SA­LIM ED­DÉ

Di­plô­mé des plus pres­ti­gieuses uni­ver­si­tés du monde, Sa­lim Ed­dé di­rige Mu­rex, une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans les lo­gi­ciels ban­caires, qui fait la fier­té du Li­ban. Phi­lan­thrope, il a aus­si fon­dé et fi­nan­cé le mu­sée Mim de Bey­routh.

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Un en­tre­pre­neur phi­lan­thrope qui a du flair

Sa­lim Ed­dé est né et a gran­di dans une fa­mille où l’on par­lait, à lon­gueur de jour­née, d’en­tre­pre­na­riat, du suc­cès des en­tre­prises pri­vées face à des en­ti­tés pu­bliques à la traîne, tant au ni­veau de leur fonc­tion­ne­ment que de la qua­li­té des ser­vices qu’elles four­nissent. Le leit­mo­tiv fa­mi­lial était de «de­voir se dé­brouiller en pre­nant tou­jours un nou­veau dé­part, non sans risque ab­so­lu.» A l’in­verse de ce qui se pas­sait en France dans les an­nées 70, son père, Mi­chel Ed­dé, était per­sua­dé qu’au Li­ban, la der­nière chose à faire était de lor­gner la fonc­tion pu­blique.

Pour Sa­lim Ed­dé, l’en­tre­pre­na­riat n’est pas dans le sang. Il s’agi­rait plu­tôt de fac­teurs exo­gènes cu­mu­lés comme l’en­vi­ron­ne­ment, le tra­vail as­si­du, une suc­ces­sion d’ac­ci­dents po­si­tifs, une chance à iden­ti­fier, ou en­core, une édu­ca­tion per­met­tant de mieux ci­bler ce que la per­sonne

re­cherche, en lui ou­vrant da­van­tage l’es­prit et les ho­ri­zons. Aus­si, sou­ligne-t-il l’im­por­tance de flai­rer un be­soin non sa­tis­fait du mar­ché, en an­ti­ci­pant et en com­pre­nant ses at­tentes. A l’op­po­sé de Ri­chard Bran­son, dont la suc­cesss­to­ry s’est ins­crite dans la di­ver­si­fi­ca­tion des ac­ti­vi­tés, Sa­lim Ed­dé compte par­mi les hommes qui ont réus­si en concen­trant leur ac­ti­vi­té dans l’in­for­ma­tique et, plus pré­ci­sé­ment, le dé­ve­lop­pe­ment de lo­gi­ciels de ges­tion des risques fi­nan­ciers. Mu­rex, la so­cié­té qu’il a fon­dée en 1986 avec un as­so­cié fran­çais, ses frères et son beau-frère à Pa­ris, à par­tir d’un ca­pi­tal équi­valent à 7 700 eu­ros, est de­ve­nue au­jourd’hui une mul­ti­na­tio­nale forte de 2 000 em­ployés. Elle dis­pose de bu­reaux dans 17 pays à tra­vers le monde, avec 7 têtes de pont, y com­pris celle de Bey­routh, ain­si que de clients se trou­vant dans 70 pays.

IN­GÉ­NIEUR CHIMISTE. Avant de trou­ver sa voie, Sa­lim Ed­dé a tâ­té le ter­rain ailleurs que dans l’in­for­ma­tique. Bar­dé de di­plômes, il a fré­quen­té l’école Po­ly­tech­nique en France, le pres­ti­gieux MIT aux Etats-unis, et l’uni­ver­si­té de Chi­ca­go. A ses dé­buts, il a tra­vaillé pen­dant de courtes pé­riodes comme in­gé­nieur chimiste en France et en Ara­bie saou­dite, avant d’es­sayer de se rap­pro­cher du Li­ban en 1985, où il ne trouve pas d’em­ploi. De re­tour en France en 1986, il dé­cide, en concer­ta­tion et en par­te­na­riat avec son ami Laurent Neel, de se lan­cer dans un tra­vail de sous-traitance en in­for­ma­tique pour l’en­tre­prise dans la­quelle il avait tra­vaillé, en Ara­bie saou­dite. En­tre­temps, les mar­chés fi­nan­ciers prennent leur élan dans l’hexa­gone, sur l’im­pul­sion de Pierre Bé­ré­go­voy, et af­fichent un be­soin urgent d’ou­tils de cal­cul. La so­cié­té Mu­rex prend alors son en­vol, en créant des lo­gi­ciels de ges­tion des risques fi­nan­ciers. «Les cal­culs des­ti­nés à ces mar­chés sont les mêmes que ceux uti­li­sés en gé­nie chi­mique», in­dique-t-il, avant de confier à Ma­ga­zine que «le mé­tier d’in­gé­nieur chi­mique est une pro­fes­sion que j’ai ai­mée, mais qui ne me nour­ris­sait pas.»

Dès lors, Mu­rex n’a pas ces­sé de bé­né­fi­cier d’un dé­ve­lop­pe­ment or­ga­nique. «Le seul aléa dans notre corps de mé­tier est le risque in­for­ma­tique qu’il faut contrô­ler et maî­tri­ser», sou­ligne Sa­lim Ed­dé. Les pro­fits en­gran­gés par la so­cié­té sont stric­te­ment ré­in­ves­tis dans celle-ci ou dé­po­sés au­près des banques. Ils ne sont ja­mais uti­li­sés à des fins spé­cu­la­tives. Avec beau­coup d’hu­mour, Sa­lim Ed­dé dit sou­hai­ter que «les banques res­tent les clients de Mu­rex mais ja­mais ses four­nis­seurs.»

Tous ceux qui le connaissent l’avouent: Mu­rex a, à son hon­neur, l’ini­tia­tive de ra­pa­trier de jeunes cer­veaux li­ba­nais. L’éga­li­té des chances des can­di­dats est sau­ve­gar­dée, puis­qu’il y a des tests écrits et oraux à pas­ser. Une fois les em­ployés em­bau­chés, les condi­tions sa­la­riales qui leur sont pro­po­sées sont su­pé­rieures à la moyenne. Les sa­la­riés de Mu­rex Li­ban bé­né­fi­cient ain­si du même ni­veau de sa­laire que leurs col­lègues ins­tal­lés à Pa­ris. Pour­quoi se­raient-ils payés moins qu’un em­ployé à l’étran­ger puis­qu’ils four­nissent une même qua­li­té de tra­vail et par­fois meilleure? s’in­ter­roge Sa­lim Ed­dé. Il sou­ligne d’ailleurs que «les ac­tifs de Mu­rex sont ses res­sources hu­maines et rien d’autre.»

Toutes les in­dus­tries mû­rissent parce que les be­soins des consom­ma­teurs changent, le plus im­por­tant est de sa­voir adap­ter son pro­duit au pro­fil de la de­mande. Si­non c’est la dis­pa­ri­tion du mar­ché. Le bu­reau de Bey­routh est de­ve­nu l’un des fers de lance de l’en­tre­prise, puis­qu’il as­sure une veille 24h/24 à tous les clients et re­groupe le quart des ef­fec­tifs de la mul­ti­na­tio­nale.

Im­pos­sible de par­ler de Sa­lim Ed­dé sans évo­quer le mu­sée pri­vé des mi­né­raux, Mim, qu’il a créé et où il a in­ves­ti presque tous les pro­fits qui lui pro­viennent de Mu­rex. Un mu­sée n’est pas créé pour ga­gner de l’ar­gent. Il concré­tise un en­ga­ge­ment dans une dé­marche qui ap­porte de la va­leur au mé­cène, tout en contri­buant à l’in­té­rêt gé­né­ral.

Sa­lim Ed­dé fait par­tie de ces hommes qui ont en­core de nom­breuses pages à écrire dans le par­cours de leur vie.

PO­TEN­TIEL HU­MAIN Sa­lim Ed­dé ne ta­rit pas d’éloges sur les em­ployés de sa so­cié­té.

MIM Le mu­sée des mi­né­raux ras­semble l’une des plus im­por­tantes col­lec­tions pri­vées au monde.

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