BEY­ROUTH, UNE DES­TI­NA­TION PRI­SÉE?

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Si pen­dant long­temps Bey­routh était consi­dé­ré comme l’hô­pi­tal du Moyen-orient et la ca­pi­tale de la chirurgie es­thé­tique, les choses ont bien chan­gé de­puis 2011. La crise sy­rienne et la baisse du tou­risme sont pas­sés par là. Le ta­lent des mé­de­cins li­ba­nais suf­fi­ra-t-il à faire re­ve­nir la manne que consti­tuent les pa­tients étran­gers?

Des agences de voyages spé­cia­li­sées, des for­faits in­cluant vi­sites tou­ris­tiques du pays, opé­ra­tions es­thé­tiques et sé­jours de re­mise en forme... Il y a en­core quelques an­nées, une fré­né­sie s’em­pa­rait du Li­ban qui se rê­vait dé­jà ca­pi­tale ré­gio­nale du tou­risme es­thé­tique.

Il faut dire que le po­ten­tiel était énorme: des mé­de­cins qua­li­fiés, tri­lingues, un pays tou­ris­tique unique dans la ré­gion avec une vie noc­turne et une gas­tro­no­mie par­mi les plus ré­pu­tées de la pla­nète, sans ou­blier les ta­rifs très com­pé­ti­tifs des in­ter­ven­tions es­thé­tiques. Au­tant dire que Bey­routh avait presque tout les atouts pour ri­va­li­ser avec les plus grandes des­ti­na­tions in­ter­na­tio­nales, en ma­tière de tou­risme mé­di­cal.

«La ré­pu­ta­tion des chi­rur­giens li­ba­nais rayonne dans le monde en­tier, confirme le Dr Elias Cham­mas, le di­rec­teur gé­né­ral du HIMC, une cli­nique spé­cia­li­sée éta­blie à Haz­mieh. A ce­la, s’ajoutent les ta­rifs de nos pres­ta­tions, ex­trê­me­ment com­pé­ti­tifs. Une opé­ra­tion de chirurgie es­thé­tique re­vient, en moyenne, à moi­tié moins chère au Li­ban que dans les pays du Golfe. A titre d’exemple, une rhi­no­plas­tie pra­ti­quée à Abou Dha­bi coû­te­ra entre 6 000 et 8 000 dol­lars, au Li­ban, il suf­fit de dé­bour­ser en­vi­ron 3 000 dol­lars», in­dique-t-il.

Preuve des es­poirs por­tés par le tou­risme mé­di­cal au ni­veau na­tio­nal, un co­mi­té

re­grou­pant l’en­semble des ac­teurs, avait même été créé par le mi­nis­tère du Tou­risme. Ob­jec­tif an­non­cé? Faire de ce sec­teur un vé­ri­table mo­teur de l’éco­no­mie li­ba­naise. Mais au­jourd’hui la si­tua­tion a bien chan­gé.

L’IM­PACT DU CONFLIT SY­RIEN. «Il nous manque le plus im­por­tant, re­grette le Dr Cham­mas: les tou­ristes! «Comment vou­lez-vous at­ti­rer des vi­si­teurs étran­gers lorsque dé­filent sur tous les écrans de té­lé­vi­sion, des images de Bey­routh crou­lant sous les pou­belles, sans même par­ler de l’in­sta­bi­li­té sé­cu­ri­taire?», s’ex­clame le pra­ti­cien. «Le Li­ban a be­soin d’élec­tri­ci­té, de routes, de ser­vices pu­blics et d’in­fra­struc­tures adé­quates pour ac­cueillir ces tou­ristes. Si­non, il peut tou­jours conti­nuer à rê­ver de cette Mecque de la chirurgie es­thé­tique qu’il au­rait pu être».

De­puis la guerre en Sy­rie, le Dr Elias Cham­mas a consta­té un re­cul de 25% de son ac­ti­vi­té. «Heu­reu­se­ment que les Li­ba­nais res­tent de bons clients, sans eux on au­rait mis la clé sous la porte. Avant 2011, nous avions dé­bu­té plu­sieurs par­te­na­riats avec des tours opé­ra­teurs, des hô­tels, avec le mi­nis­tère du Tou­risme... Rien n’a vrai­ment pu se dé­ve­lop­per, tout sim­ple­ment à cause de l’ab­sence de tou­ristes».

Un constat confir­mé par Ju­lia­na Khoury, la res­pon­sable du mar­ke­ting et de la com­mu­ni­ca­tion au HIMC. Pour les pa­tients de la cli­nique qui viennent de l’étran­ger, elle or­ga­nise le sé­jour presque en­tiè­re­ment: de l’en­voi d’un taxi à l’aé­ro­port pour les ré­cu­pé­rer, jus­qu’à la ré­ser­va­tion d’une chambre d’hô­tel, une pro­po­si­tion d’ac­ti­vi­tés tou­ris­tiques, voire même la ré­ser­va­tion d’une nour­rice pour les pa­rents voya­geant avec leurs en­fants. La pro­fes­sion­nelle confirme avoir vu sa clien­tèle étrangère chan­ger de pro­fil ces der­nières an­nées. «En 2010, la moi­tié des clients étaient des tou­ristes arabes, au­jourd’hui il n’y en a plus au­cun. Avec le boy­cott des pays du Golfe à l’en­contre du Li­ban, nous avons dû pros­pec­ter de nou­veaux clients. Nous avons donc com­men­cé à nous faire connaître au­près d’autres pays comme l’australie, la Suède, l’eu­rope... La plu­part du temps, ce sont des ex­pa­triés de la dia­spo­ra ou des étran­gers connais­sant un Li­ba­nais qui se laissent ten­ter par un sé­jour es­thé­tique ici».

CONCUR­RENCE INTERNATIONALE. L’ab­sence de tou­ristes ne suf­fit pour­tant pas à ex­pli­quer le re­tard du Li­ban dans le dé­ve­lop­pe­ment de ce sec­teur. Pour Na­da Sar­douk, la di­rec­trice gé­né­rale du Mi­nis­tère du Tou­risme, «il est clair que Bey­routh n’est plus la Mecque du tou­risme es­thé­tique», mais pour d’autres rai­sons. «Tout a chan­gé, ex­plique-telle. Au­jourd’hui, il existe une vé­ri­table concur­rence mon­diale et ré­gio­nale dans la course pour de­ve­nir la ca­pi­tale du tou­risme es­thé­tique. Il est vrai qu’his­to­ri­que­ment nous avons été consi­dé­ré comme l’hô­pi­tal du Moyen-orient, il est vrai que nous comp­tons par­mi les meilleurs mé­de­cins au monde, les meilleures pres­ta­tions, les meilleurs ser­vices hos­pi­ta­liers mais mal­heu­reu­se­ment, ce­la n’est plus suf­fi­sant. Pour être un pôle tou­ris­tique, il nous faut plus de lits, aug­men­ter la ca­pa­ci­té d’ac­cueil dans nos hô­pi­taux, construire les in­fra­struc­tures adé­quates... Des pays comme la Jor­da­nie, la Ma­lai­sie ou l’inde ont édi­fié des villes en­tières dé­diées au tou­risme mé­di­cal. Au­jourd’hui, le Li­ban ne peut pas ac­cueillir au­tant de tou­ristes qu’il le vou­drait».

IN­FRA­STRUC­TURES Le Li­ban manque d’in­fra­struc­tures adé­quates et d’une ca­pa­ci­té d’ac­cueil suf­fi­sante.

CRISE EN SY­RIE, FUITE DES CLIENTS DU GOLFE ONT POR­TÉ PRÉ­JU­DICE AU TOU­RISME MÉ­DI­CAL.

EX­CEL­LENCE MÉ­DI­CALE Le pays dis­pose de très bons mé­de­cins et de ser­vices hos­pi­ta­liers très mo­dernes.

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