SA­RAH HI­MA­DEH

En tête d’af­fiche du film The Miller Pre­dic­tion, Sa­rah Hi­ma­deh vit à Los An­geles, où elle pour­suit une car­rière d’ac­trice et de co­mé­dienne, entre le ci­né­ma, le théâtre et la té­lé­vi­sion. Ma­ga­zine l’a ren­con­trée.

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR NAYLA RACHED

Une Li­ba­naise à Hol­ly­wood

«Je n’ai ja­mais vou­lu d’une exis­tence nor­male», confie Sa­rah Hi­ma­deh, même si l’en­vie lui prend sou­vent d’aban­don­ner, parce que la vie d’ac­teur est un com­bat per­ma­nent, no­tam­ment lors des au­di­tions. A New York, où elle a étu­dié au William Es­per Stu­dio, spé­cia­li­sé dans la tech­nique Meis­ner, elle prend part à quelques pièces off-broad­way, et à quelques films. Plus tard, à Los An­geles, la ga­lère et une rude com­pé­ti­tion l’at­tendent. «Il y a dix mille ac­teurs qui s’ins­tallent à L.A. tous les mois. Neuf mille qui re­partent», in­dique-telle. Là-bas, il lui a été dif­fi­cile de trou­ver un agent la re­pré­sen­tant. Avec son style aty­pique, ni blonde, ni agui­cheuse, ni plas­tique, et mu­nie de son pas­se­port ca­na­dien, elle avait be­soin d’un per­mis de tra­vail, d’au­tant plus que cer­tains agents, ap­pâ­tés par la pers­pec­tive de gains ra­pides, ou­blient l’au­then­ti­ci­té du tra­vail. Plus de 300 for­mu­laires envoyés, de mul­tiples au­di­tions, avant qu’elle par­vienne à trou­ver un agent et un ma­na­ger.

Un jour, elle re­çoit un ap­pel urgent de son agent: «Tu dois al­ler tout de suite à cette au­di­tion». Pas le temps de ré­pé­ter, elle le fe­ra en at­ten­dant son tour, dans l’an­ti­chambre. Im­mé­dia­te­ment, elle se sent connec­tée avec le per­son­nage qu’on lui de­mande d’in­ter­pré­ter: une femme in­tro­ver­tie, émo­tion­nelle, so­li­taire, si­len­cieuse, sou­vent en prière. Du­rant l’au­di­tion, on lui fait jouer la scène de plu­sieurs ma­nières, pour la tes­ter, pour voir com­ment elle ré­agi­rait sur le pla­teau de tour­nage où tout peut chan­ger d’un mo­ment à l’autre. Toute en flexi­bi­li­té, comme dans une im­pro­vi­sa­tion de jazz où les bases et la li­ber­té se cô­toient, Sa­rah Hi­ma­deh ob­tient le rôle de Pa­ri­sa, dans The Miller Pre­dic­tion, aux cô­tés de Jesse Woo­drow et Ta­la Del­va­ra­ni.

Réa­li­sé par Ja­vier Ron­ce­ros, ce film est un drame d’époque, un wes­tern his­to­rique per­san. Le tour­nage d’un mois, à New Mexi­co, s’avère dif­fi­cile pour Sa­rah, en rai­son du ca­rac­tère de son per­son­nage. Pour se fondre dans son rôle, elle a dû cou­per les liens avec sa fa­mille au Li­ban. Cette sé­pa­ra­tion, elle y avait sou­vent re­cours, jus­qu’à ce que le jeu lui fasse com­prendre que «même si cha­cun croit être par­ti­cu­lier, nous sommes tous si­mi­laires, mal­gré nos cir­cons­tances dif­fé­rentes».

L’AP­PEL DE LA VO­CA­TION. Comme sou­vent chez les ar­tistes, Sa­rah Hi­ma­deh est ma­la­di­ve­ment per­fec­tion­niste. «En tant qu’ar­tiste, on est conti­nuel­le­ment dans l’au­to­cri­tique, on sent qu’on peut tou­jours faire mieux, à l’image de cette 'di­vine in­sa­tis­fac­tion' qu’évo­quait la cho­ré­graphe Mar­tha Gra­ham, qui consti­tue une forte mo­ti­va­tion, dif­fi­cile à ac­cep­ter. Mais je l’ac­cepte», sou­ligne-t-elle.

C’est à un âge re­la­ti­ve­ment avan­cé que Sa­rah s’est lan­cée dans les arts de la scène. Dans une autre vie, elle au­ra été ban­quière, après avoir étu­dié la bio­tech­no­lo­gie, et as­pi­rait à de­ve­nir mé­de­cin. Ta­rau­dée par l’an­goisse et l’in­som­nie, elle dé­tes­tait son tra­vail. «Je sa­vais que ce n’était pas moi. Je sa­vais que je vou­lais de­ve­nir ac­trice, de­puis l’école pri­maire, quand j’ai par­ti­ci­pé à une re­pré­sen­ta­tion de Han­sel et Gre­tel. Mais en tant que femme au Moyeno­rient, je n’ai ja­mais sen­ti que j’avais le droit de le faire. Quand j’ai chan­gé de car­rière, mon père ne m’a plus adres­sé la pa­role pen­dant quelques temps. Main­te­nant je le com­prends, c’est une sale in­dus­trie, où avoir du ta­lent et tra­vailler dur ne sont pas une ga­ran­tie de suc­cès. C’est es­sen­tiel­le­ment une ques­tion de chance, il faut être au bon mo­ment au bon en­droit». Et son père? «Au­jourd’hui, il est tel­le­ment en­thou­siaste, dès que je me sens un peu dé­pri­mée, il me re­monte le mo­ral et m’en­cou­rage».

UN COM­BAT PER­MA­NENT. Sa­rah se rap­pelle d'une ren­contre avec Adrien Bro­dy, lors d’un ga­la or­ga­ni­sé par Leo­nar­do Di­ca­prio. Alors qu’elle évoque avec lui la bru­ta­li­té des au­di­tions, l’ac­teur lui conseille de se trou­ver, en pa­ral­lèle de son mé­tier d’ac­trice, une autre voie créa­tive, comme lui, qui peint à ses heures per­dues. Elle crée alors l’en­tre­prise Fait main, grâce à la­quelle elle ex­pose des col­liers et ac­ces­soires d’ar­tistes de dif­fé­rents pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment, afin d’avoir un im­pact po­si­tif sur la so­cié­té. www.fait­main.co

RÉ­COM­PENSES The Miller Pre­dic­tion a été cou­ron­né du prix du Meilleur film au Los An­geles Reel Film Fes­ti­val en 2016.

FOR­MATS COURTS Sa­rah Hi­ma­deh a aus­si joué dans des courts-mé­trages, comme The awa­re­ness (2014) ou en­core The vi­si­tor (2016)

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