LA BIEN­NALE DE VE­NISE

«Vi­va Arte Vi­va», c’est sous ce thème que se dé­roule la 57e édi­tion de la Bien­nale de Ve­nise, jus­qu’au 26 no­vembre. Re­tour sur l’une des plus an­ciennes ma­ni­fes­ta­tions ar­tis­tiques de tous les temps.

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR NAYLA RACHED

Pour la troi­sième fois de son his­toire, le Li­ban dis­pose de son pa­villon na­tio­nal à la Bien­nale de Ve­nise. La pre­mière par­ti­ci­pa­tion du pays re­monte à 2007, dans une an­cienne bras­se­rie, sur l’île de Gui­dec­ca, où une ex­po­si­tion col­lec­tive ras­sem­blait le tra­vail de Fouad el-khoury, La­mia Jo­reige, Wa­lid Sa­dek, Mou­ni­ra el-solh et Akram Zaa­ta­ri. Pour sa deuxième par­ti­ci­pa­tion, non consé­cu­tive, puis­qu’elle a lieu en 2013, c’est le vi­déaste Akram Zaa­ta­ri, qui ex­po­se­ra son ins­tal­la­tion Let­ter to a re­fu­sing pi­lot.

Le Li­ban est de re­tour, cette an­née, re­pré­sen­té par le plas­ti­cien et mu­si­cien Zad Moul­ta­ka, avec l’ins­tal­la­tion Ša­maš, so­leil noir so­leil, un pro­jet «qui unit ar­chi­tec­ture vi­suelle et com­po­si­tion so­nore. Il as­so­cie les re­cherches mu­si­cales et plas­tiques de l’ar­tiste dans une sy­ner­gie de formes, de ma­tières et de sons». Le par­cours du Li­ban à la Bien­nale de Ve­nise a été rap­pe­lé, une se­maine avant l’inau­gu­ra­tion de l’évé­ne­ment, le 13 mai, en quelques dates et ex­pli­ca­tions, par An­to­nio d’avos­sa, pro­fes­seur d’his­toire d’art contem­po­rain à l’aca­dé­mie des Beaux-arts de Bre­ra. C’était lors d’une soi­rée un peu par­ti­cu­lière, qui a eu lieu le ven­dre­di 5 mai à la Vil­la Ita­lia, la ré­si­dence de l’am­bas­sa­deur d’ita­lie au Li­ban, Mas­si­mo Mar­ro­ti. Un «Es­pres­so time De­caf» qui a ras­sem­blé une cin­quan­taine de per­son­na­li­tés du monde de l’art au Li­ban, pour re­ve­nir jus­te­ment sur l’his­to­rique et l’im­por­tance

de la Bien­nale de Ve­nise. De dis­cus­sions en ren­contres, les convives se sont réunis au­tour du Pr. d’avos­sa, aux pro­pos tein­tés d’hu­mour, pour dé­cou­vrir «l’his­toire et les his­toires» de la Bien­nale, de­puis sa créa­tion jus­qu’au suc­cès de ses scan­dales.

PÉ­RI­PÉ­TIES À L’ITA­LIENNE. Nous voi­là en 1895, sous le règne du roi Um­ber­to et de la reine Mar­gue­rite de Sa­voie. Cette der­nière, très ac­tive, ex­plique An­to­nio d’avos­sa, veut créer en Ita­lie une ex­po­si­tion sur le mo­dèle des ex­po­si­tions uni­ver­selles de Londres et Pa­ris, qui im­plique donc la no­tion de pa­villon. En maître confé­ren­cier par­fait, te­nant son pu­blic en ha­leine, An­to­nio d’avos­so, nous fait suivre les pé­ri­pé­ties de cette aven­ture, de la chute du cam­pa­nile de l’église Saint-marc jus­qu’à l’ins­tal­la­tion de la Bien­nale dans les jar­dins, Giar­di­ni, et l’éclo­sion, au fil du temps, des pa­villons dans dif­fé­rents en­droits, un pa­lais, une église, une bras­se­rie...

Dans sa pre­mière édi­tion, la Bien­nale ac­cueille 100000 vi­si­teurs, un chiffre très im­por­tant à

PAR­MI LES THÈMES ABOR­DÉS À LA BIEN­NALE, L'ÉCO­LO­GIE, L'EMPRISE DES FORTS SUR LES FAIBLES, OU TOUT SIM­PLE­MENT, LA JOIE ET L'AMOUR DE L'ART.

l’époque. L’im­por­tance de cette ma­ni­fes­ta­tion ré­side no­tam­ment dans le re­père ar­tis­tique qu’elle consti­tue puis­qu’elle ac­cueille tous les «évé­ne­ments» qui ont agi­té l’art contem­po­rain et l’ont mar­qué du suc­cès des scan­dales. La Bien­nale de­meure bien le lieu où le scan­dale éclot, de Pi­cas­so à Gia­co­mo Gros­so en pas­sant par Mo­di­glia­ni, jus­qu’à «l’in­va­sion amé­ri­caine» du «pop-art» en 1964. Mais aus­si la ré­vo­lu­tion de mai 68 qui s’in­vite à l’ex­po­si­tion avec ses ar­tistes qui, dès l’ap­pa­ri­tion de la po­lice, re­tournent leurs toiles: «La Bien­nale est fas­ciste», écrit l’un d’eux sur le re­vers de son ta­bleau.

Avec le temps, la re­la­tion avec le pu­blic se trans­forme éga­le­ment. Jusque dans les an­nées 70, l’ex­po­si­tion at­ti­rait es­sen­tiel­le­ment des spé­cia­listes, mais l’art se dé­mo­cra­ti­sant de plus en plus, le nombre de vi­si­teurs, tout pu­blic, s’ac­croît d’édi­tion en édi­tion. La Bien­nale de Ve­nise, in­siste An­to­nio d’avos­sa, est «un mi­roir des chan­ge­ments de la vie, de la géo­gra­phie, de la po­li­tique». Mais au-de­là de tout, l’art c’est sur­tout ça: «un mes­sage pour la vie».

ZAD MOUL­TA­KA Avec Ša­maš, l'ar­tiste conjugue in­ven­tion mu­si­cale et re­cherche plas­tique.

PA­VILLONS Entre les jar­dins et l'ar­se­nal, la Ci­té des Doges ac­cueillent 87 pa­villons na­tio­naux et de nom­breuses ex­po­si­tions. DEMON WITH BOWL, DE DAMIAN HIRST.

FRANCE.

ARGENTINE.

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