CHALETS AU LI­BAN

Au Li­ban, les ré­si­dences se­con­daires pour les va­cances à la mer ou à la mon­tagne – les «chalets» –, connaissent au­jourd’hui la même crise que le mar­ché im­mo­bi­lier tra­di­tion­nel. Le sec­teur doit se ré­in­ven­ter pour exis­ter.

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Un mar­ché à créer?

Et si vous pas­siez vos va­cances au Li­ban? La lo­ca­tion d’un cha­let peut pa­raître des plus sé­dui­santes pour souf­fler un peu hors de Bey­routh. Seule­ment voi­là, le mar­ché est en­core com­plè­te­ment dé­struc­tu­ré. Il n’existe tou­jours pas au Li­ban de vrai mar­ché pour la lo­ca­tion d’ap­par­te­ments à la se­maine ou sur de courtes du­rées.

MANQUE DE FLEXI­BI­LI­TÉ. «Au­jourd’hui, le seg­ment des ré­si­dences se­con­daires, re­pré­sente un mar­ché presque in­si­gni­fiant, es­time Joe Ka­naan, le pré­sident de So­de­co Ges­tion. La de­mande est en très forte baisse par rap­port à ce qu’elle était il y a en­core cinq ans, avant la crise éco­no­mique qui a tou­ché le pays». Les loyers des biens im­mo­bi­liers ont bais­sé de 25% ces der­nières an­nées, le pro­fes­sion­nel avance une baisse si­mi­laire pour les ré­si­dences se­con­daires. «Pour­tant, les prix étaient éle­vés au­pa­ra­vant. Dans des ré­gions comme Fa­q­ra, on ne trou­vait rien en des­sous de 40 000 dol­lars par an».

Au­jourd’hui, c’est le calme plat sur le mar­ché lo­ca­tif des chalets, d’au­tant que les pro­prié­taires re­chignent à s’adap­ter à la nou­velle donne. «Ils ne sou­haitent pas louer leurs biens à la se­maine, comme l’exige la de­mande, ex­plique Joe Ka­naan, alors que la clien­tèle po­ten­tielle, lo­cale ou celle is­sue de la dia­spo­ra, ne sou­haite pas louer pour de longues du­rées». Pour­tant si le cha­let n’est pas loué en dé­but de sai­son, il res­te­ra vide tout l’été. En termes de ventes, ce n’est guère mieux. Avec la crise éco­no­mique, la prio­ri­té des mé­nages est d’ac­qué­rir une ré­si­dence prin­ci­pale plu­tôt qu’un cha­let qui, en plus, se­ra très dif­fi­cile à re­vendre.

«Nos ventes de chalets ne sont pas très si­gni­fi­ca­tives, ad­met Joe Ka­naan. Il s’agit de tran­sac­tions au coup par coup, mais rien de très im­por­tant, re­con­naît le pro­fes­sion­nel. Le pro­blème est que les prix af­fi­chés sont en­core très éle­vés en com­pa­rai­son avec la con­jonc­ture ac­tuelle. Les pro­prié­taires ne veulent rien lâ­cher: ils ont ac­quis leurs biens à un cer­tain prix et n’étant pas dans une si­tua­tion d’ur­gence ne sou­haitent pas re­voir leurs prix à la baisse. Cer­tains chalets peuvent res­ter jus­qu’à cinq ans en vente sur le mar­ché».

PRO­JETS EN COURS. Un sec­teur à la traîne, qui ne re­froi­dit pour­tant pas les pro­mo­teurs qui misent sur le dy­na­misme re­trou­vé de cer­taines ré­gions comme Zaa­rour. Charbel Abou Jaou­dé a fait le pa­ri de lan­cer plu­sieurs pro­jets dans cette zone en plein dé­ve­lop­pe­ment.

De­puis 2012, plus de 500 chalets ont été construits à Zaa­rour. Se­lon le pro­mo­teur, 80% d’entre eux ont été ven­dus. «Je ne pense pas

que ce seg­ment soit en crise car il reste en­core une clien­tèle pri­vi­lé­giée en quête de pro­duits de luxe et la ré­si­dence se­con­daire en fait par­tie», consi­dère-t-il. «Il s’agit d’un sec­teur de niche et c’est pour cette rai­son que nous avons choi­si de nous po­si­tion­ner sur du haut de gamme».

Charbel Abou Jaou­dé tra­vaille ac­tuel­le­ment sur un nou­veau pro­jet d’ap­par­te­ments bap­ti­sé «Les Chalets du Lac» pour un in­ves­tis­se­ment de 2,5 mil­lions de dol­lars avec 15 mai­sons d’une su­per­fi­cie va­riant entre 73 et 140 m2. Elles sont ven­dues entre 2 800 et 3 100 dol­lars le mètre car­ré. Le pro­jet, dont le pro­mo­teur es­time avoir dé­jà ven­du 40% de son stock, se­ra livré en août 2018.

«Les ac­qué­reurs sont des Li­ba­nais qui sou­haitent un bien pour skier l’hi­ver ou pas­ser l’été au frais. En gé­né­ral, ils n’achètent pas en vue de re­louer mais pour leur propre usage». Charbel Abou Jaou­dé ne compte pas s’ar­rê­ter là. «Nous al­lons construire d’autres chalets à Zaa­rour car la zone est en ébul­li­tion et nous croyons au po­ten­tiel du sec­teur ». C’est aus­si l’opi­nion d’alain Di­bo, di­rec­teur gé­né­ral de DEMCO Pro­per­ties. Il tra­vaille ac­tuel­le­ment sur un pro­jet de 200 chalets, «Re­drock», si­tué à Fa­q­ra et af­firme avoir ven­du 70% de son stock pour un prix de 2 700 dol­lars le mètre car­ré. «Nous avons in­ves­ti dans ce sec­teur car nous pen­sons qu’il existe une op­por­tu­ni­té. Les Li­ba­nais dé­si­rent un mode de vie plus sain, ce qui im­plique de se rap­pro­cher de la nature, en s’éloi­gnant des villes».

UN PO­TEN­TIEL INEXPLOITÉ. «Ce mar­ché de l’im­mo­bi­lier re­pré­sente un po­ten­tiel mais a be­soin d’être struc­tu­ré, in­siste Joe Ka­naan. Il faut que les pro­prié­taires qui sou­haitent louer s’adaptent à la nou­velle réa­li­té: pro­po­ser leurs biens en lo­ca­tion sur de courtes du­rées. Il fau­drait aus­si créer des agences spé­cia­li­sées dans ce sec­teur».

Se­lon ce pro­fes­sion­nel du sec­teur, le mar­ché reste au­jourd’hui à créer. «On ne peut pas dé­mar­cher la clien­tèle si nous ne dis­po­sons pas de pro­duits adap­tés, ex­plique-t-il. Si les pro­prié­taires s’y mettent et ac­ceptent de jouer le jeu avec nous, il existe tout un mar­ché qui pour­rait sé­duire la clien­tèle lo­cale et la dia­spo­ra».

FLEXI­BI­LI­TÉ Sou­plesse des prix ou des du­rées de lo­ca­tion, les pro­prié­taires de­vront s’adap­ter.

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