L’HIS­TOIRE REVISITÉE

Le Mensuel Magazine - - L’histoire Revisitée -

sup­plé­men­taire d’un jour, après quoi je le re­lè­ve­rais aus­si de ses fonc­tions de chef la ré­gion mi­li­taire de la Bé­kaa. Il n’a pas exé­cu­té mes ordres, alors je l’ai li­mo­gé. C’était mon ami, mais je ne mé­lange pas ami­tié et tra­vail.» Emile Lahoud af­firme que les hommes po­li­tiques, le pré­sident Elias Hraoui en tête, étaient fa­rou­che­ment hos­tiles à la fusion. «Ils s’ima­gi­naient qu’ils pou­vaient faire au sein de l’ar­mée ce qu’ils font dans l’ad­mi­nis­tra­tion, c’est-à-dire se ré­par­tir les postes entre com­mu­nau­tés. Mais avec moi, ce­la ne fonc­tion­nait pas de la sorte.»

Quelques jours plus tard, Emile Lahoud re­çoit la vi­site du chef des forces sy­riennes dé­ployées au Li­ban, le gé­né­ral Bey­rak­dar, à la tête d’une dé­lé­ga­tion de dix of­fi­ciers su­pé­rieurs, dont le re­dou­table Gha­zi Ka­naan, chef des ser­vices de ren­sei­gne­ment mi­li­taires sy­riens. «C’était une vi­site de cour­toi­sie pour me ren­con­trer car ils ne me connais­saient pas, ra­conte l’an­cien pré­sident. Je ve­nais de li­mo­ger Cha­hine et je pen­sais qu’ils sou­hai­taient sou­le­ver cette ques­tion avec moi. J’ai pris les de­vants et je leur ai dit: ‘Si vous êtes convain­cus du plan de fusion, vous êtes les bien­ve­nus. Si­non, les choses vont se com­pli­quer da­van­tage tant que je se­rais à la tête de l’ar­mée’. Ils n’ont évo­qué ni l’af­faire Cha­hine, ni la fusion».

Emile Lahoud se sou­vient aus­si qu’elias Hraoui a ten­té de faire in­ter­ve­nir le chef d’état-ma­jor de l’ar­mée sy­rienne de l’époque, le cé­lèbre gé­né­ral Hik­mat Ché­ha­bi. «Hraoui m’a in­vi­té à un dé­jeu­ner en pré­sence aus­si de Gha­zi Ka­naan et (du mi­nistre des Af­faires étran­gères), Ab­del Ha­lim Khad­dam, dé­clare l’an­cien pré­sident. Ché­ha­bi m’a pris de cô­té pour ten­ter de me dis­sua­der. Il y a eu une pe­tite al­ter­ca­tion entre nous et j’ai re­fu­sé. Je suis mon­té di­rec­te­ment au mi­nis­tère de la Dé­fense, à Yar­zé, et j’ai don­né l’ordre de ter­mi­ner la fusion dans un dé­lai d’un mois».

Lors­qu’il a été choi­si pour di­ri­ger l’ar­mée après l’ac­cord de Taëf, en 1989, Emile Lahoud n’avait en­core ja­mais ren­con­tré un res­pon­sable sy­rien ou ira­nien. «J’ai fait toutes mes études mi­li­taires en Grande-bre­tagne et aux Etats-unis et je n’avais au­cun lien avec la classe po­li­tique li­ba­naise, se sou­vient-il. J’ai moi-même été sur­pris de ma no­mi­na­tion, puis j’ai com­pris qu’ils étaient à la re­cherche d’un of­fi­cier non confes­sion­nel, croyant fer­me­ment au Li­ban. J’avais des amis aus­si bien par­mi les chré­tiens que les mu­sul­mans.» Sa pre­mière ren­contre avec l’an­cien pré­sident sy­rien, Ha­fez el-as­sad, re­monte à 1993, plus de trois ans après sa no­mi­na­tion. «Pen­dant l’agres­sion is­raé­lienne de juillet de la même an­née, j’ai dé­ci­dé de me rendre au Li­ban-sud, se sou­vient-il. J’étais en­core à Jisr el-ba­cha lorsque l’on m’in­forme qu’un blin­dé en­ne­mi a ti­ré sur une mai­son, pro­vo­quant la mort d’une femme. J’ai ap­pris que notre ar­mée dis­po­sait d’un char dans le même sec­teur et j’ai don­né l’ordre de ri­pos­ter aux tirs is­raé­liens. Dix mi­nutes plus tard, alors que j’étais en route, je re­çois un coup de fil de Hraoui, qui me de­mande de mon­ter en ur­gence au Pa­lais de Baab­da. Le pré­sident était

Il y a deux mil­lions de réfugiés sy­riens et Pa­les­ti­niens au Li­ban. Ils pour­raient être ins­tru­men­ta­li­sés pour pro­vo­quer une dis­corde.

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