RO­GER NASNAS

Entre le monde des as­su­rances dans le­quel il est né, ce­lui de l’éco­no­mie pour le­quel il était pré­des­ti­né et ce­lui de la bien­fai­sance dans le­quel il est for­te­ment im­pli­qué, le Pdg de la so­cié­té AXA et pré­sident du Conseil éco­no­mique et social, Ro­ger Nasnas

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L'homme aux mul­tiples casquettes

Dé­lais­sant l’im­pres­sion­nant bu­reau pré­si­den­tiel du Conseil éco­no­mique et social, c’est au­tour de la table de confé­rence que Ro­ger Nasnas, un homme d’une grande sim­pli­ci­té, a pris ses quar­tiers. Avec beau­coup d’émo­tion, un brin d’hu­mour, une im­mense foi et un grand en­thou­siasme, il re­vient sur un par­cours riche en ex­pé­riences et en réa­li­sa­tions. «La seule dif­fé­rence entre vous et moi, c’est 40 ans de tra­vail, de foi dans le Li­ban et de trans­pa­rence». C’est avec ces mots que Ro­ger Nasnas s’adresse aux jeunes étu­diants qu’il ren­contre, lui qui a com­men­cé sa car­rière à l’âge de 22 ans.

Is­su d’une fa­mille de la «pe­tite bour­geoi­sie», à 18 ans cet amou­reux des re­la­tions hu­maines vou­lait de­ve­nir psy­chiatre. Alors qu’il pré­pa­rait le concours d’en­trée à l’école de mé­de­cine, il pré­sente à son père un client pour sa com­pa­gnie d’as­su­rance. «Mon père m’a alors convo­qué dans son bu­reau et m’a re­mis un chèque dont le mon­tant équi­va­lait à deux ans d’ar­gent de poche. L’idée m’a plu et je me suis re­trou­vé en train de faire un stage dans la com­pa­gnie d’as­su­rance de mon père si­mul­ta­né­ment avec des études d’éco­no­mie». Il n’a que 23 ans lors­qu’à la suite du dé­cès de son père, il prend les rênes de la so­cié­té. «En l’an 2000, après le ra­chat par AXA de L’UAP (Union des As­su­rances de Pa­ris), nous avons né­go­cié un par­te­na­riat pour le Le­vant à tra­vers AXA Middle East, où AXA dé­tient 51% et notre groupe 49% et la pré­si­dence m’a été confiée. Puis nous avons par­ti­ci­pé à Glo­be­med, qui est une so­cié­té de ges­tion et d’ad­mi­nis­tra­tion des si­nistres hos­pi­ta­liers et médicaux». Pro­fon­dé­ment croyant, Ro­ger Nasnas est un homme qui vit plei­ne­ment sa foi. Mar­qué par une ex­pé­rience per­son­nelle, au cours de la­quelle il a failli perdre un être qui lui est très cher, Ro­ger Nasnas dé­cide de se lan­cer dans l’hu­ma­ni­taire. Il entre en contact avec Mon­sei­gneur Ha­bib Ba­cha, lui pro­pose son aide et de­vient son conseiller fi­nan­cier. Il est membre de l’as­so­cia­tion hu­ma­ni­taire qui met sur pied le dis­pen­saire des grecs-ca­tho­liques. Il par­ti­cipe éga­le­ment à la créa­tion d’un centre de jour pour les per­sonnes du troi­sième âge, leur don­nant l’op­por­tu­ni­té de ve­nir consul­ter un mé­de­cin ou dé­jeu­ner. Germe en­suite l’idée de la créa­tion d’un asile de vieillards grâce à la do­na­tion d’un ter­rain en hé­ri­tage à l'as­so­cia­tion de bien­fai­sance grecque-ca­tho­lique, par Ma­rie Hib­bi. «C’est un pro­jet qui s'étend sur 18 000 m2, com­por­tant 140 lits, une mai­son de re­pos et une mai­son de conva­les­cence, qui se­ra ache­vé à la fin de cette an­née».

PAR­TIR OU RES­TER. Pen­dant la guerre, avec de jeunes di­ri­geants et chefs d’en­tre­prise res­tés au Li­ban et qui se concer­taient de temps à autre sur leurs ges­tions res­pec­tives en temps de guerre, Ro­ger Nasnas crée le Ras­sem­ble­ment des chefs d’en­tre­prises li­ba­nais (RDCL). «Le but était de dé­fendre l’en­tre­prise et l’es­prit d’éco­no­mie libre. Nous étions convain­cus que nos

échanges mu­tuels ne pou­vaient être que bé­né­fiques, sor­tant ain­si de l’in­di­vi­dua­lisme et col­la­bo­rant avec l’etat pour re­mé­dier aux pro­blèmes éco­no­miques et so­ciaux. Ce fut une très riche ex­pé­rience pour moi. J’ai as­su­ré la pré­si­dence pen­dant une di­zaine d’an­nées, ce qui m’a ame­né à la pré­si­dence du Conseil éco­no­mique et social, où j’ai été élu en l’an 2000».

Au dé­but de la guerre, Ro­ger Nasnas avait le choix entre res­ter au Li­ban et dé­fendre son en­tre­prise ou par­tir vers d’autres pays et y construire un ave­nir. «J’ai choi­si de res­ter. Je crois en notre pays. Je crois dans les Li­ba­nais et leur ca­pa­ci­té à sor­tir des épreuves. Je crois dans leur es­prit en­tre­pre­neur et leur ca­pa­ci­té à com­mu­ni­quer». Il dé­fend la pré­sence de la so­cié­té ci­vile, qui est «une va­leur ajou­tée», tout comme il prône le dia­logue avec les hommes d’ex­pé­rience et de ter­rain. «J’ai eu plu­sieurs op­por­tu­ni­tés qui m’ont ame­né à m’oc­cu­per de dif­fé­rents do­maines com­plé­men­taires et qui étaient tous condi­tion­nés par le dia­logue et le consen­sus».

Créé par les ac­cords de Taëf, ce n’est qu’en l’an 2000 que le Conseil éco­no­mique et social a vu le jour. «Une pre­mière as­sem­blée gé­né­rale a été nom­mée par le Conseil des mi­nistres et j’en ai été élu pré­sident avec un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de 9 membres». Son but est de fa­vo­ri­ser le dia­logue entre les dif­fé­rentes com­po­santes de la so­cié­té ci­vile et l’etat d’une part, et de par­ti­ci­per avec les au­to­ri­tés aux orien­ta­tions po­li­tiques éco­no­miques et so­ciales, d’autre part. «En trois ans, nous avons créé ce conseil de toutes pièces avec, entre nos mains, un texte de loi oeu­vrant dans trois di­rec­tions. D’abord, éla­bo­rer son rè­gle­ment in­té­rieur et sa struc­ture ad­mi­nis­tra­tive, agréés par le Conseil des mi­nistres deux ans après. Jus­qu’à pré­sent, nous comp­tons trois sa­la­riés. En­suite, nous avons fa­vo­ri­sé, au plan in­terne, le dia­logue entre le pa­tro­nat et les sa­la­riés et la re­la­tion entre le pa­tro­nat et les autres membres de la so­cié­té ci­vile. En­fin, ins­tau­rer

une col­la­bo­ra­tion et un par­rai­nage avec les plus im­por­tants conseils éco­no­miques et so­ciaux dans le monde, no­tam­ment fran­çais et eu­ro­péen».

DIAG­NOS­TIC ET SO­LU­TION. Le man­dat s’est ache­vé en 2002 et le Conseil des mi­nistres n’a tou­jours pas nom­mé une nou­velle as­sem­blée. A la de­mande des res­pon­sables, il conti­nue à ex­pé­dier les af­faires cou­rantes et oeuvre dans deux di­rec­tions. En pre­mier lieu, main­te­nir la pré­sence du Li­ban en force dans les réunions des Conseils éco­no­miques et so­ciaux ré­gio­naux et in­ter­na­tio­naux. «J’ai prô­né la for­ma­tion d’un Conseil eu­ro­mé­di­ter­ra­néen pour pous­ser les di­ri­geants à ap­puyer da­van­tage les pays du sud de la Mé­di­ter­ra­née, no­tam­ment au ni­veau des ré­fu­giés». L’as­sem­blée des conseils arabes, créée il y a deux ans, a élu Ro­ger Nasnas pré­sident pour un man­dat de trois ans. En se­cond lieu, il conti­nue à or­ga­ni­ser des sé­mi­naires et des réunions pour main­te­nir vi­vante l’image du Conseil éco­no­mique et social. «Avec un groupe d’ex­perts et de spé­cia­listes, nous avons réa­li­sé une pre­mière étude en 2006 à la suite de la­quelle fut pu­blié

en 2007 Le Li­ban de de­main, vers une vi­sion éco­no­mique et so­ciale. En 2016, est pa­ru Le Li­ban de de­main, vers un dé­ve­lop­pe­ment

éco­no­mique et social. L’idée est de pro­fi­ter du temps mort pour ten­ter de dé­ga­ger avec les ex­perts, d’une ma­nière consen­suelle, une vi­sion éco­no­mique et so­ciale pour le pays avec diag­nos­tic et so­lu­tion».

Par la suite, cette vi­sion a été élar­gie afin de por­ter sur des ré­formes et des su­jets d’ac­tua­li­té, tels que la dé­cen­tra­li­sa­tion, la cor­rup­tion, le par­te­na­riat entre le sec­teur pri­vé et le sec­teur pu­blic (PPP), l’eau, l’élec­tri­ci­té. «Cette vi­sion a été pu­bliée. Pour moi, elle re­pré­sente une feuille de route, un draft pour dis­cus­sion, une in­tro­duc­tion au dia­logue que nous avons lan­cé au Sé­rail, en oc­tobre der­nier, en pré­sence de per­son­na­li­tés po­li­tiques, éco­no­miques et so­ciales». Dès le mois de juin, des ate­liers de tra­vail se­ront lan­cés sur dif­fé­rents cha­pitres pour ten­ter de dé­ga­ger un consen­sus entre les hommes po­li­tiques et les com­po­santes de la so­cié­té ci­vile pour le sou­mettre à dis­cus­sion. Les méandres de la po­li­tique, la com­plexi­té de la si­tua­tion éco­no­mique, les nom­breux dé­fis qui ont ja­lon­né son par­cours, rien ne semble de­voir ar­rê­ter cet homme dé­ter­mi­né jus­qu’au bout. Ani­mé de sa foi en Dieu, fervent croyant en son pays et en la ca­pa­ci­té des Li­ba­nais de sor­tir de n’im­porte quelle si­tua­tion, il pour­suit son che­min. Dans son bu­reau, un cadre qui porte ces quelques mots et dont il a fait sa de­vise: «Lors­qu’un homme veut ac­com­plir quelque chose, il trouve contre lui ceux qui vou­laient le faire eux-mêmes, ceux qui vou­laient faire le contraire et ceux qui ne veulent rien faire du tout».

IS­SU D’UNE FA­MILLE DE LA «PE­TITE BOUR­GEOI­SIE», À 18 ANS, CET AMOU­REUX DES RE­LA­TIONS HU­MAINES VOU­LAIT DE­VE­NIR PSY­CHIATRE.

PEN­DANT LA GUERRE,

AVEC DE JEUNES DI­RI­GEANTS ET CHEFS D’EN­TRE­PRISE RES­TÉS AU LI­BAN, RO­GER NASNAS CRÉE LE RDCL, QU’IL DIRIGERA PEN­DANT UNE DI­ZAINE D’AN­NÉES.

OB­JEC­TIFS Le CES a pour but de main­te­nir la pré­sence du Li­ban dans les réunions des Conseils éco­no­miques et so­ciaux ré­gio­naux et in­ter­na­tio­naux.

LE PDG D’AXA SE LANCE DANS L'HU­MA­NI­TAIRE ET PAR­TI­CIPE À LA CRÉA­TION D’UN CENTRE DE JOUR POUR LES PER­SONNES ÂGÉES.

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