KURDES SY­RIENS

Le Mensuel Magazine - - Monde -

Amé­ri­cains et Russes sou­tiennent les YPG sur le ter­rain.

La Rus­sie a été au coeur des élec­tions US et fran­çaises, en­gen­drant une russophobie par­fois exa­cer­bée…

Nous as­sis­tons à une opé­ra­tion tra­gi-co­mique amé­ri­caine de dia­bo­li­sa­tion tous azi­muts de la Rus­sie, des­ti­née à mettre en échec le re­set de la re­la­tion de Wa­shing­ton avec Mos­cou sou­hai­té par Trump, qui vou­lait amor­cer si­non une co­opé­ra­tion, du moins un dia­logue construc­tif sur des pro­blé­ma­tiques com­munes. Le nou­veau pré­sident se voit pa­ra­ly­sé par une vé­ri­table hys­té­rie mé­dia­tique en re­lais d’une of­fen­sive des Dé­mo­crates, de cer­tains Ré­pu­bli­cains ou «néo­cons» for­ce­nés, qui vise à l’en­gluer dans une pos­ture dé­fen­sive via une sé­rie d’af­faires mon­tées en épingle. Quel que soit le fond de l’af­faire, le mal est fait. La psy­chose an­ti­russe a pris des pro­por­tions af­fli­geantes. Les mé­dias US mains­tream semblent ra­vis d’entendre d’in­nom­brables «ex­perts» ex­pli­quer que Trump va de­voir en­dos­ser lui aus­si les vieux ha­bits de la plus grande dé­mo­cra­tie du monde at­ta­quée par l’épou­van­table «en­ne­mi» russe. Trump est contraint de chan­ger ses équipes et de faire des dé­cla­ra­tions mar­tiales en­vers Mos­cou dé­çu, dé­fiant, qui ob­serve avec com­mi­sé­ra­tion le cirque pa­thé­tique d’une Amé­rique dont le pou­voir po­li­tique est si faible et at­tend d’éva­luer la réa­li­té de la marge de ma­noeuvre du nou­veau pré­sident. Cette mas­ca­rade est dom­ma­geable pour la paix du monde. Ce­la montre com­bien la carte men­tale de la Guerre froide est tou­jours pro­fon­dé­ment im­pri­mée dans les men­ta­li­tés amé­ri­caines, même à très haut ni­veau. Ce to­hu-bo­hu per­met d’élu­der, entre autres, les der­nières ré­vé­la­tions de Wi­ki­leaks sur l’exis­tence d’une nou­velle et dis­crète agence à l’in­té­rieur même de la CIA, qui a pour mis­sion de me­ner des at­taques cy­ber et sur­tout, via le «pro­jet Om­brage», de faire en

Est-on face à une nou­velle do­mi­na­tion russe sur la ré­gion?

La Rus­sie n’at­taque per­sonne, n’en dé­plaise au sto­ry tel­ling amé­ri­cain. Elle dé­fend ses in­té­rêts au Moyen-orient comme ailleurs. Elle n’a fait en Sy­rie, qu’ex­ploi­ter le vide et le chaos stra­té­giques lais­sés par les Etats-unis et cher­cher une contre­par­tie au gri­gno­tage conti­nu par l’otan de ses marges pro­tec­trices en Eu­rope de­puis 25 ans. Elle dé­fend son droit d’être dif­fé­rente, de res­ter elle-même, de ne pas se lais­ser im­po­ser nos stan­dards oc­ci­den­taux. Un com­bat très coû­teux mais va­leu­reux qui, ne nous en dé­plaise, semble tou­jours mas­si­ve­ment res­sen­ti comme lé­gi­time au plan po­li­tique in­terne. La cé­ci­té eu­ro­péenne sur ce qu’est pro­fon­dé­ment et veut de­meu­rer la Rus­sie, sur ses in­té­rêts évi­dents et lé­gi­times, mais aus­si sur ce qui la lie au conti­nent eu­ro­péen va au­de­là de la mau­vaise foi et sert es­sen­tiel­le­ment le jeu amé­ri­cain et ce­lui san­glant de nos en­ne­mis is­la­mistes. Une ré­flexion in­tel­li­gente sur la re­la­tion de L’UE avec Mos­cou de­vient ur­gente, tan­dis que Wa­shing­ton et Pé­kin se jaugent pour mettre en place un condo­mi­nium qui nous mar­gi­na­li­se­ra né­ces­sai­re­ment.

MÉ­GA­LO­MANE MAIS RE­DOU­TABLE TAC­TI­CIEN, ER­DO­GAN FAIT FEU DE TOUT

BOIS POUR SE RENDRE

À LA FOIS IN­DIS­PEN­SABLE ET IN­QUIÉ­TANT AU­PRÈS DE

TOUS SES IN­TER­LO­CU­TEURS.

L’eu­rope est-elle en train de lou­per le coche sans ar­ri­ver à par­ler d’une seule voix, comme avec la Tur­quie?

Il n’y a pas d’eu­rope en ma­tière stra­té­gique et in­ter­na­tio­nale. Dans l’ac­tuelle crise ou­verte par la Tur­quie à propos des com­mu­nau­tés turques de L’UE, la France vient de perdre une nou­velle oc­ca­sion de dé­mon­trer sa so­li­da­ri­té eu­ro­péenne en­vers l’al­le­magne et d’af­fi­cher une pos­ture en­fin ferme vis-à-vis d’une puis­sance qui nous fait ou­ver­te­ment chan­ter et se per­met dé­sor­mais de nous in­sul­ter de fa­çon in­qua­li­fiable et nous a pro­mis «un été san­glant en Eu­rope»… quelques jours avant l’at­ten­tat de Londres. Même les Pays-bas ont su être plus cou­ra­geux. Les peuples eu­ro­péens ont be­soin de sen­tir la fer­me­té de leurs di­ri­geants, leur vo­lon­té de les pro­té­ger. L’eu­rope ne peut plus se sa­tis­faire de sa pu­sil­la­ni­mi­té et de son an­gé­lisme. Il lui faut en­trer en­fin dans l’âge adulte stra­té­gique, prendre sa dé­fense en main, pro­té­ger ses fron­tières, éta­blir une charte com­mune pour l’in­té­gra­tion et l’im­mi­gra­tion sur le conti­nent qui soit va­lable et contrai­gnante dans chaque Etat.

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