DANS LA FORME ET LE FOND

Le théâtre sur­vit à grand-peine au Li­ban. Il se dé­lo­ca­lise. En at­ten­dant la sai­son qui s’an­nonce, dé­am­bu­la­tion ré­tros­pec­tive de l’an­née 2016. Et le dé­bat s’ouvre…

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR NAYLA RACHED

La scène se dé­lo­ca­lise

Al’image de la «lutte des places», la salle de théâtre tra­di­tion­nelle est, à quelques ex­cep­tions, en perte de vi­tesse. Le théâtre se vit ex­tra­mu­ros, dans la rue et dans les salles al­ter­na­tives, qu’il soit is­su d’un tra­vail col­lec­tif, d’un ate­lier de tra­vail ou d’une dé­marche per­son­nelle. Sans vou­loir pro­po­ser une ap­proche ex­haus­tive de la ques­tion, voi­ci quelques ar­rêts qui se sont im­po­sés en 2016. A Baal­beck, au sein de l’évé­ne­ment Silent Echo, or­ga­ni­sé par Stu­dio­cur/art en par­te­na­riat avec Apeal, la com­pa­gnie Zou­kak a me­né un ate­lier de théâtre avec la com­mu­nau­té lo­cale, pour une sen­si­bi­li­sa­tion à l’im­por­tance cultu­relle des hé­ri­tages his­to­riques et re­li­gieux, au­réo­lé par la per­for­mance Plain Se­cret. Une dé­marche thé­ra­peu­tique de la com­pa­gnie qu’on re­trouve avec Zei­na Dac­cache et Ca­thar­sis, pour sa 2e ex­pé­rience théâ­trale en com­pa­gnie des dé­te­nus de Rou­mié, clô­tu­rée par Jo­har… Up in the air, ou dans le pro­jet The Ca­ra­van, au­près des ré­fu­giés sy­riens.

LE CA­BA­RET PO­PU­LAIRE. Au fil de fes­ti­vals, d’échange d’idées et de dé­bats, de pro­blé­ma­tiques et d’ac­tua­li­té, Sta­tion, à Jisr el-wa­ti, s’af­firme comme un es­pace mul­ti­dis­ci­pli­naire qui ra­mène l’épure et la puis­sance de la per­for­mance, à l’ins­tar de Du­sh­ka, mise en scène par Omar el-jbaai, ou Jog­ging de Ha­nane Ha­jj-ali. Il y a 5 ans, Mé­tro al-ma­di­na ou­vrait ses portes, à Ham­ra, se fon­dant sur le con­cept du ca­ba­ret po­pu­laire. A l’heure des bi­lans, la ques­tion n’en est que plus lé­gi­time: à quel point rem­plit-il ses fonc­tions dans l’adé­qua­tion entre son con­cept de base et la ma­nière dont ce der­nier est mis en ap­pli­ca­tion? Dans les méandres d’un contexte qui, prê­chant l’ou­ver­ture, se re­ferme, contra­dic­toi­re­ment, sur son au­tar­cie, le po­pu­laire risque d’em­prun­ter les contours du po­pu­lisme, af­fu­blé d’un ap­pât du gain, où les cri­tères de sé­lec­tion se confondent avec la «po­li­tique de voi­si­nage», les planches s’ou­vrant sou­vent à une forme de mé­dio­cri­té tant au ni­veau du texte et de l’in­ter­pré­ta­tion que de l’in­ten­tion, vi­dant le théâtre de sa pa­role et de son geste, à l’ins­tar de la stand-up co­me­dy qui y a été pré­sen­tée, 3al au­to­strade de et par Ri­ta Ibrahim. Se­rait-il temps de sou­le­ver la ques­tion d'un re­po­si­tion­ne­ment du théâtre, non seule­ment dans sa dé­lo­ca­li­sa­tion pre­mière, mais dans son es­sence même? A tel point qu’il n’est plus éton­nant que l’une des pièces les plus mar­quantes de 2016 soit une re­prise re­mon­tant à une di­zaine d’an­nées, Page 7, de et avec Is­sam Bou Kha­led et Fa­di Abi Sam­ra!

DÉ­MARCHE THÉ­RA­PEU­TIQUE Le théâtre se trans­forme par­fois en une dé­marche thé­ra­peu­tique, comme dans Jo­har... Up in the air ou The Ca­ra­van.

ES­PACE MUL­TI­DIS­CI­PLI­NAIRE Jog­ging de Ha­nane Ha­jj-ali, ou la puis­sance de la per­for­mance, à Sta­tion.

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