MARWAN CHARBEL

De tous les mi­nistres de l’in­té­rieur de ces dix der­nières an­nées, Marwan Charbel est ce­lui qui a eu le man­dat le plus mou­ve­men­té. Entre Ah­mad el-as­sir, le dé­fer­le­ment des ré­fu­giés au Li­ban, les com­bats à Tri­po­li, l’an­cien mi­nistre n’a pas bé­né­fi­cié de cir

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR PAUL KHALIFEH

«Une par­tie des ré­fu­giés res­te­ra au Li­ban»

Quand il est rap­pe­lé, en 2011, pour di­ri­ger le mi­nis­tère de l’in­té­rieur, Marwan Charbel y voit le cou­ron­ne­ment na­tu­rel d’une longue car­rière sé­cu­ri­taire au ser­vice de son pays. En pre­nant ses quar­tiers à Sa­nayeh, ce gé­né­ral à la re­traite des Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure (FSI) était loin de s’ima­gi­ner que le gou­ver­ne­ment de Na­jib Mi­ka­ti, qu’il ve­nait d’in­té­grer, au­rait à gé­rer l’une des plus dan­ge­reuses pé­riodes de l’après-guerre ci­vile. La crise sy­rienne vient d’écla­ter et ses dé­bor­de­ments au Li­ban se font sen­tir très vite: crise po­li­tique, af­flux de ré­fu­giés, exa­cer­ba­tion des ten­sions sec­taires, mon­tée des ex­tré­mismes, at­ten­tats ter­ro­ristes… C’est dans ce contexte ex­plo­sif que le mi­nistre as­sume ses fonc­tions. Le pre­mier dé­fi ap­pa­raît quelques mois plus tard en la per­sonne d’un cheikh in­con­nu, Ah­mad el-as­sir, très vite pro­pul­sé par les mé­dias sur le de­vant de la scène. Cet épi­sode a pro­fon­dé­ment mar­qué le man­dat de Marwan Charbel et sa ges­tion de la crise fe­ra l’ob­jet d’une contro­verse qui écor­ne­ra du­ra­ble­ment son image. On cri­tique sa bon­hom­mie, face à un homme qui a dé­fié l’au­to­ri­té de l’etat; son manque de poigne visà-vis d’un phé­no­mène qui ris­quait de plon­ger le pays dans un conflit san­glant; sa fai­blesse, sa pro­pen­sion à la com­pro­mis­sion… Marwan Charbel s’in­digne de toutes ces épi­thètes mal­veillantes qu’on lui ac­cole. Amer, il s’es­time vic­time d’une «in­jus­tice», ré­vol­té, il dé­nonce une cam­pagne de dé­ni­gre­ment in­fon­dée. Mais les re­proches qu’on lui fait ne sont-ils pas jus­ti­fiés? N’a-t-il pas com­po­sé avec un cheikh ex­tré­miste, qui a dé­ci­dé d’ins­tal­ler, un 27 juin 2012, des di­zaines de tentes en pleine rue à Saï­da, cou­pant l’une des prin­ci­pales ar­tères re­liant le Li­ban-sud au reste du pays? «Ah­mad el-as­sir est ap­pa­ru sou­dai­ne­ment, et son but était de pro­vo­quer une dis­corde entre sun­nites et chiites, en conco­mi­tance avec la guerre en Sy­rie, ex­plique le gé­né­ral Charbel à Ma­ga­zine.

J’ai tout de suite com­pris ses in­ten­tions et j’en ai me­su­ré la gra­vi­té. Mais je ne peux pas en dire au­tant de tous ceux qui me cri­tiquent».

CA­BI­NET MONOCHROME. La ges­tion du phé­no­mène el-as­sir était d’au­tant plus dé­li­cate que le gou­ver­ne­ment Mi­ka­ti était «monochrome», pré­cise l’an­cien mi­nistre, avant d’ajou­ter: «Le Cou­rant du Fu­tur n’était

Marwan Charbel avec le ré­dac­teur en chef de Ma­ga­zine.

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