, eux, pous­sé le con­cept en­core plus loin avec In­no­va­tion Fac­to­ry. Inau­gu­ré en oc­tobre der­nier, on y par­tage des bu­reaux mais pas seule­ment. Une vé­ri­table usine de fa­bri­ca­tion de pro­to­type de pro­duits a vu le jour, avec, no­tam­ment, un la­bo­ra­toire «mé­dias», qui pro­po­se­ra très vite, tout le ma­té­riel né­ces­saire à la pro­duc­tion de conte­nu di­gi­tal.

L’es­pace réunit ain­si des de­si­gners, ar­chi­tectes, ar­tistes, en­tre­pre­neurs au­tour des bu­reaux et de l’usine de fa­bri­ca­tion de pro­duits. Ici, on peut tout fa­bri­quer: des meubles, des ob­jets tech­no­lo­giques, des pro­to­types. Tout ce­la en bé­né­fi­ciant, en pa­ral­lèle, de bu­reaux col­lec­tifs ou in­di­vi­duels en fonc­tion de la for­mule choi­sie. Les ta­rifs os­cil­lent entre 175 et 210 dol­lars par mois pour «un hot desk», c’est-à-dire un bu­reau mo­bile, ou un bu­reau in­di­vi­duel, avec un ac­cès à l’usine de

fa­bri­ca­tion et au la­bo­ra­toire mé­dia, dans tous les cas de fi­gure. «L’idée nous est ve­nue de notre ex­pé­rience per­son­nelle. Nous tra­vail­lions avec beau­coup d’en­tre­pre­neurs li­ba­nais, qui avaient été obli­gés de quit­ter le pays pour conce­voir leurs pro­duits par manque d’in­fra­struc­tures sur place», ex­pliquent les fon­da­teurs d’in­no­va­tion Fac­to­ry.

CAR­NET D’ADRESSES. Par­mi les avan­tages du co-wor­king, fi­gurent ain­si le confort d’une in­fra­struc­ture mais aus­si, et sur­tout, l’ac­cès à un car­net d’adresses. Ce sont les atouts mis en avant chez Ant­work, un es­pace créé en fé­vrier 2016 à Spears. La fon­da­trice, Zi­na Bdeir Da­janj, voit grand pour son pro­jet, qui est en­core dans une phase pi­lote. Le cam­pus de 5000 m2 se­ra no­tam­ment com­po­sé de deux im­meubles, d’une grande cour, de plu­sieurs bu­reaux pri­va­tifs et d’autres conçus en «opens­pace», de salles de confé­rences, d’évé­ne­ments mais aus­si d’un es­pace de fit­ness, d’un ca­fé, d’un lieu dî­na­toire et de 1500 m2 de jar­din. Outre l’in­fra­struc­ture dé­ve­lop­pée, Ant­work in­siste sur la no­tion de com­mu­nau­té comme va­leur ajou­tée. «Les abon­nés au­ront aus­si ac­cès à un ré­seau, à une com­mu­nau­té, ils au­ront à leur dis­po­si­tion toute l’in­fra­struc­ture né­ces­saire mais sur­tout, ce car­net d’adresses pour réa­li­ser des af­faires sans même avoir à bou­ger d’ant­work», ex­plique Ralph Raad, res­pon­sable du mar­ke­ting et des ventes.

«Au Li­ban, la de­mande de ce type d’es­paces a tou­jours exis­té. Il s’agis­sait sou­vent d’in­dé­pen­dants, de free­lan­cers qui tra­vaillaient dans des ca­fés par manque d’op­tions al­ter­na­tives, dit-il. Les lo­ca­tions de bu­reaux sont tra­di­tion­nel­le­ment chères et peu flexibles pour des start-up ou de jeunes en­tre­prises. L’ex­plo­sion des free­lan­cers au Li­ban ex­plique le boom de cette in­dus­trie par le be­soin de so­lu­tions mo­dernes et flexibles pour une start-up en constante évo­lu­tion. A Ant­work par exemple, les so­lu­tions sont mo­du­lables: l’en­tre­pre­neur peut choi­sir par­mi plu­sieurs for­mules où, quand et com­ment il sou­haite tra­vailler et pour­quoi pas même, agran­dir son es­pace de tra­vail au fur et à me­sure de la crois­sance de son bu­si­ness et de son équipe», conclut M. Raad.

USINE DE FA­BRI­CA­TION Chez In­no­va­tion Fac­to­ry, on par­tage des bu­reaux et un la­bo­ra­toire mé­dias.

IN­FRA­STRUC­TURES L’am­bi­tion du

BDD vise à four­nir In­ter­net, élec­tri­ci­té, RH, aux en­tre­pre­neurs.

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