Le Li­ban paie­ra un jour le prix de l’en­ga­ge­ment du Hez­bol­lah en Sy­rie

MI­CHEL SLEI­MAN

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Pre­mier pré­sident de la Ré­pu­blique après la tu­telle sy­rienne, Mi­chel Slei­man a eu un sexen­nat

mou­ve­men­té, mar­qué par des at­ten­tats ter­ro­ristes, des in­ci­dents sé­cu­ri­taires à Tripoli et des blo­cages po­li­tiques. Mais se­lon lui, le dé­fi le plus grave a été la

par­ti­ci­pa­tion du Hez­bol­lah à la guerre sy­rienne, dont le Li­ban pour­rait, un jour, payer le prix. Ren­contre. PAR PAUL KHALIFEH

lu pour son pro­fil consen­suel, après sept mois de va­cance à la tête de l’etat, entre sep­tembre 2007 et mai 2008, Mi­chel Slei­man n’en a pas moins adop­té des po­si­tions in­édites de­puis l’ac­cord de Taëf. Il a bri­sé le ha­lo qui en­tou­rait le Hez­bol­lah et a eu de pro­fonds désac­cords po­li­tiques avec le par­ti pen­dant la se­conde moi­tié de son sexen­nat.

Pour­tant, l’an­cien pré­sident a tou­jours été un fervent dé­fen­seur de la Ré­sis­tance. «Lorsque j’étais com­man­dant en chef de l’ar­mée, j’ai sou­te­nu la Ré­sis­tance contre Is­raël, se sou­vient-il. Mais lors d’une vi­site au Li­ban-sud après mon élec­tion à la pré­si­dence, j’ai sou­li­gné que la li­bé­ra­tion doit abou­tir à la construc­tion d’un Etat, si­non elle n’au­ra pas at­teint ses ob­jec­tifs».

La conso­li­da­tion de l’etat passe, im­pé­ra­ti­ve­ment, par le dé­ploie­ment de l’ar­mée à la fron­tière mé­ri­dio­nale après la li­bé­ra­tion en l’an 2000, une me­sure qui n’a pas été prise par le pou­voir po­li­tique de l’époque. «Ce n’est qu’après la guerre de juillet 2006 que l’ar­mée est al­lée au Sud, mais ce­la était in­suf­fi­sant à nos yeux», dé­clare M. Slei­man.

L’an­cien pré­sident se dé­fend des ac­cu­sa­tions de «re­tour­ne­ment» et de «re­vi­re­ment» por­tées contre lui par les par­tis du 8-Mars. «Ma vi­sion était claire dès le dé­part et je l’ai bien ex­pri­mée dans mon dis­cours d’in­ves­ti­ture, pré­cise-t-il. J’ai dit que la Ré­sis­tance était née de l’ab­sence de l’etat et que ses réa­li­sa­tions sont res­pec­tées et es­ti­mées de tous. Tou­te­fois, pour que ses suc­cès

ne se perdent pas dans les méandres de la po­li­tique, il fal­lait éla­bo­rer une stra­té­gie dé­fen­sive».

Mi­chel Slei­man a consa­cré une bonne par­tie de son man­dat et beau­coup d’éner­gie pour ten­ter de faire adop­ter une stra­té­gie ac­cep­tée de tous les pro­ta­go­nistes li­ba­nais. Il a lui­même pro­po­sé un pro­jet, pré­voyant de mettre les moyens et l’ex­pé­rience de la Ré­sis­tance à la dis­po­si­tion de l’ar­mée, pour qu’ils soient uti­li­sés en temps vou­lu sur dé­ci­sion du pou­voir po­li­tique. Les dé­tails res­taient à être dis­cu­tés ain­si que le mé­ca­nisme. La Ré­sis­tance se­rai­telle mise à la dis­po­si­tion du pré­sident de la Ré­pu­blique, du Conseil su­pé­rieur de dé­fense ou du Conseil mi­li­taire de l’ar­mée?

Entre ater­moie­ments et lou­voie­ments, les réunions du Co­mi­té du dia­logue na­tio­nal se sont suc­cé­dé et les an­nées se sont écou­lées. Puis la guerre sy­rienne a écla­té, ba­layant sur son pas­sage toutes les prio­ri­tés.

LE POINT DE RUP­TURE. De­vant l’ur­gence et la dan­ge­ro­si­té de la si­tua­tion, la stra­té­gie dé­fen­sive est donc re­lé­guée au se­cond plan. Il fal­lait mettre le Li­ban à l’abri de la tem­pête sy­rienne et le pro­té­ger de la vague de fo­lie qui a dé­fer­lé sur la ré­gion. «Mon sou­ci était de te­nir le pays à l’écart des axes ré­gio­naux, de contrô­ler nos fron­tières, d’em­pê­cher l’in­fil­tra­tion des hommes ar­més et la créa­tion de zones tam­pons», ex­plique Mi­chel Slei­man. Après de longues dé­li­bé­ra­tions, les par­ti­ci­pants au dia­logue na­tio­nal ap­prouvent, à l’una­ni­mi­té, la Dé­cla­ra­tion de Baab­da (voir en­ca­dré), de­ve­nu un do­cu­ment of­fi­ciel de la Ré­pu­blique li­ba­naise après son adop­tion par la Ligue arabe et le Conseil de sé­cu­ri­té des Na­tions unies.

Le Hez­bol­lah fait par­tie de ceux qui ont ap­prou­vé la Dé­cla­ra­tion de Baab­da. «A l’époque, ce do­cu­ment ser­vait ses in­té­rêts po­li­tiques, ra­conte l’an­cien pré­sident. Cer­tains jeunes sun­nites, de Tripoli et du Ak­kar

no­tam­ment, se ren­daient en Sy­rie pour se battre aux cô­tés de la ré­bel­lion. Et à chaque fois que des re­belles étaient in­ter­cep­tés par l’ar­mée, des ten­sions ap­pa­rais­saient dans le pays. Mais lorsque le Hez­bol­lah a dé­ci­dé de par­ti­ci­per à la guerre, les prin­cipes énon­cés dans le do­cu­ment ne lui conve­naient plus, alors il a re­nié ses en­ga­ge­ments». L’in­ter­ven­tion du Hez­bol­lah dans le conflit sy­rien s’est faite gra­duel­le­ment. D’abord à Qous­sair, pour dé­fendre des Li­ba­nais, chiites et chré­tiens, dont les vil­lages sont si­tués du cô­té sy­rien de la fron­tière, et qui étaient me­na­cés par les in­sur­gés. En­suite, au­tour du mau­so­lée de sayye­da Zei­nab, au sud de Da­mas. Tant que l’in­ter­ven­tion était li­mi­tée dans le temps et dans l’es­pace, et avait pour ob­jec­tif de dé­fendre des Li­ba­nais ou des sites re­li­gieux, elle était to­lé­rée sans tou­te­fois être ap­prou­vée, sou­ligne Mi­chel Slei­man. Lorsque le Hez­bol­lah a com­men­cé à se battre sur tous les fronts en Sy­rie, la donne a chan­gé. «Ils ont dé­ci­dé de s’im­pli­quer plei­ne­ment dans la guerre sy­rienne sans consul­ter qui que ce soit», dé­plore l’an­cien pré­sident avant de pour­suivre: «Le Hez­bol­lah a lui-même vio­lé le trip­tyque peuple-ar­mée-ré­sis­tance au­quel il af­firme être at­ta­ché. Il s’est ren­du en Sy­rie sans avoir consul­té le peuple, qui est di­vi­sé au­tour de cette ques­tion; il n’a pas, non plus, ob­te­nu le feu vert de l’etat; et n’a pas co­or­don­né son ac­tion avec l’ar­mée. Ce­la est in­ad­mis­sible, car c’est tout le Li­ban qui risque de payer le prix de cette in­ter­ven­tion, qui est pour­tant le fruit d’une dé­ci­sion uni­la­té­rale prise par un par­ti.

LE DRONE AYYOUB. Les re­la­tions avaient dé­jà com­men­cé à se dé­gra­der entre le pré­sident Slei­man et le Hez­bol­lah plu­sieurs mois avant l’an­nonce de la par­ti­ci­pa­tion du par­ti à la guerre sy­rienne, qui re­monte à l’hi­ver 2013. En oc­tobre 2012, un drone, bap­ti­sé Ayyoub, ap­pa­reillé par la Ré­sis­tance, sur­vole pen­dant trois heures le ter­ri­toire is­raé­lien avant d’être abat­tu par un F16. Outre que cette ini­tia­tive consti­tue, se­lon les Na­tions unies, une vio­la­tion de la ré­so­lu­tion 1701, l’an­cien chef de l’etat re­proche au Hez­bol­lah de ne pas l’avoir

Le pré­sident

Mi­chel Slei­man avec le ré­dac­teur en chef de Ma­ga­zine,

Paul Khalifeh.

VI­SITE HIS­TO­RIQUE AU PA­LAIS DE BAAB­DA DU PRÉ­SIDENT SY­RIEN, BACHAR EL-AS­SAD, AC­COM­PA­GNÉ DU ROI AB­DAL­LAH D’ARABIE SAOUDITE. L’APAI­SE­MENT N’A DU­RÉ QUE PEU DE TEMPS.

PRES­TA­TION DE SERMENT Mi­chel Slei­man est le pre­mier pré­sident post-tu­telle sy­rienne, élu après 7 mois de va­cance, le 25 mai 2008.

LA STRA­TÉ­GIE DÉ­FEN­SIVE DE MI­CHEL SLEI­MAN PRÉ­VOIT DE METTRE LES MOYENS DE LA RÉ­SIS­TANCE À LA DIS­PO­SI­TION DE L’AR­MÉE LI­BA­NAISE.

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