UNE VRAIE RUCHE

Le Mensuel Magazine - - Société -

Dans la salle à man­ger, si­tuée au der­nier étage, les bé­né­voles s’ac­tivent pour le re­pas des en­fants, tan­dis que ceux-ci sont gé­rés par des édu­ca­trices.

ces trois frères, que la mère a pla­cés dans une boîte en car­ton et avant de la dé­po­ser sous un pont et de par­tir en voyage, en quête d’une nou­velle vie en Tur­quie. Juste avant son dé­part, elle pré­vient le père du lieu où se trouvent ses en­fants. Le gé­ni­teur vit avec son frère qui re­fuse de re­ce­voir ses ne­veux chez lui. «De­puis un an et de­mi qu’ils sont là, leur père n’est ve­nu que de rares fois. Quant à la mère, on ne l’a ja­mais vue».

Au Bon­heur du ciel, on ne compte plus aus­si les nou­veaux-nés aban­don­nés, que des gens dé­posent à la porte du centre. D’autres sont re­trou­vés sous des ponts, voire dans des bennes à or­dures, par le père Majdi Al­laoui, qui les prend en charge. Dans ces cas dra­ma­tiques, la pre­mière étape consiste à pré­ve­nir le juge puis ame­ner les nou­veaux-nés à l’hô­pi­tal pour leur pro­di­guer des soins. «On ne peut pas les pro­po­ser à l’adop­tion, mais nous es­sayons de trou­ver des fa­milles d’accueil pour les prendre en charge. Des fa­milles qui savent par­fai­te­ment que ces en­fants de­vront par­tir un jour ou l’autre».

Les his­toires de ces en­fants de Bon­heur du Ciel font mal au coeur. «Il y a ceux qui ont la chance d’être pro­té­gés par les juges, alors que d’autres ne l’ont pas. De­puis trois mois, Is­ra’a, Lei­la et Ji­hane vivent dans l’es­poir que leur père vienne un jour les cher­cher et qu’ils vont émi­grer tous en­semble au Ca­na­da. Leur père… un homme qui se dro­guait de­vant eux et avait des rap­ports sexuels avec sa maî­tresse sous leurs propres yeux… Mal­gré tous les sé­vices qu’ils ont connus et su­bis, ces en­fants res­tent at­ta­chés à leurs pa­rents et ré­clament leur pré­sence», constate Ma­thieu. «Même s’ils sont heu­reux ici, ils veulent ren­trer chez eux». Des centres d’accueil comme ce­lui de Ghos­ta, Bon­heur du Ciel en a trois autres: à Kfour, Bau­chrieh et Nahr Ibra­him. Tous les en­fants sont sco­la­ri­sés, cer­tains l’avant-mi­di, d’autres l’après-mi­di, se­lon leur na­tio­na­li­té. Hor­mis les pe­tits Li­ba­nais, le centre re­cueille aus­si de pe­tits Sy­riens et Pa­les­ti­niens. Le centre de Ghos­ta res­semble à une ruche, entre les en­fants, les vo­lon­taires, l’as­sis­tante so­ciale, les édu­ca­teurs spé­cia­li­sés, les femmes qui s’oc­cupent du mé­nage et de la cui­sine, ain­si que les ac­com­pa­gna­teurs. Une ruche qui né­ces­site un grand bud­get, jus­qu’ici as­su­ré par la pro­vi­dence et les bonnes âmes. Pour l’an­née 2016, le bud­get de l’as­so­cia­tion a at­teint 1 200 000 $. Dans la bâ­tisse de Ghos­ta, chaque étage est des­ti­né à un usage pré­cis. Au pre­mier étage, se si­tue la salle com­mune où les en­fants jouent ou re­gardent la té­lé­vi­sion sous l’oeil at­ten­tif des édu­ca­trices. Le se­cond étage ac­cueille les dor­toirs des gar­çons, les salles de bain et de ran­ge­ment. Le troi­sième est ré­ser­vé aux filles. La salle à man­ger et la cui­sine se si­tuent au der­nier étage, avec une vue im­pre­nable sur la mer et les col­lines alen­tours. Ici, l’am­biance est fa­mi­liale et l’amour re­pré­sente la base de toute ac­tion. «Quand on aime, on peut chan­ger le monde».

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