AU NOM DE LA STA­BI­LI­TÉ

Le Mensuel Magazine - - Éditorial -

La pro­ro­ga­tion du man­dat du gou­ver­neur de la Banque du Li­ban (BDL), Riad Sa­la­mé, pour un man­dat de six an­nées, ne fait pas l’una­ni­mi­té des par­tis po­li­tiques et des ex­perts, même si la dé­ci­sion a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des mi­nistres te­nue à Baab­da. Les op­po­sants à cette dé­ci­sion s’ex­priment ou­ver­te­ment. Cer­tains d’entre eux ac­cusent le pa­tron de la banque cen­trale d’être «l’al­lié pri­vi­lé­gié des banques com­mer­ciales», l’af­fu­blant, par­fois, du titre peu élo­gieux de «ban­quier des banques». La stra­té­gie qu’il met en oeuvre, à chaque fois que ce sec­teur est con­fron­té à un dé­but de crise, abou­tit à rendre les éta­blis­se­ments de cré­dits, ou la plu­part d’entre eux, re­la­ti­ve­ment ren­for­cés. D’autres dé­trac­teurs, plus sé­vères, le qua­li­fient, car­ré­ment, de «gar­dien des vo­leurs du temple». En deux mots, le 5ème man­dat qu’en­ta­me­ra Riad Sa­la­mé en juillet se­ra en­core plus dé­li­cat et dif­fi­cile à gé­rer que les pré­cé­dents. Le sta­tu quo de sta­bi­li­té re­la­tive au pays du cèdre peut bas­cu­ler brus­que­ment. Le Proche-orient est dans la tour­mente. Le monde arabe, les pré­si­dents amé­ri­cain et russe, Do­nald

Trump et Vla­di­mir Pou­tine, n’ont pas en­core je­té leurs dés et tous les scé­na­rios sont en­core pos­sibles. Karl Al­brecht avait dit: «Par­tir avec un idéal en tête et fi­nir avec un deal», alors qu’ash­leigh Brilliant avait conseillé «de né­go­cier (…), si vous ne pou­vez ni le contrô­ler, ni le sur­mon­ter.» Or au­jourd’hui, le Li­ban est contraint de suivre les rè­gle­ments – sou­vent per­çus comme des dik­tats – des pays dont il uti­lise la mon­naie, en l’oc­cur­rence le dol­lar amé­ri­cain et l’eu­ro, en­traî­nant une obli­ga­tion iné­luc­table, celle de la né­go­cia­tion. Riad Sa­la­mé a réus­si à gé­rer ce vo­let, en évi­tant au Li­ban et à son sec­teur ban­caire le pire. Néan­moins, il ne peut pas se pré­va­loir d’avoir re­lan­cé la crois­sance éco­no­mique – mais est-ce son rôle? –, en dé­pit des pro­grammes de sub­ven­tion des taux d’in­té­rêts dé­bi­teurs et d’autres sti­mu­la­tions adop­tées par la BDL, ces cinq der­nières an­nées. Se­lon les pré­vi­sions du FMI, le taux de crois­sance se­rait, en 2022, de 3%. Il est évident que la po­li­tique mo­né­taire a quelque peu em­pié­té sur la po­li­tique éco­no­mique et fi­nan­cière. Mais qui en as­sume la res­pon­sa­bi­li­té?

Certes, per­sonne n’est in­dis­pen­sable dans le monde des af­faires, de l’éco­no­mie et des fi­nances. Mais il y a aus­si ce que l'on ap­pelle «l’homme du mo­ment». En at­ten­dant que les épais nuages qui couvrent la ré­gion com­mencent à se dis­si­per, le pays doit res­pi­rer, mais, sur­tout, il a be­soin «d’ins­pi­ra­tion di­vine pour une pru­dente conti­nui­té de ré­si­lience et d’in­gé­nie­rie»… qui pro­fi­te­rait, cette fois, à tous.

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