LE YOUTH LEA­DER­SHIP PROGRAM

Le Youth Lea­der­ship Program est une ini­tia­tive lan­cée par la Le­ba­non Renaissance Foun­da­tion* (LRF), dont la mis­sion est de ren­for­cer la cul­ture du dia­logue et d’en­cou­ra­ger le sec­teur pri­vé et la dia­spo­ra à par­ti­ci­per au pro­ces­sus de re­cons­truc­tion du pays

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Un grand dé­fi: réunir les contraires

Toutes les ac­ti­vi­tés de la fon­da­tion visent à pro­mou­voir l’émer­gence de la no­tion d’etat et la ci­toyen­ne­té, à tra­vers l’amé­lio­ra­tion du cadre po­li­tique. C’est dans cet es­prit que s’ins­crit pré­ci­sé­ment le Youth Lea­der­ship Program, qui s’adresse à des jeunes cadres de tous les par­tis po­li­tiques li­ba­nais. «L’idée de ce pro­gramme a été lan­cée par Ta­rek Mi­tri et Elie Khoury, tous les deux membres du co­mi­té de di­rec­tion de la LRF en 2012», ex­plique Fa­dy Bus­tros, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion et des re­la­tions pu­bliques. Les su­jets abor­dés au cours de ce cur­sus, qui s’étend sur quatre mois et de­mi, portent sur divers su­jets no­tam­ment la loi élec­to­rale, la ci­toyen­ne­té, les droits de l’homme, l’eau, le pé­trole et le gaz, l’agriculture, l’éco­no­mie, la po­li­tique d’ur­ba­nisme, le rôle des mu­ni­ci­pa­li­tés, la thé­ma­tique du ra­di­ca­lisme et

re­li­gion, l’es­prit cri­tique, etc.

«Tous les Li­ba­nais sont in­sa­tis­faits des pres­ta­tions de leurs élites po­li­tiques quelle que soit leur af­fi­lia­tion. C’est la rai­son pour la­quelle nous avons créé une ini­tia­tive sous le la­bel sui­vant: la po­li­tique est une ex­pres­sion de va­leur et non pas un rap­port de force», ex­plique Fa­dy Bus­tros. La pre­mière édi­tion du Youth Lea­der­ship Program a eu lieu en 2014. «Tous les par­tis po­li­tiques ont été conviés à par­ti­ci­per à ce pro­gramme. Tous ont ré­pon­du po­si­ti­ve­ment, à part Amal et le Par­ti social na­tio­nal sy­rien (PSNS), car ils ont des doutes quant à notre orien­ta­tion po­li­tique, alors que nous n’avons au­cune af­fi­lia­tion par­ti­sane», ex­plique Bus­tros. Le Hez­bol­lah, en re­vanche, n’a pas pu être convié car la LRF est une ONG en­re­gis­trée aux Etats-unis.

QUELS FI­NAN­CE­MENTS? Si pour des rai­sons fis­cales, la LRF a été en­re­gis­trée aux Etatsu­nis, (pour per­mettre aux Li­ba­nais éta­blis dans ce pays de four­nir des fonds et de pro­fi­ter d’exemp­tions fis­cales), en re­vanche l’as­so­cia­tion, son conseil d’ad­mi­nis­tra­tion et son fi­nan­ce­ment sont ex­clu­si­ve­ment li­ba­nais et L’ONG n’est pas financée par les Amé­ri­cains. «Toute notre ac­tion et toutes nos ac­ti­vi­tés ont pour but de va­lo­ri­ser la no­tion de ci­toyen­ne­té, chan­ger d’at­ti­tude en vue de l’édi­fi­ca­tion de l’etat de Droit», sou­ligne Bus­tros. Vingt à qua­rante Li­ba­nais au Li­ban et à l’étran­ger ap­portent chaque an­née des contri­bu­tions al­lant de 500 à 50 000 dol­lars.

D’em­blée, le res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion et des re­la­tions ex­plique que l’ob­jec­tif de ce cur­sus n’est pas de faire chan­ger les par­ti­ci­pants d’orien­ta­tion po­li­tique mais de les ame­ner à mieux connaître leurs par­te­naires dans la vie po­li­tique. Les par­ti­ci­pants re­çoivent une for­ma­tion concer­nant cer­tains su­jets mal ex­pli­qués par la classe po­li­tique. Les thèmes abor­dés sont don­nés par des confé­ren­ciers qui sont des ex­perts en la ma­tière. A titre d’exemple, Fa­dia Ki­wan a don­né une confé­rence sur le thème de la ci­toyen­ne­té, Ma­lek Ta­kied­dine sur le pé­trole et le gaz, Nayla Tab­ba­ra sur ra­di­ca­lisme et re­li­gion, Wis­sam Kanj sur l’eau, Riad Saa­dé sur l’agriculture, Alain Bi­fa­ni sur le bud­get, Sa­lah Ho­nein sur la Cons­ti­tu­tion, Ziad Baroud et Charbel Na­has sur leur ex­pé­rience en tant que mi­nistre, Kha­led Kab­ba­ni sur la cor­rup­tion dans l’ad­mi­nis­tra­tion, Jean­pierre Ka­trib sur les Droits de l’homme, Ali Dar­wiche sur l’environnement, Saïd Sa­na­di­ki sur les lois élec­to­rales, Mouaf­fak Harb sur la pen­sée cri­tique et Sa­mi Atal­lah sur le rôle des ad­mi­nis­tra­tions lo­cales dans la dé­cen­tra­li­sa­tion.

Cette for­ma­tion gra­tuite, pré­vue pour quatre mois, dé­bute au mois de fé­vrier et s’achève au mois de juin. Ré­par­tis sur 17 séances, les cours ont lieu une fois par se­maine, en langue arabe et sont di­vi­sés en deux par­ties. L’in­ter­ve­nant fait sa pré­sen­ta­tion lais­sant le temps pour des ques­tions-ré­ponses. Un cer­ti­fi­cat de pré­sence est re­mis à tous les par­ti­ci­pants à la fin du cur­sus.

DES JEUNES ENCARTÉS. Les jeunes qui par­ti­cipent au Youth Lea­der­ship Program sont âgés de 21 à 30 ans et sont tous encartés. Ils sont dé­si­gnés par leurs par­tis pour as­sis­ter à ce cur­sus. «Gé­né­ra­le­ment, le groupe est com­po­sé de 22 per­sonnes, chaque par­ti ayant en­voyé plus d’un cadre, en fonc­tion de

l’im­por­tance de ce­lui-ci et de son poids sur la scène lo­cale».

Mo­ham­mad Soun­dos, 25 ans, est membre du Cou­rant du Fu­tur. «Ma par­ti­ci­pa­tion à ce pro­gramme était une ex­pé­rience très im­por­tante. Nous sommes ar­ri­vés avec l’idée d’ac­cep­ter l’autre et de dis­cu­ter fran­che­ment avec lui des points sur les­quels on n’était pas d’ac­cord». Il re­con­naît qu’au dé­part, il avait des idées pré­con­çues. «Mais nous étions très ou­verts, sans pen­ser que l’autre avait tort. Ce­la nous a per­mis de sor­tir de notre cercle, d’écou­ter l’autre, de ne pas être agres­sif». Lors­qu’on lui de­mande si les bar­rières confes­sion­nelles et idéo­lo­giques étaient tom­bées, il af­firme que le Cou­rant du Fu­tur est très ou­vert et que ses membres sont is­sus de toutes les com­mu­nau­tés. Mo­ham­mad Soun­dos sou­ligne qu’il faut que les jeunes aient une ou­ver­ture d’es­prit car ce­ci em­pêche la po­li­tique de les sé­pa­rer. «Ce work­shop a fa­ci­li­té notre ou­ver­ture. Ce genre d’ini­tia­tive, or­ga­ni­sées à un ni­veau plus élar­gi, per­met à tous les Li­ba­nais de se ren­con­trer à mi-che­min. Les jeunes doivent sor­tir de leur cercle et de leur mi­lieu pour al­ler vers l’autre».

Ab­del Rah­mane Dbai­bo, 21 ans, est membre de la Ja­maa is­la­miya. «Se re­trou­ver au­tour d’une même table a bri­sé beau­coup de bar­rières. Cet ate­lier a ou­vert de nou­veaux ho­ri­zons», dit-il. La re­la­tion entre chré­tiens et mu­sul­mans, il ne la voyait pas sous le même angle. «Mal­gré les dif­fé­rences de point de vue, nos re­la­tions étaient bonnes avec tous les par­ti­ci­pants, puis­qu’en dé­fi­ni­tive nous sommes tous Li­ba­nais». «Après avoir as­sis­té à ce pro­gramme, mon opi­nion a chan­gé concer­nant les par­tis. J’ai ap­pris plus sur leur point de vue concer­nant cer­tains su­jets d’une ma­nière beau­coup plus claire, loin de ce qui se dit et se trans­met dans les mé­dias». Pour­tant, il re­con­naît avoir eu des ap­pré­hen­sions au dé­part. «Quand on ne connaît pas l’autre, il est nor­mal d’avoir des pré­ju­gés et des peurs mais à la fin, nous sommes de­ve­nus amis et la re­li­gion ne nous a pas sé­pa­rés. Nous sommes tous fils d’un même pays». Dbai­bo a ten­té d’ame­ner les autres à mo­di­fier leur opi­nion sur son par­ti. «Cer­tains ont été po­si­tifs, d’autres moins, mais de mon cô­té, j’étais ou­vert à tous. Nous de­vons bri­ser les bar­rières qui nous sé­parent pour vivre tous dans ce pays en to­tale har­mo­nie. C’est ce­la la vé­ri­table co­exis­tence. J’au­rai sou­hai­té que tous les par­tis soient pré­sents car per­sonne ne peut éli­mi­ner l’autre».

My­riam Mi­khaël, 24 ans, vient des Forces li­ba­naises. «C’est l’une des for­ma­tions les plus in­té­res­santes que j’ai ja­mais sui­vie. Ce­la m’a per­mis d’être en contact avec des par­tis avec les­quels on ne s’en­tend pas d’ha­bi­tude et je me suis fait de nou­veaux amis de tous les bords». My­riam avoue qu’elle vient d’un mi­lieu conser­va­teur, quelque peu «ex­tré­miste», qui ad­met dif­fi­ci­le­ment l’autre. Elle était sur­tout dé­ran­gée par le com­por­te­ment des re­pré­sen­tants de la Ja­maa is­la­miya, dont le té­lé­phone son­nait avec un «Al­lah Ak­bar» et qui s’abs­te­naient de ser­rer la main pour sa­luer. Pour­tant, il n’y a ja­mais eu de clash, mais des dis­cus­sions franches. «Le but était de se re­trou­ver et à la fin du pro­gramme, j’ai ap­pris à ad­mettre les autres, sur­tout les par­tis mu­sul­mans. Mon re­gard a chan­gé mais il y a tou­jours cer­taines choses que je ne peux pas to­lé­rer». Au mo­ment où elle as­sis­tait à ce cur­sus, l’en­tente entre le CPL et les FL a été conclue et celle-ci a eu un grand im­pact sur la re­la­tion entre les cadres. «Au­tour de nous, tout le monde n’était pas très content, beau­coup n’y croyaient pas. A la fin de ce pro­gramme, des bar­rières sont tom­bées entre moi et les mu­sul­mans ain­si qu’entre moi et les autres par­tis chré­tiens», confie My­riam. Cette

LE HEZ­BOL­LAH N’A PAS PU ÊTRE CONVIÉ CAR LA LRF EST UNE ONG EN­RE­GIS­TRÉE AUX ÉTATS-UNIS.

for­ma­tion lui a éga­le­ment per­mis de pas­ser de se­cré­taire gé­né­rale de la sec­tion des étu­diants au sein des FL à se­cré­taire gé­né­rale du co­mi­té d’ac­ti­va­tion du rôle de la femme.

My­riam An­toun, 24 ans, est membre du Cou­rant pa­trio­tique libre. «Je suis ar­ri­vée avec des pré­ju­gés en­vers plu­sieurs par­tis et la ferme convic­tion qu’il était im­pos­sible de s’en­tendre avec eux, tel le Cou­rant du Fu­tur. Puis fi­na­le­ment, on s’est dé­cou­vert des points de vue si­mi­laires sur beau­coup de su­jets». Cette for­ma­tion lui a per­mis de ren­con­trer des par­tis qu’elle ne connais­sait pas, comme la Ja­maa is­la­miya. «On avait tout le temps des di­ver­gences et ce qui était sur­pre­nant, c’est que nous par­ta­gions beau­coup de points de vue avec le Fu­tur contre la Ja­maa is­la­miya. Avec les FL, la re­la­tion était bonne. Le seul désac­cord entre nous por­tait sur la re­la­tion avec le Hez­bol­lah».

Ka­mal Ama­tou­ry, 29 ans, membre du Par­ti so­cia­liste pro­gres­siste. «J’ai beau­coup ap­pris grâce à cette for­ma­tion et j’ai trans­mis toutes les in­for­ma­tions ac­quises à d’autres membres du par­ti. Nous avons be­soin de telles for­ma­tions pour par­ve­nir à la vé­ri­table ci­toyen­ne­té et dé­cou­vrir toutes les vé­ri­tés. On a dé­cou­vert que sou­vent on ac­cu­sait des gens qui n’étaient pas res­pon­sables en réa­li­té». Res­pon­sable des ré­gions dans le cadre de l’or­ga­ni­sa­tion de la jeu­nesse so­cia­liste pro­gres­siste, Ka­mal Ama­tou­ry es­time que sur le plan confes­sion­nel, il est laïc et ap­par­tient à un mi­lieu ou­vert puisque le PSP com­porte des membres de toutes les confes­sions. «On ne peut pas faire de la po­li­tique si les gens ne sont pas unis par l’ami­tié. C’est grâce à celle-ci que l’on peut dé­ve­lop­per les re­la­tions po­li­tiques. C’est fa­cile de lan­cer des ac­cu­sa­tions quand on ne connaît pas vé­ri­ta­ble­ment la per­sonne». Se­vag Tou­tou­shian, 23 ans, du Tach­nag, es­time que c’était une ex­pé­rience po­si­tive de pou­voir réunir au­tour d’une même table des gens de confes­sions et de re­li­gions dif­fé­rentes et de pou­voir dis­cu­ter de su­jets va­riés. «Chaque per­sonne ayant pro­fi­té de ces in­for­ma­tions de­vraient les trans­mettre au­tour d’elle. C’était sur­pre­nant de dé­cou­vrir l’exis­tence de su­jets sur les­quels on pou­vait s’ac­cor­der avec des per­sonnes aux­quelles on ne pen­sait pas du tout». Se­vag ra­conte comment il a été agréa­ble­ment sur­pris de consta­ter comment le Cou­rant du Fu­tur ex­pli­quait à la Ja­maa is­la­miya que le gé­no­cide ar­mé­nien avait eu lieu, con­trai­re­ment à ce que ces der­niers pen­saient. «Je me suis fait des amis dans des par­tis dif­fé­rents et on s’est re­trou­vé par la suite». Il avoue qu’au dé­part, cha­cun avait ses pré­ju­gés. «Nous avons, ce­pen­dant, réus­si à les dé­pas­ser. Nous étions tous concer­nés par les mêmes pro­blèmes et nous avons tous les mêmes buts. Les cou­pures d’eau et d’élec­tri­ci­té touchent tout le monde. Cette ex­pé­rience a per­mis plus d’ou­ver­ture et une ac­cep­ta­tion de l’autre».

*Le­ba­non Renaissance Foun­da­tion est une ONG in­dé­pen­dante et à but non-lu­cra­tif, fon­dée en 2007 et en­re­gis­trée aux Etats-unis, à Wa­shing­ton D.C.

DES EX­PERTS Les thèmes sont don­nés par des confé­ren­ciers qui sont des ex­perts en la ma­tière.

Sur notre pho­to, l’ex-mi­nistre des Té­lé­coms, Charbel Na­has.

CER­TI­FI­CAT Un cer­ti­fi­cat de pré­sence est re­mis à tous les par­ti­ci­pants à la fin du cur­sus, qui s’étale sur quatre mois et de­mi.

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